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Un geste est un adjectif qualificatif pendu à un verbe d’action
Qualifiant le doyen Amady Aly Dieng, le Professeur Birahim Thioune (Fastef) – dont les essais sur la communication politique/publique au Sénégal méritent attention – a lâché ces mots justes : Amady Aly Dieng est un «homme au geste efficace et la mimique faciale expressive». Chaque être à un style gestuel qui participe de la valeur qu’il donne aux mots et qui, en même temps, peut exprimer des éléments profonds de son caractère. Ceux qui s’expriment instinctivement, et donc hors de toute forme de théâtralisation. Parce que la gestuelle est un condensé de mots, sans son, dont l’essence est de ne point «gâcher l’idée dans la matière des mots».
Nous restions tard sous les arbres de la Faculté des lettres et sciences humaines, lieu qui était devenu un petit espace de convergence, de discussions et de fécondation ; que le doyen participait à animer, chaque jour… sans aucune restriction, ni aucune autre considération que celle d’échanger sur des sujets divers et variés. Les débats étaient ouverts, engagés, voire houleux, mais finissaient toujours par susciter, en nous tous, de nouvelles idées et de nouveaux questionnements susceptibles de déboucher sur un véritable objet de recherche. Donc, le doyen Amady Aly Dieng était un fécondateur d’intuitions, comme l’abeille qui butine, de fleur en fleur, avant de produire le nectar dont l’homme raffole, il a permis de faire éclore des idées, même si nous le contestions et croisions le fer avec lui. Il était solide et «hargneux»… et l’on ressentait ce souci profond d’attirer toujours l’attention sur les affects et les passions des uns, comme des autres afin de mieux gouverner les susceptibilités. Quoi qu’on puisse dire, on apprenait beaucoup «trop» avec lui. C’est pourquoi il semblait redoutable. Partout où il est passé, il a laissé une anecdote, une référence bibliographique, un rire ou une «amertume», ses «vraies traces» dans la société. Il était tout simplement un Homme avec ses qualités et son caractère (ce que nous appelons des «défauts», par défaut d’autre qualificatif).
Aujourd’hui, toutes ses anecdotes et les commentaires sur ses comportements de «perturbateur» circulent, permettant ainsi de préserver, dans nos mémoires, le passage de cet homme singulièrement impossible à vivre. Parce qu’usant d’un langage tranché, en évitant tout louvoiement… il faisait retourner le couteau dans la plaie, car ce qui l’intéressait n’était pas la douleur produite, mais le soin apporté, comme un excellent chirurgien qui incise après une anesthésie réussie. Il anesthésiait l’assistance en sortant ce que beaucoup d’entre nous pensent tout bas. L’objectif étant toujours d’attirer l’attention sur le détail qui détruit (celui qui xajamal le récit). Il faut donc dégrossir, selon les réalités du quotidien, parce que l’histoire s’écrit quotidiennement.
Il m’a beaucoup appris, voire carrément contaminé, comme tant d’autres, bien avant moi, qui suis arrivé dans le «tard», plus qu’aucun autre maître ! En effet, depuis sa disparition et chaque matin, je vois une de ses leçons défiler devant mes yeux, j’entends des choses qu’il murmurait à haute voix… Il était certainement en avance sur son temps. Parce que l’histoire qu’il véhiculait était une projection fondée sur une solide expérience des hommes et des idées du monde… depuis la fin des années 1950, jusqu’au 13 mai 2015. Quelle audace !
Finalement, l’un des mérites de la tombe (si vraiment mérite il y a) c’est d’enterrer nos défauts. Restent donc, entre les mains (des) héritiers, des vertus immatérielles et des «Frag­ments» significatifs de notre personnalité. Ceux qui informent sur le rôle que le célébré jouait dans sa société et dans le monde.
Repose en paix, aamiin… le chemin se poursuit…
Abdarahmane NGAIDE
Enseignant-chercheur au Dpt d’histoire
Ucad

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