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Aussi tardif que soit rendu cet hommage, il est toujours d’actualité pour ma part, au vu du rôle joué par ce saint homme dans mon entrée en politique. Serigne Abdou Fatah Mbacké est l’homme qui m’a officiellement présenté à monsieur Moustapha Niasse, au lendemain du lancement du mouvement de soutien à la candidature de ce dernier aux élections présidentielles de février – mars 2000. Le mouvement «Fippu ak Mustafaa» venait de naître.
Par conséquent, l’on peut imaginer que la disparition du khalife de «Tayif», à la date du 11 août 2017 a laissé poindre en moi le souvenir de cet acte qui a eu lieu dans la nuit d’un jour du mois d’août 1999. Je me rappelle très bien que c’est son chambellan nommé Ngom qui est venu hâtivement chez moi pour me demander de répondre à l’appel du marabout qui habitait à cent mètres de notre domicile familial, sis à la Sicap Dieuppeul 2.
Sont parvenu au guide religieux les échos de cette rentrée politique officielle, via l’Assemblée générale du mouvement précité dont je présidais les destinées, qui s’est tenue au jardin public dudit quartier, à la date du 25 juillet 1999. C’est feu Mansour Seck, un voisin dont la maison fait face à celle de ce dernier, qui lui a mis la puce à l’oreille. Arrivé dans cette demeure, je trouvai le futur secrétaire général de l’Afp assis aux côtés du petit-fils de Serigne Touba dans le salon. Et aussitôt les salutations terminées, le marabout fit ma présentation et rend compte à son hôte du travail de base que j’avais accompli dans le cadre de la massification du mouvement cité supra et du succès retentissant de la cérémonie y afférente, retransmise dans les médias.
Je me présentai et déclinai les raisons de mon soutien à son projet politique, eu égard à son cursus politico-administratif et à ses œuvres de bienfaisance qui font légion. Je lui fis part aussi que je suis le frère d’une de ses vieilles connaissances ; ce qu’il apprécia. Il me remercia et m’encouragea à persévérer dans ce combat qui, selon lui, est celui du citoyen avide d’un changement qui pourrait lui redonner l’espoir, après m’avoir expliqué les relations fraternelles qu’il entretenait avec ce membre de ma famille. Notre discussion se termina sur l’expression d’une doléance consistant à me procurer les posters qui portent son effigie.
Nous prîmes congé, après une trentaine de minutes de débat, non sans exprimer un sentiment de gratitude à mon endroit, au regard de la réponse que j’ai apportée à son Appel lancé le 16 juin 1999, en Afrique du Sud. L’homme promit de satisfaire ma requête.
C’est ainsi que quelques jours plus tard, par le truchement de l’homme de confiance du marabout, il me fit parvenir un important nombre de paquets de posters, ce qui me permit d’en afficher dans tout le quartier et notamment sur tous les poteaux électriques qui jalonnent les rues de la localité. J’avais personnellement conduit l’équipe préposée à l’affichage, composée de jeunes qui me soutenaient et qui militaient dans le mouvement, à l’aide d’une échelle et de matériaux y afférents. Et cela se fit à des heures tardives ! La visibilité du futur candidat à l’élection présidentielle devenait une réalité dans notre commune d’arrondissement.
Naquit-il alors, à travers cette présentation, une relation cordiale entre le fils de Cheikh Mbacké Gaïndé Fatma et ma modeste personne, j’allai dire, aussi, entre son chambellan et moi-même. Et depuis cette date, il m’arrivait de lui rendre des visites de courtoisie à domicile, souvent au dépourvu, et nous discutions de politique, mais aussi d’un peu de tout.
Je me rendis compte très rapidement de son intellectualité et de son ouverture d’esprit. L’homme maniait très bien la langue de Molière, au point que je crus qu’il ne maîtrisait pas bien le «wolof», car toutes nos discussions se faisaient en français. Sa disponibilité, son flegme et sa simplicité étaient tels que je n’eus aucune contrainte à être à l’aise pour m’exprimer devant l’homme charismatique qu’il fut. Il avait toujours à ses côtés le livre saint ; ce qui avait, non moins, attiré mon attention.
J’appris par ailleurs qu’il serait le premier descendant du fondateur du «Mouridisme», titulaire d’un doctorat. Je pris acte de cette information dès lors qu’il est avéré que tous les descendants de son vénéré père «Gaïndé Fatma», sont des intellectuels de haut niveau, formés à l’école française.
Serigne Abdou Fatah Mbacké a vécu sobrement à la Sicap Dieuppeul 2. Rien d’extraordinaire ne le différenciait de ses voisins du quartier, sinon ces véhicules de luxe garés, parfois, la nuit, par ses hôtes de marque, devant son domicile.
Du peu que je sais de lui, j’ose affirmer que l’homme était partagé entre son bureau de consultant financier, sis à Colobane, le «Samouraï karaté club», où il excellait comme ceinture noire de karaté et la réception de ses visiteurs nocturnes, dont des hommes politiques de tout bord. Il vécut ainsi dans le quartier, de manière très effacée, discrètement, jusqu’à ce qu’il se retire dans la ville sainte de Touba.
C’est pour dire à travers ce témoignage que le frère cadet de Serigne Mbacké Sokhna Lô a joué un rôle particulier dans mon incursion dans l’arène politique. Autant dire qu’il a participé à faire du citoyen que je suis un membre cofondateur de la formation politique qui s’appellera plus tard l’Alliance des forces de progrès (Afp) où je milite depuis lors.
Suite à son rappel à Dieu, je ne pouvais m’empêcher de dire ces mots, au regard du rôle prépondérant qu’il a joué dans ma vie politique.
Mieux vaut tard que jamais !
Sur ce, je présente mes condoléances attristées à son ami Moustapha Niasse, à son chambellan Ngom, à sa famille, à la confrérie «mouride», à travers le khalife général Cheikh Sidy Moctar Mbacké et à toute la Ummah.
Que la terre de Touba lui soit légère !«Ina lilahi wa inaileyhi radjihouna»

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