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Depuis plusieurs décennies, la construction d’un pont à Fara­fegny pour améliorer la circulation des personnes et des biens entre la Gambie et le Sénégal est au centre des préoccupations des autorités sénégalaises et gambiennes. Ce pont, long de 942 mètres, est financé par la Banque africaine de développement (Bad) pour un montant de 50 milliards Cfa et sera construit en 30 mois, selon les délais prévisionnels.
La fin des travaux de construction de ce pont est attendu comme un moment à la fois de soulagement et de bonheur par les transporteurs sénégalais, gambiens et autres voyageurs qui empruntent quotidiennement ou de temps en temps cette Transgambienne. Il faut voyager à bord d’un véhicule de transport en commun en prenant cette route pour comprendre de quoi il en retourne. En ce qui me concerne, ça faisait un sacré bout de temps que ce n’était pas arrivé. Finalement, c’est arrivé par la volonté de Dieu, mais en quelles circonstances ?
Je viens de perdre mon père ce jeudi soir à Diannah Malari. C’est mon frère M.D qui m’appelle pour me le dire. La famille prévoit de l’enterrer le lendemain vendredi à 10 heures. Mais si je peux être là-bas avant 14 heures au plus tard, ils voudraient bien m’attendre. Etant donné que je suis à Dakar, il m’est impossible d’être là-bas avant l’heure précitée du fait de la distance, mais aussi de la traversée du fleuve à Farafegny. Donc, c’est conscient de ces obstacles majeurs sur lesquels je n’ai aucune maîtrise que je décline gentiment la proposition de ma famille de m’attendre pour amener mon père à sa dernière demeure.
Géographiquement, la commune de Diannah Malari se situe sur la route de Kolda (à 39 km de Kolda et à plus de 50 km de Sédhiou), lorsque vous empruntez la Transgambienne. Le mouvement migratoire pendulaire entre Dakar et les régions Sud (Sédhiou, Kolda et Ziguinchor) offre deux possibilités de choix d’itinéraire par la route au voyageur. Il peut, soit emprunter la Transgambienne soit prendre la voie de contournement de la Transgambienne via Tamba­coun­­da.
Après le naufrage du bateau «Le Joola» le 26 septembre 2002, le Président M. Macky Sall, arrivé au pouvoir en 2012 pour désenclaver les régions Sud, a renforcé les moyens de transport des personnes et des biens en mettant en circulation simultanément deux bateaux éponymes des jumelles «Aguène» et «Diambogne» pour assurer un transport plus sécurisé et plus confortable aux voyageurs. Cet effort consenti par le gouvernement a contribué indubitablement à améliorer la circulation des biens et des personnes entre Dakar et Ziguinchor.
Par ailleurs, les négociations engagées depuis Mathusalem entre les autorités étatiques de la Gambie et celles du Sénégal pour l’érection d’un pont à Farafegny ont finalement abouti et son financement estimé à 50 milliards obtenu auprès de la Banque africaine de développement (Bad).
Le Sénégal attend depuis belle lurette la construction d’un pont à Farafegny en vue de fluidifier la circulation des biens et des personnes entre la Gambie et le Sénégal. Aujourd’hui, avec le départ de l’ancien Président de la Gambie M. Yahya Jammeh qui constituait un véritable obstacle à la réalisation de ce dessein (même si les accords visés ont été signés sous son régime), enlevé démocratiquement du pouvoir par M. Adama Barrow, le pont à Farafegny tant souhaité et attendu est en phase de construction.
Heremakono (en attendant l’arrivée du bonheur avec la construction du pont à Farafegny tant attendu par les acteurs du secteur du transport du côté du Sénégal comme de la Gambie) quotidiennement, deux bacs assurent alternativement la traversée des personnes et des biens d’une rive du fleuve à l’autre.
