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La situation politique du pays connaît des dissonances aux allures parfois belliqueuses du fait de certains responsables politiques ou «politiciens» dont la caractéristique est le ton grossier, pour ne pas dire cavalier. Ces messieurs connus pour leur virulence admettent qu’il y a place à l’insanité verbale et au ton insurrectionnel dans le débat démocratique. C’est mal comprendre les contours et les exigences de la liberté d’expression que d’invoquer le prétexte confrérique ou confessionnel pour justifier le maintien de Guy Marius Sagna en prison. Monsieur Sagna est élargi parce que le magistrat instructeur a trouvé fondée la requête de son avocat qui lui demandait la liberté provisoire.
Les Sénégalais ont diversement apprécié la détention de cet activiste qui, à force d’adopter la même stratégie, risque de connaître l’usure : je ne me hasarde pas à juger la justesse ou la pertinence des causes qu’il défend, tout de même, il semble qu’au regard de l’affluence qu’ont drainée ses activités, je suis perplexe quant à la conviction des Sénégalais aux slogans qu’il agite («France dégage», «Auchan dégage», «Eiffage dégage»).
Tout le monde n’est pas maître dans la mobilisation des masses autour de la cause que l’on défend, toute lutte doit être portée par un cadre qui en dessine les contours et les stratégies ; cela me semble parfois avoir manqué à notre activiste qui peine à convaincre les Sénégalais, car l’affluence de ses marches renseigne sur le caractère peu opérationnel de sa stratégie. Personne ne remet en cause le sentiment nationaliste de Guy qui préfère son pays aux autres et beaucoup de Sénégalais lui en sont reconnaissants. Bien avant lui, des précurseurs de ce nationalisme comme Landing Savané, Diop Decroix, Cheikh Anta Diop, Jo Diop ont mené le même combat, à la différence qu’ils l’ont fait dans des formes admises en démocratie. Entendons-nous bien, activiste n’est pas synonyme d’anarchiste et quand on confond la charge sémantique de chacun de ces deux concepts, on peut verser dans une attitude suicidaire aux antipodes du jeu démocratique et du respect des institutions et de ses symboles.
Cet entrefilet centré sur Monsieur Sagna n’est point le climax de mon propos, je m’offusque contre le discours au ton séditieux et insurrectionnel de ce poulain de Khalifa Sall, pour ne pas le nommer Barthélemy Dias.
Monsieur le maire a convoqué dans ses sorties la confession et parfois la confrérie croyant ainsi mettre la pression sur la justice. Maladresse ne peut être aussi grande. Un maire a ses administrés, il doit être un prêcheur de paix et également être un homme d’équilibre dans les propos et les actes.
Aucun Sénégalais ne s’est reconnu dans ce discours à relent insurrectionnel et peu respectueux de la confession qu’il interpelle. L’Eglise et la jeunesse catholiques sont suffisamment matures et responsables pour tendre l’oreille à un politicien sans retenue.
Nul ne doute de la légitimité du maire de Mermoz-Sacré Cœur et beaucoup apprécient ses convictions politiques et sa fidélité, mais cela ne doit pas verser dans une certaine témérité, oubliant que «même le courage s’organise», comme le dit Lamartine. Je suis de ceux qui refusent à croire que les sorties de Monsieur le maire aient impacté l’élargissement provisoire de Guy Marius Sagna, sinon c’est méconnaître le degré de résistance de nos magistrats face à la surenchère. J’ai salué le comportement responsable du clergé et de la jeunesse catholique qui sont restés sereins, taciturnes, devant des propos qui peuvent saper la cohésion sociale confessionnelle ou confrérique du Sénégal. L’Eglise a toujours montré sa grandeur et la jeunesse catholique sa lucidité, qu’elles en soient très remerciées. Le clergé et les confréries sont si sacrés qu’ils refusent de se mêler à des batailles qui ne sont pas les leurs. Monsieur Barth’, vous avez cet honneur d’être un homme public avec les privilèges et les exigences qui s’y attachent. A cet effet, ne perdez pas de vue cette mise en garde de votre camarade socialiste français et ancien ministre de François Mitterrand, Max Gallo, qui rappelait que «la responsabilité de celui qui a accès à la parole publique est de mettre en garde contre l’irruption de la violence» ! Le ton d’un propos crée de la sympathie ; et un simple sondage aurait montré que plus de 80% des Sénégalais ne partagent pas vos propos dans l’affaire Guy.
