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Il est possible de maintenir le statu quo

«Régis par un contrat social tel que théorisé par Jean Jacques Rousseau, les rapports entre l’Etat et ses sujets s’exercent sous la forme d’un pacte social qui se définit comme suit : ‘’Le pacte social donne au souverain un droit absolu sur tous ses sujets. Néanmoins ce droit, pour exister, doit être raisonné : la volonté du souverain a toujours une cause et – ne peut charger les sujets d’aucune chaîne inutile à la communauté.’’ Ce qui, en d’autres termes, signifie que ce pacte doit s’exercer à l’aune de compromis orientés vers la satisfaction d’un intérêt général.»
Au nom de la pensée philosophique de ce grand penseur qui sous-tend la gouvernance de tout Etat qui se dit démocratique, l’attitude de nos dirigeants de rester inaudibles et insensibles au cri du cœur de leurs concitoyens, relativement à l’augmentation du prix de l’électricité, est totalement incompréhensible. Cela est d’autant plus vrai que l’Etat, dans un contexte de dialogue national, dont la quintessence est fondée sur l’écoute de l’autre, opte pour la «politique de l’autruche» devant tout le tollé soulevé par cette attitude qui, du reste, semble découler d’un simple «péché d’orgueil» qui tiendrait à l’idée selon laquelle la vague de réprobations est suscitée par des «politiciens encagoulés», comme aiment à le rabâcher certains de nos dirigeants à l’occasion de chacune de leurs sorties médiatiques sur la question. Est-ce pour se faire apprécier du chef en préférant ne pas se montrer à la hauteur des enjeux par des éclairages qui lui auraient plus servi à trouver la bonne formule ? Ne devraient-ils pas, ces messieurs, s’inspirer de ce qui se passe en France où, malgré la position «jusqu’au-boutiste» des syndicats sur la réforme des retraites, le gouvernement consent à aller autour de la table de négociations pour trouver sur une solution ?
En tout état de cause, cette perception qu’ils ont de la crise est assez réductrice du mouvement qui a enregistré une forte mobilisation de «personnes du 3ème âge», dont l’avenir se conjugue au passé, mais qui ont la malchance de ne pouvoir bénéficier de la fameuse relève, du fait d’un chômage endémique auquel sont confrontées leurs progénitures.
Non messieurs ! Vous ne pouvez pas ne pas écouter vos concitoyens, car de par leur volonté vous êtes devenus leurs dirigeants. Votre rôle à la tête de l’Etat vous donne plus d’obligations que de droits envers vos concitoyens. Au lieu de les affliger, vous leur devez respect, protection et soulagement.
Ce devoir de respect, de protection et de soulagement appelle, de votre part, l’exploration d’autres alternatives en lieu et place de cette mesure qui vient les assommer, après celles portant sur le prix du ciment, du pain, de l’essence, sans compter les effets inflationnistes induits sur les autres produits.
Au vu des révélations faites sur la gestion de la Senelec, portant sur des dépenses somptueuses et un coût de production élevé, la mise en place d’une stratégie de réduction peut être une alternative crédible à l’augmentation du prix de l’électricité. Cependant, la mise en place d’une telle stratégie par la Senelec suppose son affranchissement total de l’étreinte du Fonds spécial de soutien au secteur de l’énergie du Sénégal.
La «réinternalisation» de certaines fonctions de la Senelec telle que celle relative à l’approvisionnement en combustible, aujourd’hui «externalisée» à travers les missions dévolues au Fse, est fondamentale pour la réussite d’une politique de mise en place d’une stratégie de réduction des coûts.
Comme toute entreprise industrielle, la Senelec pour être performante et créer de la valeur pour elle-même et pour ses clients (synonyme de baisse du prix de l’électricité), se doit de s’affranchir de l’étreinte du fonds spécial de soutien au secteur de l’énergie du Sénégal (Fse). La Senelec, pour son approvisionnement, est dépendante du Fonds spécial de soutien au secteur de l’énergie, institué par décret n° 2011-1010 du 15 juillet 2011 modifiant le décret n° 2011-161 en date du 28 janvier 2011 et qui a pour mission principale la garantie et la pérennité de la fourniture de services énergétiques de qualité, en quantité suffisante et à des prix compétitifs en faveur des consommateurs sénégalais. Selon le même décret, la réussite de cette mission passe inexorablement par la sécurisation de l’approvisionnement en combustible (matière première) de la Senelec. Or pour la rendre efficace et efficiente celle-ci, oh combien importante parce qu’ayant un impact fort sur le coût de production de l’électricité, doit être portée en interne par les ressources humaines de l’entreprise, car faisant appel à des mécanismes intégrateurs de plusieurs fonctions. Elle doit relever d’une planification articulée autour des fonctions