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Les Sénégalais étaient habitués à son nom sous le régime du Président Wade. Sous le quota de And Jëf/Pads, Haoua Dia Thiam occupe le poste de ministre des Relations avec les institutions. Elle ne s’éloignera pas justement de l’Assemblée nationale puisqu’elle prendra la présidence de la Commission santé de la douzième législature. Et elle «refuse» de quitter ce secteur depuis. Actuellement présidente du Réseau des champions pour le financement adéquat de la santé mis en place par l’Organisation ouest-africaine de la Santé, elle a eu la confiance de femmes influentes, parlementaires et de la Société civile pour diriger la plateforme Femmes debout qui veut lutter contre la pandémie du Covid-19.

Que devient Haoua Dia Thiam ?
En ce moment, je suis beaucoup plus dans les questions de développement. Je suis actuellement présidente du Réseau des champions pour le financement adéquat de la santé. C’est un Réseau mis en place depuis 2014 par l’Ooas (Organisation ouest-africaine de la santé) afin de mettre en œuvre la Déclaration d’Abuja pour permettre aux pays de la Cedeao d’atteindre 15% du Budget national pour la santé. Le Sénégal a mis en place un réseau alors que j’étais encore députée. On essaie tant bien que mal de pouvoir influencer un peu. Dans ce sens, nous travaillons beaucoup avec les parlementaires. Actuellement, il y a le programme Leadership pour la couverture sanitaire universelle. Et le groupe-pays a demandé à ce que la Société civile, c’est-à-dire le Réseau des champions, puisse coordonner cette activité. Donc, vous voyez que je n’ai pas rompu avec les activités dans le cadre de la santé, après avoir occupé la Commission de la santé à la douzième législature.

Etes-vous toujours membre de And Jëf/Pads ?
Non, je ne suis plus membre de And Jëf depuis 2008. Vous n’êtes pas sans savoir que j’étais dans le groupe qui avait été exclu pour avoir créé un courant. Et, en son temps, le courant n’avait pas été accepté et je me suis retrouvée dans Yoonu askan wi (Ndlr : avec Madièye Mbodj et autres) où j’ai été active jusqu’en 2017. Je ne suis plus dans Yoonu askan wi, mais j’ai mes convictions politiques qui seront toujours avec moi. Je me suis engagée en politique pour apporter ma contribution à la construction de ce pays. Et quand on est engagé, on l’est à vie pour le bien-être des populations et pour une justice sociale. De ce point de vue-là, je préfère présentement m’engager plus dans les questions de développement que dans les partis politiques pour des convenances personnelles. Et c’est dans cette même veine que je me suis retrouvée aujourd’hui membre de la plateforme Femmes debout pour participer à la riposte contre le Covid-19.

Justement comment est née la plateforme Femmes debout dont vous êtes la présidente ?
Cette plateforme est née suite à des discussions entre parlementaires parmi lesquelles Ndèye Lucie Cissé, Awa Guèye, Adji Mergane Kanouté, Sira Ndiaye, Aminata Guèye, Yéya Diallo, Ndèye Fatou Guissé, Dieh Mandiaye Ba. Pour la Société civile, il y a la présidente de la Croix-Rouge, Bafou Bâ, la présidente du Cosef, Rokhaya Gassma, la présidente de l’Afao, Khady Fall Tall, la présidente de l’Observatoire de la parité, Fatou Bintou Diop, et d’autres personnalités telles que Rokhaya Kandji Ly et moi-même qui préside cette platefome. Il y a aussi la directrice des institutions, Seynabou Mbaye. Nous nous sommes donc rendu compte que l’Etat avait fait son devoir en prenant des décisions fortes et nous avons une chance d’avoir un personnel médical compétent et dévoué. Nous avions constaté aussi qu’au début de la pandémie, il y avait plus de femmes qui étaient atteintes par ce virus, 54% selon les statistiques.

