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En fin de compte, le hold-up a bien eu lieu. Macky Sall et sa coalition ont «gagné» les Législatives dans le département de Dakar. Cela ne devrait guère étonner grand monde

Une «victoire» décidée d’avance
En fait, avant même les élections, Macky Sall avait décidé qu’il devait «gagner» Dakar, quoi qu’il arrive. Parce qu’il ne voulait pas «périr». Le scénario était écrit au Palais des mois avant le scrutin. Donc, lorsqu’au milieu de la nuit de dimanche à lundi, Amadou Ba clame «Dakar est tombée», en violation flagrante du Code électoral, rien ne devait remettre cela en cause. Ni la spirale de mensonges sur leurs chiffres entre dimanche nuit et mercredi ni la riposte du camp de Khalifa Sall ni les doutes d’une grande partie de l’opinion. Il était évident qu’aucune force ne devait entraver leur marche vers la «victoire».
Ils pouvaient compter sur la servilité d’une partie de la presse, prête à relayer leurs mensonges les plus grotesques, sur les services de l’Administration qui ignorent la signification de la «neutralité républicaine», ainsi que sur toutes les institutions chargées de donner les résultats. La déclaration de Amadou Ba, relayée par ses autres collègues, était un message clair à l’endroit de la Cena et de la Commission départementale de Dakar : le seul verdict acceptable c’est la «victoire». Parce que Macky et Amadou ont misé trop gros sur cette élection de Dakar. Il leur fallait «gagner» par tous les moyens.

Khalifa Sall ne devait pas gagner
D’ailleurs, Macky Sall avait annoncé la couleur : il n’était pas question que le maire de Dakar, en prison depuis des mois, gagne le département. Ce serait trop humiliant pour lui personnellement et son parti, taxé «d’Armée mexicaine». Et surtout cela conforterait la stature de Khalifa Sall. Comment peut-on imaginer, en Afrique, un Président en exercice perdre la face devant son adversaire, surtout quand ce dernier est privé de ses mouvements ? Inimaginable ! N’est-ce pas le loufoque ex-«empereur» de Centrafrique, Jean-Bedel Bokassa, qui disait qu’on ne peut pas organiser les élections et les perdre ? Macky Sall vient de lui donner raison.
Voilà pourquoi la «victoire» de Macky Sall était inéluctable, parce que déjà fabriquée et annoncée avant l’heure et avec tous les moyens prévus pour atteindre cet objectif : financiers, politiques, médiatiques et juridiques. En effet, quel juge oserait remettre en cause la volonté du «chef» ? Surtout quand on sait que c’est lui qui nomme les juges et peut faire et défaire leur carrière.
Donc ni le Conseil constitutionnel ni la Cour suprême ne remettront en cause le verdict de la Commission départementale. Bamba Fall et ses collègues ne doivent pas perdre leur temps à faire des recours qui n’aboutiront pas. Certains diront, «mais nous sommes quand même dans un Etat de droit». Vraiment ? Il faut cesser d’être naïf et de rêver debout. Un tel Etat n’existe pas encore au Sénégal.
Mais en réalité, Macky Sall et son camp ont besoin de se donner l’illusion qu’ils ont «gagné». Nous disons bien «illusion», car l’écrasante majorité de l’opinion doute fort qu’ils aient réellement gagné le scrutin à Dakar. Qu’à cela ne tienne ! Quand on a tout sous son contrôle alors que l’adversaire est complètement désarmé, il n’y a vraiment pas «match», comme diraient les amateurs de football.
A l’école, nous avons appris les fameuses fables de Jean de la Fontaine. L’une d’entre elles disait bien : «La raison du plus fort est toujours la meilleure.» Mais pas nécessairement légitime ! A l’école également, dans un des grands classiques de la littérature française, le Cid de Corneille, nous avions récité jusqu’à l’envi cette admirable strophe : «A vaincre sans péril/on triomphe sans gloire.»
Demba Moussa DEMBÉLÉ

1 COMMENTAIRE

  1. Excellent article qui résume la vérité sur ce qui s’est passé à Dakar.
    Les germes d’un danger national sont en train d’être semés avec ces résultats à Dakar.
    Une invite aux sénégalais de tout bord: il ne faut pas mettre en danger ce pays que tout le monde enviait en Afrique pour sa stabilité, sa démocratie, … et la paix qui y règne.

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