financières (planification des dépenses, maîtrise des risques financiers), de production (prévision des consommations), d’approvisionnement (politique basée sur la connaissance du marché, maîtrise des risques commerciaux, relations avec les fournisseurs, etc.), de logistique (les coûts d’approche, de stockage), autant de facteurs qu’une fonction externe ne peut piloter. Toutes les études faites sur l’optimisation des coûts de production ont démontré que ceux liés à l’acquisition des matières premières représentent entre 60 à 80% du chiffre d’affaires des entreprises. Ce qui est considéré comme excessif, car plus le différentiel (la valeur ajoutée***) entre le chiffre d’affaires et le coût de production est important, plus l’entreprise est à l’aise pour supporter toutes les autres charges indirectes. Aussi, toute action tendant à diminuer le poids des achats de matières premières impacterait positivement la valeur ajoutée et induirait forcément une création de valeur aussi bien pour pour l’entreprise que pour le consommateur. Ce qui du reste doit être la préoccupation pour toute entreprise industrielle, même en situation de monopole, car confrontée au prix raisonnable que le consommateur ne peut dépasser. Or le coût des matières premières de la Senelec tourne en moyenne autour de 62% de son chiffre d’affaires, d’après les rapports d’activités de 2016-2017***. Il faut dire qu’il y a encore une marge de manœuvre à ce niveau, mais faudrait-il que l’entreprise s’affranchisse de la tutelle du Fonds dont on espère que les dépenses de fonctionnement ne sont pas supportées par la Senelec ; ce qui serait un poids supplémentaire pour elle. L’audit de la fiabilité des consommations, tributaire de celle des outils de production (l’âge des machines ?) de la Senelec s’avère indispensable dans la recherche de compétitivité des prix de celle-ci.
La fixation d’un prix ne dépendant pas uniquement que des coûts de production, mais intégrant les charges indirectes, la réduction des coûts ne saurait se limiter au facteur premier (coût de production).
Les révélations faites sur les comptes de la Senelec à travers la presse, puisées dans les rapports d’audit des cabinets de renommée internationale portant sur la somme de 608 millions versée à une dizaine de dirigeants de l’entreprise, au titre de l’exercice comptable 2017, soit en moyenne 60 millions par personne, ainsi que celles faites sur les dons qui avoisineraient les 70 millions, exigent une rationalisation des dépenses d’exploitation de la Senelec. Ce qui se traduirait par une baisse du coût de revient du kilowatt produit par la Senelec et corrélativement du prix de vente de l’électricité.
Un prix compétitif ne se décrète pas. Il s’obtient à travers la maîtrise des coûts comme le dit si bien Monsieur le ministre du Pétrole ; une maîtrise qui ne peut être obtenue sans l’application d’une politique stratégique orientée vers la «chasse aux gaspillages» d’apanage japonais.
Il est vrai que la question qui peut être posée est celle de la substitution à la subvention que l’Etat dit ne plus pouvoir supporter. Sous ce rapport, les leviers ne manquent pas. On peut valablement se projeter sur un effort des entreprises (anticipation sur le paiement de certaines taxes et impôts, mécanismes que nos gouvernants précédents ont eu à utiliser dans le passé) à défaut d’une suppression totale des exonérations, et des économies sur des dépenses budgétaires, le temps que l’option fasse des résultats ; lequel temps ne pourrait pas excéder celui d’un exercice.
Monsieur le ministre de l’Energie et du pétrole, alors directeur général de la Senelec, n’a-t-il pas soutenu récemment : «Il faudrait que les fonctionnaires s’inspirent des méthodes de gestion du secteur privé.»
Madame la directrice de la Pharmacie nationale d’approvisionnement, à propos des ruptures de médicaments, n’a-t-elle pas dit, sur les ondes de la Rfm, que les dysfonctionnements sont liés aux lourdeurs administratives occasionnées par la saisine de l’Armp.
Pour dire que seul un affranchissement total de la Senelec de l’étreinte du Fonds qui se traduirait par une autonomie de gestion pleinement exercée par les cadres de la Senelec la rendrait performante et épargnerait les consommateurs d’une augmentation du prix de l’électricité. Autrement dit, il faudrait une gestion privée dépouillée d’une mainmise totale de l’Etat sur celle-ci. Sous le régime du Président Diouf, des exemples concluants n’ont pas manqué.

***les rapports d’activités de la Senelec font ressortir un chiffre d’affaires de 335,54 milliards contre des achats de 202,56 en 2016 et un chiffre d’affaires de 431,1 milliards contre des achats de matières premières de 276,91 milliards en 2017.
**** valeur ajoutée : richesse créée par l’entreprise.
Mamadou FAYE
Grand-Yoff
Logisticien

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