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Gorée cinéma célèbre cette année le défunt réalisateur Ababacar Samb-Makharam. Des projections de ses œuvres, des débats et concerts réuniront le public le samedi 7 octobre à l’île de Gorée et à Saint-Louis. Ce rendez-vous marque la célébration des 30 ans de sa disparition que les organisateurs veulent commémorer «sans artifices inutiles».

Les générations actuelles peuvent grandement s’inspirer de l’œuvre du défunt cinéaste Ababacar Samb-Makharam. C’est la conviction du directeur éditorial de Gorée cinéma, Yanis Gaye, qui avec son équipe a décidé de rendre hommage à ce réalisateur sénégalais qui «reste important par sa singularité». «Le cinéma de Samb était très personnel dans le sens où il y avait une recherche de l’homme et de sa place dans le monde qui transparaît à l’intérieur de ses films. Cela reste d’actualité et nous avons voulu le transmettre à la nouvelle génération de cinéastes», a-t-il expliqué, promettant aux cinéphiles une rétrospective des films réalisés par l’illustre disparu. «Nous avons voulu rendre hommage au cinéaste et à son œuvre à l’occasion des 30 ans de sa disparition. Cette rétrospective, nous la voulons sans artifices inutiles. Simplement l’occasion pour le spectateur, face à nos toiles blanches ou autour de la table de nos diisoo cinema, d’aller à la rencontre de lui-même», informe-t-il.
Samedi prochain, l’on pourra donc voir ou revoir, c’est selon, Et la neige n’était plus. A travers ce film réalisé en 1965, Ababacar Samb évoque les problèmes qui se posent à la jeunesse africaine et les exposent avec franchise, courage et humour. «Un jeune boursier sénégalais revient de France. Qu’a-t-il appris ? Qu’a-t-il oublié ? Quelle voie va-t-il choisir au contact des nouvelles réalités africaines ?…» C’est cela qu’il aborde avec une rigueur cinématographique extraordinaire. Tandis que dans Kodou, son autre film réalisé en 1971, il raconte l’histoire d’une jeune fille qui se soumet, un peu par bravade, à une pratique de tatouage. Mais au milieu de la cérémonie, et pendant que les matrones l’encouragent de leurs chants, elle prend la poudre d’escampette, offensant ainsi gravement les traditions séculaires du village. Sa famille se sent dès lors déconsidérée, ses amies se moquent d’elle. Confinée dans une quasi-quarantaine, Kodou devient folle et s’en prend violemment aux jeunes enfants. Ses parents finissent par l’emmener dans un hôpital psychiatrique dirigé par un médecin européen, sans résultat. Ils décident alors de la soumettre à une séance d’exorcisme traditionnel. Puis, on ramène Kodou à la maison. Guérira-t-elle ? C’est ce que découvrira le jeune public.
Celui-ci verra aussi Jom, réalisé en 1981. Ce film rapporte l’histoire de Khaly le griot, incarnation de la mémoire africaine, qui traverse les époques pour témoigner de la résistance à l’oppression : celle qui oppose le colonisateur au Peuple asservi, le maître au domestique, le patron d’usine aux ouvriers.
D’après un document rendu public, ces films seront projetés samedi à Gorée à partir de 15h 30 à la Maison Gorée cinéma, puis à 20h sur la Grand’Plage.
A Saint-Louis, ce sera à partir de 20h 30 sur le Quai de Bou El Mogdad. L’hommage à Ababacar Samb-Makharam donnera aussi l’opportunité de vivre le concept «Diisoo cinéma», une occasion de penser le cinéma et l’Afrique. «En parallèle de chacune de nos projections, le Diisoo propose d’augmenter le regard qu’un cinéaste porte sur un sujet par une réflexion, et un débat qui réunit différents acteurs du monde culturel panafricain», informe un communiqué qui renseigne que pour cette édition spéciale consacrée à Ababacar Samb Makharam, les organisateurs ont choisi de réunir une série d’intervenants qui aborderont à la fois l’esthétique de l’œuvre du cinéaste et les problématiques qui la traversent. «La réflexion menée sera donc un fil tendu qui tissera un discours sur la construction des identités des Peuples noirs. Celles-ci sont en perpétuelles tensions avec les différentes territorialités qui les accueillent et ont la dure tâche de produire des devenirs qui comprennent et fassent sens d’une histoire où la domination occidentale n’a eu de cesse de leur donner le rôle et le visage d’une insurmontable altérité», lit-on dans le document qui pose déjà le sens de cet échange : «Comment alors être soi, et faire siennes des valeurs que les cadres sociaux actuels ont tendance à figer dans l’espace et le temps ?» L’hommage s’achèvera par un concert de l’artiste El Hadj Ndiaye.

Qui est Ababacar Samb-Makharam ?
Ababacar Samb-Makharam est, selon une note de presse, «un cinéaste toujours à la quête de l’homme». Il précise que de la problématique du retour – non pas d’un simple retour physique, mais du retour spirituel – posée dans Et la neige n’était plus, à celle de la dignité qui n’appartient qu’à ceux capables de se tenir debout, qui transparaît dans Kodou et Jom, Samb part à la découverte de lui-même. Et dans cette quête, par le prisme et le drame de sa caméra, il met à nu la psychologie de tout son Peuple. Pas son esprit ou sa mémoire collective, mais les affects et agencements qui les constituent individuellement. «L’œuvre de Samb, c’est un cinéma au singulier. Ababacar Samb-Makharam n’était pas un cinéaste qui faisait des films en dehors de son propre mouvement, de son propre devenir. A chaque étape de sa vie, de manière parfaitement sincère, il a traité une question qui l’interpellait de façon existentielle. L’auteur se confond dans son œuvre avec ses préoccupations les plus intimes», mentionne-t-on.
arsene@lequotidien.sn

 

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