Quelles sont les actions que vous menez pour faire face au Covid-19 ?
Alors, en tant que défenseurs des droits de la Femme, nous avons décidé de nous investir dans cette riposte contre le Covid-19. Il fallait cette synergie des forces pour accompagner le président de la République qui mène avec brio ce combat. En tant que mères et surtout en tant que citoyennes, nous essayons de faire tant bien que mal de bonnes actions dans la sensibilisation des populations. On doit pouvoir respecter les mesures-barrières au niveau de nos familles aussi. Nos enfants sont à la maison et ce sont les mamans qui peuvent les aider à respecter ces mesures. Il est tout aussi important de respecter la distanciation sociale et le port du masque. Nous entendons sensibiliser les femmes aussi à travers les radios et les télés, et chacune de nous, dans sa localité. Les députés ont eu à mener des descentes sur le terrain. La présidente Dieh Mandiaye Bâ à Nioro, Sira Ndiaye à Mbour, Aminata Guèye à Saint-Louis, Ndèye Fatou Guissé à Louga, Adji Mergane Kanouté et Awa Guèye à Kaolack, Ndèye Lucie Cissé à Dakar. La Croix-Rouge aussi, à travers sa présidente Mme Bafou Bâ qui est membre de Femmes debout, mène des actions importantes dans ce contexte. Et nous avons d’ailleurs commencé par la présidente nationale des Badienou gox, parce que c’est une structure importante sans laquelle les actions ne peuvent pas se mener au niveau communautaire. Et dans cette campagne de sensibilisation, nous avons même produit des milliers de masques que nous avons distribués gracieusement. Nous avons été à Castors auprès du maire Cheikh Guèye à qui nous avons remis au moins 500 masques pour pouvoir protéger les femmes qui sont dans le marché Castors. Nous irons dans d’autres marchés et les gares routières pour pouvoir permettre aux femmes et aux Sénégalais en général de pouvoir voyager correctement. Nous avons ciblé les masques en tissu, lavables, pour permettre à chacun d’en disposer trois ou quatre. Si les populations arrivent à porter les masques, à se laver les mains proprement, à respecter la distanciation sociale, à limiter leurs déplacements, nous arriverons à combattre le Covid-19. Je crois que, de manière générale, on essaie de se confiner au maximum. Beaucoup de femmes ne vont plus à des manifestations comme les baptêmes, les mariages et autres. Peut-être que certains de ces comportements pourraient être même considérés comme une bonne pratique. Cela pourrait être une bonne chose dans la perspective d’après Covid-19. Je crois également que ce Covid-19 va nous imposer un changement de mentalité qui va nous entraîner vers un changement de comportements. En tout cas, notre plateforme est engagée dans cette perspective d’analyse de la société sénégalaise.

En tant qu’ancienne présidente de la Commission santé de l’Assemblée nationale, quelle appréciation faites-vous des décisions prises par le chef de l’Etat ?
Nous apprécions bien sûr ce que le président de la République a eu à prendre comme mesures. D’abord, la décision de ne pas rapatrier les étudiants Sénégalais de Chine était une action salutaire. Ensuite, la fermeture des frontières, de l’Ecole et des universités. Mais il y a également, dans cette riposte contre les effets du Covid-19, la mise en place d’un fonds de 1 000 milliards de francs Cfa à cet effet. Aujourd’hui, on va vers le défi de la distribution des vivres. On souhaite de tout cœur que tout cela se passe bien afin que les Sénégalais au maximum puissent rester à domicile et faire face à la pandémie. Et je crois qu’en restant chez nous, nous laisserons ce virus sortir de notre pays, sortir du monde en général. Donc, nous saluons toutes ces actions importantes menées par le gouvernement, le ministre de la Santé et tout le personnel médical qui fait preuve de compétence et d’engagement. Ils ont su capitaliser tous les acquis qui existaient déjà depuis l’épidémie d’Ebola. Et je crois que si le Sénégal a pu faire face à cette pandémie de Covid-19, c’est parce qu’il y a eu un bon dispositif qui était déjà installé auparavant. Nous allons prier Dieu que cette chance continue parce qu’il y a beaucoup plus de cas aujourd’hui. C’est un problème, mais ce n’est pas faute d’avoir prévenu les Sénégalais. Nous avons aussi nos habitudes qui ne sont pas toujours les bonnes.

