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Comme les années antérieures, le Festival du cinéma africain de Khouribga a réservé un hommage à un pays de choix. Et c’est le pays des Grands Lacs, le Rwanda, qui pour cette édition 2017 était à l’honneur. Selon Nour Eddine Saïl, le président de la Fondation du Fcak, pour marquer ces 40 ans d’existence, il fallait absolument accorder de la place et de la visibilité à un pays en marche, mais qui mérite plus d’attention et plus d’égards. «Nous sommes dans une logique de prise de conscience de la valorisation de l’art africain dans sa globalité et le Rwanda est un pays vers qui il nous faut tourner pour visiter et revisiter sa culture.» C’est en ce sens que Khouribga, le temps d’un après-midi chaleureux, a zoomé sur la littérature, la musique et la filmographie du Rwanda. Nour Eddine Sail en a profité pour lancer un appel à l’Etat rwandais afin qu’il apporte son soutien aux réalisateurs de ce pays. «Le soutien des talents de demain s’impose avec acuité… C’est cela le garant de la continuité», a-t-il dit en substance, interpellant de vive voix l’ambassadrice du Rwanda au Maroc.
La romancière de renom, Mukasonga Scholastique, née en 1956 dans la province de Gikongoro au Rwanda, une écrivaine rwandaise d’expression française, lauréate du prix Ahmadou-Kourouma et du prix Renaudot en 2012, est de façon générale revenue sur ses œuvres publiées chez Gallimard. Six de ces livres sont en effet publiés chez cette prestigieuse maison d’édition française. Il s’agit d’Inyenzi ou les Cafards (2006), La femme aux pieds nus (2008). Ce livre a obtenu le prix Seligmann 2008 «contre le racisme, l’injustice et l’intolérance», L’Iguifou, nouvelles rwandaises, publié en 2010 et qui a obtenu le prix Renaissance de la nouvelle 2011 et le prix de l’Académie des sciences d’Outre-Mer, puis Notre-Dame du Nil, sorti en 2012 et qui a retenu l’attention du monde en se faisant distinguer à travers le prix Ahmadou Kourouma et le prix Renaudot 2012. On se souvient que cette œuvre littéraire d’une qualité rare dans la littérature africaine raconte l’histoire d’un lycée de jeunes filles qui s’appelle «Notre-Dame du Nil», perché sur la crête Congo-Nil, près des sources du grand fleuve égyptien. Elles y ont été envoyées pour former l’élite féminine du pays et les éloigner des dangers du monde extérieur. «C’est un prélude au génocide rwandais qui se déroule dans le huis clos du lycée durant l’interminable saison des pluies. Amitiés, désirs, haines, luttes politiques, incitations aux meurtres raciaux, persécutions… Le lycée devient un mi­cro­cosme existentiel fascinant de vérité du Rwanda des années 70», rappelle-t-on.

Une littérature qui dessine le Rwanda
La très respectée romancière rwandaise est aussi l’auteur de Ce que murmurent les collines (nouvelles rwandaises publié en 2014) et qui s’est également fait remarquer par l’obtention du Grand Prix Sgdl de la nouvelle 2015. Puis, elle a publié l’an dernier Cœur Tambour, «un roman qui plonge aux sources de l’Afrique». L’histoire commence avec la fin tragique et mystérieuse d’une chanteuse africaine. Kitami, que l’on appelle aussi l’amazone noire, est morte écrasée sous le poids de «Ruguina», un tambour sacré qui l’accompagne dans ses tournées. C’est un journaliste qui raconte. Il a reçu après la mort de la chanteuse un carton qui contient une petite valise. Dedans, un petit fer de lance et «un cahier à couverture bleue cartonnée» qui contient le récit à la première personne de l’enfance de la reine Kitami (Prisca, de son vrai prénom). Il décide de le publier, persuadé qu’il intéressera autant les historiens, ethnologues, psychiatres que les nombreux admirateurs de la chanteuse.
L’on apprend par ailleurs que Scholastique Mukasonga est une survivante du génocide rwandais et qu’elle avait jusque-là écrit pour conserver la mémoire de sa famille disparue lors de ce tragique évènement. Mais dans son dernier roman sur lequel elle est revenue, elle remonte plus loin dans le temps, dans le passé de son pays, pour décrire «un passé écrasé par la colonisation, la christianisation». Et c’est le tambour qui fait sonner ce cœur. Il faut savoir que les tambours sont interdits au Rwanda, alors que pour l’Afrique, ils sont le symbole de la puissance, de la résistance, de l’insoumission et relient les exilés à leur terre.
Outre la littérature rwandaise, le Festival de cinéma africain de Khouribga a présenté au public une belle brochette des rythmes du pays des Grands Lacs, à travers une prestation très applaudie des étudiants rwandais résidents au Maroc.
La soirée s’est achevée par la projection du film rwandais Umutoma qui veut dire «Les mots doux». Réalisé par John Kwezi, il raconte l’histoire d’une jeune amoureuse de deux hommes. Celle-ci devrait choisir entre l’aisance et l’amour. L’œuvre est l’une des rares à être tournées au Rwanda même. Nour Eddine Saïl en a d’ailleurs profité pour rendre hommage à la jeunesse et au courage de ce cinéma. «On peut compter sur le bout de la main les œuvres du Rwanda, réalisées par les Rwandais», a indiqué M. Saïl qui souhaite en somme la consolidation des échanges culturels.

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