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Au sortir de son concert de samedi dernier à l’Institut français de Dakar, Awa Ly était la star que tout le monde voulait approcher, toucher. Auréolée de toutes parts, elle recevait encore des félicitations du public qui tenait à immortaliser ces instants, avec une prise de photos, des autographes sur un Cd fraîchement acheté, sur une brochure de l’Institut français qui porte son image, sur le bras, pour les plus téméraires. Certains vont même jusqu’à lui proposer de faire une autographe sur la manche de leur boubou. Avec son feutre, Awa écrivait des noms, des bouts de phrases et apposait sa signature. L’instant selfie passé, la diva pouvait enfin dîner et accorder une interview.

Qui est véritablement Awa Ly ?
Je découvre encore qui est Awa Ly (rires). Je suis une chanteuse, actrice à mes heures perdues, Sénégalaise, Française, Italienne, citoyenne du monde.

Qu’est-ce qui fait la particularité de votre style musical?
Le style particulier, c’est justement le fait qu’on ne puisse pas mettre une étiquette ou un label sur ce que je fais. C’est un mélange de folk, de pop, de jazz et de blues des fois. Tout un chacun selon sa sensibilité retrouve plus du folk, du jazz, du pop ou du blues, selon ce qu’il est et a envie d’entendre. Mais je suis très heureuse qu’on ne puisse pas mettre une étiquette ou un label sur ce que je réalise.
Je veux pouvoir être libre de chanter ou de faire la musique dont j’ai envie, au moment où j’en ai envie sans me sentir enfermée dans une cage. Que ça soit celui du jazz ou du rock ou peu importe.

Où est-ce que Awa Ly a appris à chanter et à jouer toutes ces musiques qui séduisent tous les publics à travers le monde?
Je n’ai jamais pris de leçons de chants. C’est quelque chose que j’ai en moi. C’est comme un don. C’est inné ! Chacun de nous a un don. La chanson, la musique, c’est ma chose. J’essaie comme je peux de développer ce don que j’ai en moi. Je crois fortement que Dieu nous donne à chacun des dons et c’est à nous de faire en sorte qu’ils ne soient pas donnés en vain. C’est encore work in progress !

A partir de quel moment avez-vous senti ce don en vous ?
J’adore chanter depuis toute petite. Déjà à l’école primaire, mes camarades me demandaient de leur chanter, à la récréation. Après, c’est vrai que j’ai fait mes études en commerce international, rien à avoir avec la musique. Je n’étais pas partie pour devenir chanteuse. Dans le temps, je ne pensais pas pouvoir en faire ma passion, mon métier.
Les parents étaient toujours inquiets. Ils veulent qu’on étudie d’abord. C’est ce que j’ai fait. Mais à un moment donné, la musique a pris le dessus. C’est seulement, il y a une dizaine d’années que j’ai commencé à devenir une chanteuse professionnelle. Mais ce changement s’est fait naturellement, sans forcer. Les premières personnes avec qui j’ai chanté, ce sont des amis musiciens avec qui j’ai participé à plusieurs spectacles à Rome. Doucement, doucement j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis lancée.

C’est la première fois que vous venez vous produire au Sénégal ?
Je suis déjà venue au Sénégal, en étant petite pour des vacances scolaires. Il paraît que j’ai appris à marcher ici avec ma grand-mère. Dès que je peux, je viens au Sénégal parce que j’ai beaucoup de familles ici, et j’aime revenir, me ressourcer. J’ai célébré mon mariage ici aussi.

C’est donc votre première prestation à Dakar en tant qu’artiste. Comment trouvez-vous l’accueil du public sénégalais ?
Oh là, là, là ! C’est fantastique ! Fantastique ! J’ai trouvé un public attentif, curieux, chaleureux, et participatif. Je suis très heureuse et très touchée de l’accueil au Sénégal. Je suis tellement reconnaissante que je ne trouve pas les mots pour dire toute ma reconnaissance. Je remercie tous ceux qui sont venus voir mes concerts à Dakar et à Saint-Louis, en espérant qu’il y aura d’autres occasions Inch’Allah de pouvoir revenir.

De manière générale, quelles sont vos impressions sur le Sénégal ?
C’est un pays très actif, très proactif, c’est un Peuple qui aime et cherche la paix. Notre rapport à la Gambie a été très fort, on a montré le bon exemple. Et on est un exemple pour d’autres pays d’Afrique et pas seulement. C’est pour cela, j’aimerais qu’on retrouve la sérénité d’antan.
J’entends des choses que je n’entendais pas avant sur des violences étranges à l’intérieur du Sénégal.
Il faut absolument qu’on retrouve cette paix qui existait. Pour cela, il faut que tout un chacun fasse son introspection et commence à faire ce changement  par soi-même, d’éducation, de respect des uns des autres.

Dans une de vos interviews, vous disiez avoir quelques appréhensions en ce qui concerne ce concert au Sénégal. De quoi aviez-vous peur ?
Oui ! Comme c’est la première fois que je viens jouer dans mon pays d’origine, ce n’est pas… (Elle ne termine pas sa phrase). Les gens m’ont vu jouer sur Youtube ou sur le net, mais ne m’ont jamais vu en live. Je ne savais pas trop… c’est vraiment un genre métisse avec beaucoup de… Même s’il y a sur l’album des apports de musiques africaines et ouest africaines. Parce qu’il y a la kora, du djembé qui y est aussi. Mais ici en live, on était en quartet et c’est très loin du mbalax, même si je n’en écoute pas mal. Mais il y a beaucoup d’artistes folk que j’admire ici. Je savais qu’il y a de la place pour ce genre de musique, comme Yoro Ndiaye, Julia Sarr, et Fadda Freddy qui était avec nous ce soir (Ndlr : samedi dernier). Au début, j’étais très heureuse, un peu nerveuse aussi, mais les deux soirées m’ont montrée qu’il n’y avait pas d’inquiétude à avoir.