Pape Babacar Mbaye avait autant de courage politique, mais n’a jamais versé dans la virulence des propos ou dans l’irrespect de notre Magistrature et des hommes qui incarnent nos institutions. Quand la postérité a retenu ce monsieur, il le doit à la mesure du ton de son discours, à la courtoisie et au respect de son argumentation. Personne ne remet en cause les convictions et le courage politique d’un Cheikh Bamba Dièye ou Bamba Fall, mais ces derniers se tracent des limites à ne point franchir au nom de l’ordre républicain et de la stabilité du pays. Il y a des types de discours qui, à la limite, gênent même vos administrés tant la virulence des propos est choquante et inattendue de quelqu’un qui prétend assumer dans les années à venir des responsabilités d’Etat. Faites votre introspection et vous serez vite persuadé de l’erreur de votre récente sortie ! Les épisodes qui passent vous persuadent de vos limites en matière de stratégie de lutte et en capacité de mobilisation tant le discours est parfois puéril, saugrenu et grossier. La forme et le fond du discours garantissent sa pertinence ; à ce sujet, je vous invite à revoir votre cours de première sur les figures de style, car la liberté de ton, poussée à l’excès, peut créer un désaveu à l’endroit de ceux à qui on s’adresse. Il faut de l’esprit pour bien parler et de l’intelligence pour bien écouter, les Sénégalais avertis et responsables disposent de cette intelligence au moment où votre esprit semble vous quitter quand vous parlez.
A défaut de changer les choses, comme dit Jean Jaurès, certains politiciens changent les mots et s’exercent à faire de la virulence et de la délation leur dispositif d’argumentaire. Cela s’appelle légèreté et irresponsabilité, et ne perdons pas de vue que seules les idées fécondes et la réflexion d’élite peuvent faire avancer le débat démocratique et construire un pays ; celui qui ignore cela porte un grand tort aux gens et à la cause qu’il est censé servir.
Certains jeunes hommes politiques semblent refléter la célèbre boutade de So­crate ; ils ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et des institutions et n’ont aucun respect pour l’âge.
Rien ne différencie ces messieurs des tyrans auxquels d’ailleurs l’Etat doit faire face, car comme l’affirme Alexis de Tocqueville, «les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux».
Cessez, Monsieur le maire, de voir en vos concitoyens des renégats, des voleurs et des apatrides, un tel jugement est le propre des gens qui manquent de noblesse car, comme le dit Jean Racine, «un cœur noble ne doit point soupçonner en autrui la bassesse et la malice qu’il ne sent point en lui» !
Ayons des préjugés favorables aux gens avec qui nous partageons ce pays et avec qui nous entendons engager le cap de l’émergence, car la probité, l’éthique et les vertus ne sont l’apanage de personne.
Nous sommes un pays de «kersa», de «diom», et de «diomb», des valeurs qui doivent encadrer nos actes et paroles. Et pour cela, en tant que fils, apprenons à vénérer nos supérieurs et, comme frère, apprenons à chérir nos égaux !
Malheureusement, certains de nos hommes politiques discutent de gens, ils sont de petits esprits, comme parle Socrate. Refusons, nous acteurs politiques, de digérer les discours et propos plus bas que le plancher, à relent virulent et saugrenu et dont les émetteurs sont à l’âge où l’âme a besoin de se nourrir, de se multiplier et de se compléter par la parole !
Merci au clergé, aux chefs confrériques et coutumiers d’être restés très lucides, sereins et sourds face aux sirènes de la violence, du désordre et de la déchirure de notre tissu social. Le pays a besoin de ces grands esprits qui discutent d’idées et qui comprennent la signification de notre devise un peuple, un but, une foi.
La paix sociale a ses partisans comme elle a ses détracteurs qui s’illustrent dans le discours insurrectionnel de mauvais aloi. Posons les problèmes avec un ton posé et respectueux ! «Même si on ne réussit à rien, surtout dans la jeunesse si on n’a pas un peu le diable au corps» dans une lettre adressée à Alexis Stoffels par Alexis de Tocqueville, ce grand politologue français, il faut reconnaître que ce diable a toujours été d’une overdose pernicieux avec M. le maire de Mermoz-Sacré Cœur.
A bon entendeur salut !
Ibrahima KA
Coordonnateur national adjoint
de la Rampe
Ibrahimaka56@gmail.com

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