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L’effervescence dans le monde du rap a atteint son sommet avec les dernières sorties de Dip Doundou Guiss, Omzo Dollar, Ngaka Blindé et One Lyrical. Particularité de ces clashs, le langage qui vole extrêmement bas. La preuve de la carence des jeunes en matière de versification et d’écriture, estime leur aîné Kalif du groupe Undershifay.

Le rap sénégalais bouillonne d’effervescence depuis quelques jours. En cause, la petite guéguerre dans laquelle se sont engagés quelques jeunes rappeurs. A coup de clashs et de contre clashs, Dip Doundou Guiss, Omzo Dollar, One Lyrical et Ngaka Blindé soulèvent les passions de leurs fans. Occupés à compter les points, ces derniers savourent ces escarmouches qui, dans le monde du hip-hop, sont une réalité avec laquelle il faut compter. «Le clash fait partie de la culture du rap. Cela a toujours existé. Il y a eu des clashs entre crews de la banlieue et des Sicaps, entre adeptes du rap wolof et ceux qui rappaient français», explique la journaliste culturelle Bigué Bop du quotidien Enquête. Ces clashs ont connu leur âge d’or avec Frères ennemis de Xuman et Daddy Bibson, «une légende du clash», selon la spécialiste en culture urbaine. Mais si ces attaques ont autant retenu l’attention du public, le langage ordurier utilisé par les jeunes rappeurs n’y est pas étranger. En effet, les opus sortis par Dip et compagnies regorgent d’insultes qui visent l’ascendance des uns et des autres. «Les old school (comprendre les rappeurs des premières générations) insultaient certes, mais ils le faisaient souvent en anglais pour atténuer l’effet ou usaient du scratch ou de ce que le Pr Dramé, dans son livre, appelle le silence. Ils évitaient de dire un mot jugé obscène», explique Mme Bop. Mais aujourd’hui, la tendance est en train de s’inverser et selon le Pr Mama­dou Dramé, ethnolinguiste et sociolinguistique, auteur du livre Langage de la rue et transgression langagière dans le rap au Sénégal, paru aux éditions Afroquebec, l’exercice auquel on assiste depuis quelques jours pourrait bien être une stratégie marketing «utilisée par certains rappeurs pour avoir énormément de vues sur YouTube, parce qu’ils ont un projet derrière».
Kalif du groupe UnderShifay est dans le milieu du rap depuis les années 90. Considéré comme ceux de la 2e génération après celle des Xuman et Bibson, il pointe du doigt le faible niveau d’écriture des jeunes qui les pousse à privilégier un langage ordurier. «Cette nouvelle génération doit comprendre qu’il y a eu deux générations avant eux et qui ont travaillé pour le respect de cette culture du hip-hop. Mais actuellement, beaucoup d’artistes de cette nouvelle génération ne maîtrisent pas la versification et les règles d’écriture. Il y a des manières de rapper, de dire les choses parce qu’il ne faut pas oublier que le rap, tout comme le reggae, est une musique de dénonciation», explique Kalif qui a désormais choisi de se concentrer sur la formation des jeunes en technique d’écriture.
Cet antagonisme croissant entre rappeurs peut-il verser dans la violence physique ? Non, répond le Pr Dramé. «Le rap sénégalais est violent sur le plan verbal. Mais sur le plan physique, je ne le pense. Ou alors, ce sera juste deux ou trois personnes qui vont se bagarrer», estime-t-il. Là où la journaliste Bigue Bop craint des affrontements entre rappeurs. «Il faut éviter d’inviter à un même concert Dip et Omzo. Et il serait un peu risqué pour Omzo par exemple d’aller prester à Grand Yoff qui est le fief de Dip et pour ce dernier d’aller à Guédiawaye où habite Ngaka. Le public est imprévisible», avertit-elle.

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