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Le trafic sur tout le réseau ferroviaire était à l’arrêt 48 h durant. Pour cause : Les cheminots de Dakar-Bamako-ferroviaire ont décrété une grève pour exiger la relance du chemin de fer par l’Etat du Sénégal.

C’est dans une terrible chaleur qu’on franchit l’entrée de la direction générale des Chemins de fer. Dakar-Bamako-ferro­viaire, un grand nom. Hélas ! Une petite note. Tout est inerte. L’ambiance est terne, glaciale dans cette entreprise oubliée. La société ferroviaire reste figée dans le passé. Elle affiche une mine triste, inquiète. Vieux de 132 ans, le chemin de fer refuse de se développer. Il est condamné, mais les cheminots de Dakar-Bamako-ferroviaire entendent se battre jusqu’au dernier souffle contre sa «mort programmée». Ils ont marqué un arrêt de 48h pour interpeller le chef de l’Etat sur la mise en place du schéma institutionnel et la relance de Dbf. Des cheminots qui disent n’avoir besoin que d’être rassurés par rapport à la continuité et au maintien de l’activité ferroviaire. Ce, d’autant qu’ils pensent que «le Train express régional (Ter) veut enterrer le chemin de fer». Mais, disent-ils, «on ne l’acceptera pas, les Sénégalais ne l’accepteront pas». Une dernière journée de grève de 48 h qui a bien réussi, pourrait-on dire.
Depuis le jeudi 19 octobre à 00 heure, le train n’a pas sifflé à Thiès. Le trafic était à l’arrêt sur tout le réseau ferroviaire. Les cheminots de Thiès disent avoir sonné la mobilisation, pas seulement pour les salaires, mais aussi pour exiger des «mesures concrètes quant à la sauvegarde et la relance des rails». Mame Demba Diakhaté, secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs du rail (Satrail), se désole : «Ce que nous attendons de l’Etat sénégalais, du président de la République, c’est de restaurer le chemin de fer. On a eu un contrat moral avec Macky Sall lors du Conseil des ministres décentralisé de Thiès. Il nous avait promis de refaire le chemin de fer. Mais jusqu’à ce jour, on n’a pas vu d’avancées par rapport auxdites promesses. On en a marre, on est déçu, on est inquiet. En tant que cheminots, notre réaction, à contrecœur, c’est d’aller en grève pour alerter le président de la République, pour qu’au moins il fasse quelque chose, qu’il mette de l’argent pour la continuité de l’activité ferroviaire, la sauvegarde des emplois et la pérennité de ce que nous faisons.» Aujourd’hui, informe le cheminot, «à Bel-Air, le courant est coupé. Il y a des gares où il n’y a plus d’eau. Les salaires, on n’en parle même pas. Ce qui nous intéresse, c’est de voir le chemin de fer continuer à fonctionner, comme au temps de nos pères. Que le Chemin de fer continue à fonctionner par rapport au Ter qu’ils sont en train de mettre sur place» ! Les travailleurs de Dbf étaient tous là, mobilisés, pour qu’au moins «l’activité ferroviaire puisse continuer, qu’on puisse réparer les machines, les rails, les wagons», souhaitent les cheminots qui se réjouissent du bilan de leur mouvement. «Durant 48h, il n’y a pas eu de circulation de train. Et tout ça, nous le faisons pour l’intérêt de ce pays. Nous sommes des patriotes, nous existons dans ce pays», confie le secrétaire général du syndicat qui pense que le président de la République «doit prendre toutes les dispositions nécessaires pour mettre de l’argent pour qu’au moins ce chemin de fer de 1885 puisse continuer à fonctionner, qu’il puisse être le support du Pse, supporter l’autosuffisance alimentaire, parce qu’on ne peut pas faire tout ça sans un bon chemin de fer. Le chemin de fer, c’est le développement d’un pays».
En cette dernière journée de grève, force est de reconnaître que les conséquences sont énormes. Des dizaines de rotations sont annulées. Les premiers contretemps se sont fait sentir dès les premières heures de ce jeudi 19 octobre, avec de fortes perturbations notées sur tout le réseau, au grand préjudice des Industries chimiques du Sénégal (Ics), de la Grande côte opérations (Gco), de Dbf, du Petit train bleu (Ptb), etc. aucune activité dans les différentes gares du pays. Après l’arrêt du trafic sur le réseau ferroviaire depuis 00h, les travailleurs du rail se sont donné rendez-vous devant la direction générale de la société ferroviaire pour une grande mobilisation. Le président du Cadre unitaire des cheminots de Dbf, Mambaye Tounkara, Secrétaire général du syndicat unique des travailleurs du rail (Sutrail), affilié à la Cnts/Fc, lui, regrette surtout «l’échec de la transition». Il explique : «Nous avons depuis interpellé les autorités à travers des sit-in, des arrêts de travail, des marches. Il y a une manque de couverture totale des travailleurs. Aujourd’hui, 71 familles de cheminots sont dehors depuis des années. Elles attendent impatiemment leur indemnité de départ à la retraite, contrairement à leurs collègues maliens qui, eux, ont vu leur Etat respecter ses engagements.»

Abdou Ndéné Sall surpris
Dans un communiqué, le ministère délégué chargé du Développement du réseau ferroviaire dirigé par Abdou Ndéné Sall a tenu à faire des précisions sur cette grève des cheminots. Il informe : «Les deux Etats, pour amorcer un processus de redressement ferroviaire, ont mis en place un plan d’urgence de 7,5 milliards de F Cfa sur le matériel roulant, les infrastructures et la sécurisation de 12 mois de salaire.» Un programme qui, d’après le communiqué, devait permettre une fiabilisation opérationnelle des transports pour un équilibre financier de l’exploitation à long terme. «Tous ces montants ont été mobilisés par les Etats et consommés sans pour autant relever la capacité opérationnelle de Dbf.» Néanmoins, «les Etats continuaient d’appuyer par une prise en charge des salaires depuis 21 mois, tout en poursuivant les négociations avec les partenaires pour une relance de la société». Le ministre de regretter que «ce mouvement survienne au moment où des solutions sont entrevues pour dépasser le cap de la période très difficile traversée par l’entreprise». Avant de réaffirmer «sa disponibilité pour un dialogue ouvert et constructif avec les partenaires sociaux du secteur et renouvelle son engagement à assurer les salaires de tous les travailleurs présents à leur poste de travail».
nfniang@lequotidien.sn

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