Composé de 10 titres, votre album Five and feather que vous avez présenté ce soir (Ndlr : samedi dernier) au public sénégalais signifie littéralement «Cinq et une plume». Quel est le sens de ce titre?
Cinq et une plume, c’est un titre que j’ai choisi exprès, très cryptique et très mystérieux. Parce que je voulais qu’à la suite de l’écoute de ces 10 chansons, que tout un chacun puisse se faire une idée de cette formule magique. Five and feather, je pense que c’est une formule magique. Il y a beaucoup de choses qui se dénombrent par le chiffre 5  dont les cinq doigts de la main, les 5 dimensions, les 5 émotions (sens) et la plume pour écrire. C’est l’élément qui te fait arriver au 6e sens… Mais j’aimerais bien que les lecteurs du journal Le Quotidien, en écoutant l’album, me donnent, eux, leur définition.

Quand on écoute les thématiques abordées sur cet opus, elles parlent plus d’amour. Que représente pour vous l’amour ?
Tout ! L’amour ça représente tout, tout. Comme je disais tout à l’heure sur scène, l’amour c’est la base. C’est ce qui fait que tu te réveilles le matin, que tu vis ta journée et qui fais que tu es avec les personnes qui t’entourent le plus possible. C’est ce qui te fait vivre, même dans le travail. La passion pour le travail, c’est l’amour. L’amitié est une forme d’amour aussi.
Il y a autant d’êtres qu’il n’y a d’amour sur cette planète. C’est essentiel. Sur cet album, je parle essentiellement d’amour. De différentes sortes d’amour. Il y a le coup de foudre, l’amour fou, une séparation tragique, l’amour pour l’humanité (Here), Friendship (amitié). Ce n’est pas toutes les formes d’amour certes, mais l’album en présente quelques belles facettes.

Mis à part l’amour, vous parlez aussi du drame migratoire dans Here (ici) ? Une thématique assez particulière. Quel regard portez-vous sur la migration des jeunes africains ?
J’ai  mal, j’ai mal, j’ai mal, pour mes frères et sœurs qui recherchent quelque chose qui leur est dû en quelque sorte. Ce n’est pas parce que tu es né quelque part que tu as un petit bout de papier qui te dis : «Toi tu peux aller ici, ou là que c’est juste.» Ce n’est pas juste du tout. Je sais qu’il y a beaucoup de raisons économiques, politiques, sociales… mais la première chose qu’il faut retenir, c’est que l’homme naît libre, il doit pouvoir être libre pour pouvoir aller là où il veut, quand il veut, sans devoir rendre de compte à personne. De trouver des solutions comme cela, c’est-à-dire risquer sa vie au point de… Je trouve cela dramatique. Justement, quand tu fuis la guerre et que tu veux sauver ta vie et la vie des tiens et que tu meures en la recherchant… Le manque d’empathie me blesse énormément.

Vous faites intervenir plusieurs artistes dans cet album à l’instar de Balaké Cissokho (Kora), Faada Freddy…
Oui, il y a le violoniste chinois qui joue de l’eru, le contre-basiste américain, Faada Freddy à la voix. Oui, j’ai eu la chance d’avoir beaucoup d’artistes très talentueux, qui sont venus partager sur cet album Five and feather. Je ne les remercierais jamais assez.

Dans l’album vous trainez votre public de l’anglais à l’italien en passant par le français, le wolof un peu…
Oui il n’y a que des chansons en anglais. J’ai fait mes études aux Etats-Unis, donc j’ai plus de facilité à écrire en anglais. En anglais on peut avec très peu de mots, exprimer beaucoup de concepts et avoir plusieurs niveaux de lecture. J’ai écrit des chansons en italien, français, wolof pas encore. Mais ça arrivera inch’Allah.

Vous comprenez bien wolof ?
«Degg na wax bi mo diafé» (Elle répond avec un séduisant accent anglophone. (Ndlr : je comprends bien le wolof, mais je m’exprime mal). Quand tu me dis : «Kay ma rayla» (Ndlr : Viens que je te tue), je ne viens pas (rires).

Vous étiez à Saint-Louis vendredi dernier. On organise chaque année le Festival international de jazz dans cette ville. Avez-vous noué des contacts avec les organisateurs de ce festival pour une éventuelle participation ?
Oui ! J’ai vu les organisateurs. Pour cette année, ils m’ont invitée mais ça tombe en plein milieu de ma tournée allemande. Je ne peux malheureusement pas participer à cette édition. Mais j’espère pouvoir le faire l’année prochaine.

Sur votre album, vous avez chanté avec Faady Freddy. Y a-t-il d’autres artistes sénégalais avec qui vous aimeriez partager une chanson dans vos futurs albums ?
Oui ! J’ai parlé de Yoro Ndiaye que j’aime beaucoup. J’aime beaucoup Daara-ji, avec Ndongo D avec qui j’aimerais aussi pouvoir collaborer. Avec Julia Sarr. Avec Xuman, j’aimerais beaucoup.

Quelles sont vos prochaines dates ?
A la fin de la semaine prochaine, je vais donner deux concerts à Casablanca, ensuite, en France. L’album Five and feather sort à la fin du mois en Allemagne et j’ai une tournée prévue dans ce même pays au mois d’avril. J’irai au mois d’avril au Cap-Vert pour le Créole jazz festival. J’espère du fond du cœur pouvoir revenir au Sénégal le plus rapidement possible Inch’allah.

Un dernier mot en wolof.
«Nouyouna niep, dieureudieuf ci sama biir xol.» (Je salue tout le monde et je les remercie du fond du cœur).

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