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Un jour, un Saoudien partit au travail et oublia son téléphone à la maison. Sa femme qui ne s’en était pas rendu compte l’appela et s’aperçut que le téléphone sonnait dans le salon. Elle alla le récupérer et découvrit que c’est Guantanamo qui s’affichait à l’écran en lieu et place de son nom ou de quelque chose d’autre plus doux. Le monde s’effondra. Son mari la considérait comme la prison de Guantanamo. Elle alla chez le juge demander le divorce et ce dernier, dans sa grande sagesse, estima que c’était un motif suffisant pour divorcer. C’est dommage qu’on ne puisse faire la même chose avec notre classe politique qui nous enferme dans un Guantanamo de débats stériles comme le troisième mandat qui est une arme politique de distraction massive.
Le troisième mandat n’est pas un débat constitutionnel, mais c’est un débat politique. Il deviendra un débat constitutionnel quand le président de la République franchira le Rubicon pour faire acte de candidature. Pour l’instant, il a dit et répété qu’il en est à son dernier mandat. Ce serait quand même dramatique qu’on perde 4 ans et 6 mois autour du débat sur le sexe des anges du troisième mandat qui est, comme je l’ai dit il y a deux semaines, un pari pascalien à l’envers, c’est-à-dire à tous les coups on perd aussi bien pour l’Histoire avec un grand H que pour la Politique. Je suis la vie politique depuis plus de vingt ans et je dois avouer que notre classe politique nous enferme toujours dans des Guantanamo politiques. Jamais un débat de fond ! Jamais un débat sur les vraies questions ! Le débat, depuis toujours, se focalise sur les règles du jeu qu’on dénonce quand on est dans l’opposition, ou comment les domestiquer quand on est au pouvoir, pour avoir un avantage comparatif en s’appuyant sur l’Etat légal.
En 2000, la campagne présidentielle a été piratée et polluée par le débat sur la suppression de limitation du mandat. Près de 20 ans après, le Sénégal retourne au point de départ avec un autre débat sur le 3e mandat. C’est une torture politique et morale insupportable. En 2007, point de débat lors de la Présidentielle. Tout se résuma aux chantiers de Thiès, au conflit entre Wade et Idy. En 2012, la campagne se réduit encore au troisième mandat de Wade. En 2019, ce fut le tour du parrainage. Et aujourd’hui, à quatre ans et 6 mois de la Présidentielle, on nous enferme déjà dans le Guantanamo du troisième mandat, encore une arme de distraction massive qui va empêcher notre pays de se concentrer sur les questions essentielles comme l’éducation nationale, l’enseignement supérieur, la Casamance, devenue l’un des plus vieux conflits du continent, le cercle de feu du terrorisme qui se rapproche dangereusement de nous, le chômage massif des jeunes, le désordre urbain. Sur toutes ces questions, on devrait exiger des propositions et des réponses de ceux qui nous gouvernent et de ceux qui aspirent à le faire.
Le classement des 500 meilleures universités est sorti. Aucune université sénégalaise dans le peloton de tête. Aucune réaction de la classe politique, même si la ressource humaine a toujours été l’avantage absolu du Sénégal. Ce Guantanamo politique dans lequel les hommes politiques nous enferment est d’autant plus inacceptable que l’alternance est devenue la «respiration» de notre démocratie, avec les alternances de 2000 et de 2012. Jésus avait chassé les marchands du temple. Le Sénégal accélérera vers l’émergence le jour où il «chassera» les constitutionnalistes du temple pour les remplacer par des économistes ou des entrepreneurs.

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