PARTAGER

En marge de la commémoration des 10 ans du décès de Sembène Ousmane à Thiès, la directrice de Daaray Sembène/­Maison de la pédagogie et de l’image (Mpi) a affirmé que l’œuvre de son «père spirituel» est «heureusement» étudiée par les chercheurs. «Il y a eu des centaines de mémoires de Maîtrise et de Master à travers le monde dont des thèses de doctorat sur l’œuvre de Sembène Ousmane», s’est-elle réjouie indiquant que sur le plan scientifique, l’œuvre de Sembène «va bien, aussi bien ses livres que ses films». Tou­tefois, estime-elle, «c’est au niveau populaire la marque et la perpétuité que l’œuvre de Sembène Ousmane laisse à désirer». Pour cela, l’enseignante chercheure à l’Université de Thiès fait savoir que  «le combat de Daaray Sembène, c’est de populariser son œuvre parce que, sans caricaturer, même la vendeuse de cacahuète s’y retrouve. Parce que c’est quelqu’un qui pense au Peuple. Ce n’est pas pour rien que dès qu’il a commencé à écrire, il a dit : ‘’Non avec l’écriture, je ne peux pas parler à mon Peuple. Ça ne suffit pas du tout’’».
Selon Hadja Maï Niang, Sembène a apporté presque toutes ses œuvres littéraires au cinéma pour la masse populaire qui ne sait ni lire ni écrire. Et au nom de ce qu’il a fait, «l’héritage de Sembène Ousmane doit être populaire», dit-elle. «Il doit être technique parce que c’est un pionnier du cinéma africain et l’un des premiers écrivains du Sénégal alors qu’à Gallé Ceddo, dans sa maison à Yoff, il y a les documents qui s’écroulent avec la maison. La maison est en ruine», a poursuivi la «fille spirituelle» de Sembène qui plaide pour que «l’Etat prenne en charge l’héritage technique de Sembène Ousmane parce que c’est un héritage non seulement technique, mais culturel également». Elle fait remarquer par ailleurs qu’en «Europe, les manuscrits de Victor Hugo sont exposés et étudiés dans les universités avec les ratures et tout» avant de recommander : «Allez chez Sembène Ousmane, c’est comme si ce n’est pas important alors que le matériel qui se trouve là-bas devrait être dans des musées. On ne peut pas faire le présent sans penser au passé. On ne peut parler de l’ère du numérique sans parler de celle analogique. Et pour cela, il faut mettre la main sur des documents.»
«Je demande solennellement à l’Etat du Sénégal de faire une prospection dans tous les lieux où se trouvent les œuvres de Sembène Ousmane et de les récupérer pour en faire un musée. C’était un grand travailleur et je pense que son travail ne doit pas être vain», a encore insisté Hadja Maï Niang. Elle demande enfin à l’Etat de «chercher où se trouve la pipe emblématique de Sembène Ousmane». «J’ai vu une ou deux pipes après sa mort. Et je pense que l’Etat la trouvera pour ensuite l’exposer dans un musée. C’est une pipe emblématique. Peut-être derrière cette pipe il y a de l’art. En tout cas, il y a des choses à dire», a conclu la directrice de Daaray Sembène. Le Professeur Alpha Amadou Sy, président de la Communauté africaine de culture/Section sénégalaise (Cacsen), a pour sa part estimé que «c’est une honte pour l’Afrique et pour le Sénégal qu’il n’y ait pas une rue Sembène».
 nfniang@lequotidien.sn

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here