Quelles solutions préconise la plateforme Femmes debout pour les cas communautaires qui font mal depuis quelques semaines ?
Il nous faudra avoir un bon comportement pour faire face aux cas communautaires qui se multiplient. Pour ce faire, il nous faut un comportement correct, moins laxiste. Malgré l’instauration de l’Etat d’urgence et la fermeture des frontières, surtout terrestres, il y a des gens qui bravent les interdictions et qui, par conséquent, font circuler le virus. Il y a encore des Sénégalais qui ne se rendent pas compte de la gravité de cette maladie et d’autres qui n’y croient même pas. C’est là où c’est dangereux. C’est en se protégeant que l’on protège l’autre. Je crois que, de plus en plus, il faudrait plus communiquer pour qu’on comprenne parce que parfois j’entends certains discours que l’on ne doit pas tenir en ce moment-là et qui, à mon avis, sont à l’origine des cas communautaires. Tant qu’on ne sent pas de maladie en soi, ni de faiblesse, on pense qu’on n’a rien. C’est ce qu’on souhaite mais avec toutes les précautions indiquées par le corps médical, il faut que tous les Sénégalais puissent respecter cela. Il s’agit de respecter les mesures d’hygiène et les gestes-barrières en cette période de ramadan. Il y a eu quelques débordements dans la procuration du pain. Ça aussi, j’estime que ce sont des mauvaises habitudes que nous avons. Il y a de nouvelles mesures du ministre du Commerce pour pouvoir vendre le pain en ligne. Mais indépendamment de cela, dans les quartiers, on peut faire appel aux relais communautaires dans les quartiers pour organiser la vente au niveau de nos boulangeries. Ce ne serait pas mal d’avoir des kiosques pour pouvoir obtenir d’autres points de vente. Il nous faut également avoir un comportement beaucoup plus responsable dans les bus, et le transport en commun en général. Au niveau de notre plateforme Femmes debout, nous allons continuer à mener nos actions de sensibilisation et de soutien. Cette semaine, nous irons dans d’autres mairies que nous allons déterminer ensemble en fonction des demandes. Nous distribuerons des masques que nous avons confectionnés sur fonds propres. Nous sommes ouverts également à tout mécène qui voudrait apporter sa contribution à cette distribution de masques et dans la provision que nous allons amener dans les daaras. On a pu obtenir quelques vivres venant de nos membres. Nous lançons un appel surtout aux femmes pour qu’elles se positionnent en sentinelles dans les quartiers, les marchés et partout où il y a du monde.

Que pensez-vous de la distribution de l’aide alimentaire et de la polémique qui l’a accompagnée ?
Nous espérons que tous les ayants droit vont pouvoir avoir ces vivres mis à leur disposition par le chef de l’Etat, que nous saluons à travers cette action importante. Nous pensons que c’est ainsi que nous pourrons combattre parce que maintenant c’est un combat communautaire, de la société qui va permettre de vaincre le Covid-19. Psycholo­giquement, nous sommes en train de faire un travail avec la Croix-Rouge pour qu’il n’y ait pas de stigmatisation par rapport aux cas guéris. C’est un problème et c’est une de nos actions à travers notre plateforme. On a pu avoir des témoignages d’anciens malades du Covid-19. Il faudrait que les populations puissent bénéficier de ces témoignages pour comprendre cette maladie nouvelle dans notre pays et dans le monde entier. Que ceux qui sont atteints par cette maladie ne soient pas indexés dans nos quartiers. C’est un problème important et nous nous penchons là-dessus. Mme Seynabou Mbaye, directrice des institutions, est chargée de faire le suivi de toutes les actions que nous allons mener, surtout au niveau des personnes qui ont été atteintes de la maladie.

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