Lorsque vous arrivez à Farafegny à bord d’un véhicule de transport en commun, pour la traversée du fleuve, vous avez deux choix à faire pour vous transporter d’une berge à l’autre. Soit vous prenez le bac s’il est en circulation, soit vous prenez une pirogue lorsque le bac est à l’arrêt à cause de la marée basse. Ainsi donc, j’arrive à Farafegny à 10 heures ce vendredi. La marée est basse. Point de bac en circulation. Je suis pressé et ne peux pas attendre plus longtemps que les quelques minutes que j’ai déjà perdues pour me renseigner sur le dispositif de transport existant pour me transporter sur l’autre rive du fleuve. Prendre le bac, c’est plus sécurisant. Ça c’est évident. Mais du fait de la marée basse, il est à l’arrêt en attendant l’arrivée de la marée haute pour se remettre en marche.
Il me faut soit attendre l’arrivée de la marée haute pour embarquer dans un bac soit prendre une vieille pirogue motorisée qui propose ses services pour se déporter sur l’autre rive du fleuve. Je décide de prendre une pirogue sans en être conscient des risques que j’encours. Ce qui m’intrigue le plus, c’est lorsqu’on embarque dans une vieille pirogue sans aucune autre forme d’identification et de contrôle de sécurité sous les yeux de la Police gambienne. Quel­ques instants avant l’embarquement, on nous donne des gilets de sauvetage à enfiler sans contrôler si on porte effectivement ou pas, chacun en ce qui le concerne, son gilet de sauvetage. En plus, on ne contrôle pas le nombre de personnes que l’on embarque dans la pirogue. Or nous sommes en surnombre. Tout cela se déroule sous le nez de la Police gambienne qui laisse apparemment faire. Personne ne dit un mot. Personne ne conseille à la prudence ou donne des consignes de sécurité. Bref ! C’est un véritable laisser-aller. Si les autorités concernées tant gambiennes que sénégalaises ne prennent pas les mesures individuelles et collectives idoines de prévention, cette situation risque de provoquer un jour un accident dont on ne peut prévoir les conséquences.
Il y a quelque temps, sous le régime de l’ancien Président de la Gambie, M. Yahya Jammeh, Farafegny était une étape du voyage par la Transgambienne très mal vécue par le voyageur, eu égard les nombreuses tracasseries qu’on lui faisait subir. En attendant la fin des travaux de construction du pont, Farafegny est un ralentisseur de voyage, autrement dit un casseur de rythme, mais aussi une escale forcée qui offre au voyageur une opportunité pour se dégourdir les jambes ou pour faire des achats de marchandises de première nécessité aux prix plus abordables, en attendant l’embarquement.
J’estime que la Gambie ne doit pas laisser sur son territoire le transport des biens et des personnes entre les mains inexpertes des tiers, sans les organiser et les contrôler aux fins d’assurer le minimum de sécurité aux voyageurs qui empruntent la Trans­gambienne. Elle a l’impérieux devoir d’assurer la sécurité aux citoyens gambiens et sénégalais qui feront le choix non sans risque de traverser le fleuve à Farafegny aux moyens de vieilles pirogues, en prenant les mesures de contrôle et de sécurité qui s’imposent.
Au port d’embarquement à Farafegny, je ne vois aucun dispositif de secours d’urgence visible appelé à intervenir efficacement en cas d’accident. Si un jour une pirogue surchargée de personnes et de bagages chavire en plein fleuve, que va-t-il advenir ? Ce qui est certain, prévenir vaut mieux que guérir.
En définitive, ce que je crois : le droit d’aller et de venir est sacré. Ce droit fondamental est intrinsèquement lié au droit à la sécurité du voyage et des voyageurs. Si la sécurité du voyage, notamment du moyen de transport, n’est pas assurée, le droit d’aller et venir du citoyen sera fortement compromis.
Au finish, je suis arrivé sain et sauf à Diannah Malari après plusieurs péripéties. Je rends grâce à Dieu de l’avoir permis. Toutefois, mon père avait déjà rejoint sa dernière demeure. Que Dieu l’accueille dans son paradis céleste et éternel !
Au total, en attendant la fin des travaux de construction du pont à Farafegny qui apportera sans aucun doute beaucoup de bonheur aux transporteurs sénégalais, gambiens et autres voyageurs qui emprunteraient la Transgambienne, je reste convaincu que l’envie de se transporter dans l’autre rive du fleuve ne doit pas compromettre notre raison de vivre.
Heremakono !
Vive le Sénégal !
Vive la République !
Baba Gallé DIALLO
babadediana@gmail.com

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