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Décédé le 17 août dernier à l’âge de 81 ans à Paris, Jacques Diouf a été inhumé hier à Saint-Louis, après avoir reçu les hommages de la Nation et des amis qui se sont inclinés devant sa trajectoire qui a marqué son temps.

On savait que c’était un géant. Mais les témoignages ont rendu encore beaucoup plus majuscule la vie de ce Saint-Louisien. Jacques Diouf, enterré hier à Saint-Louis, a reçu les hommages de la Nation reconnaissante lus par le président de l’Assemblée nationale Mousta­pha Niasse. Hier, la morgue de l’hôpital Principal de Dakar s’est révélée exiguë pour accueillir les fidèles, les amis, les parents, qui n’ont pas osé rater ce moment à la fois solennel d’hommages et triste. Jacques Diouf, élevé à titre posthume au rang de Commandeur dans l’ordre national du lion, fut à la fois «un bon mari, un bon père, un bon ami, un bon parent». «Repose en paix pour avoir été un ciment rassembleur de toute la famille entière, mais aussi avec la conscience du devoir accompli et la certitude d’avoir été d’une extrême utilité à l’humanité entière», a témoigné Saër Diop, cousin du défunt. Alors que Fama Diouf, cadette de Jacques Diouf, bien qu’accablée par la tragédie, salue la trajectoire de ce «papa aimant» : «Mon père, c’est toute ma vie. C’est mon meilleur ami, je peux être fière de ce qu’il a accompli, d’avoir eu un papa comme lui, de l’avoir jusqu’à l’âge de 81 ans. Ce qui n’est pas aujourd’hui donné à tout le monde. Egalement, je peux être fière de ce qu’il a accompli. Aujourd’hui, c’est à nous de continuer ce qu’il a commencé, d’être les futurs guerriers de l’humanité, mais également pour notre mère. Parce que c’est plus de 60 années de mariage, c’est son compagnon de vie qu’elle a connu quand elle avait 23 ans. Je dois être forte pour lui. Aujourd’hui, il aurait été là, il n’aurait pas accepté qu’on soit triste, là à pleurer et à crier, non. Au contraire, on doit célébrer sa vie, je ferai tout pour le rendre fier de moi.»
Oui, ce diplomate décédé le 17 août dernier à Paris à l’âge de 81 ans a mené une carrière exemplaire et posé des actes qui l’ont rendu immortel. Durant son magistère à la tête de la Fao de 1994 à 2011, il a observé une grève de la faim pour attirer l’attention des dirigeants du monde sur l’ampleur de la faim et de la malnutrition en Afrique. Cet engagement a poussé l’institution onusienne à créer le Prix Jacques Diouf décerné tous les deux ans à des personnes ou institutions nationales ou régionales ayant apporté une contribution notable à l’amélioration de la sécurité alimentaire dans le monde. Maria Helena Semedo, directrice générale adjointe de la Fao, ne tarit pas d’éloges : «Il a organisé la plus grande réunion qui n’a jamais eu lieu sur l’alimentation et l’agriculture : le Sommet mondial de l’alimentation. C’était un homme très discret et très humain qui était disponible à aider tout le monde. C’est dans ce cadre qu’il a fait de l’éradication de la faim et de la malnutrition un objectif majeur qu’il a pu mettre en œuvre à travers la Fao. C’était un grand diplomate, un visionnaire, un grand politicien.» Elle ajoute : «Il a aussi été un leader sur les questions de l’eau et de la dégradation des terres en tant que Sahélien. Il a laissé un grand héritage du côté culturel, technique, scientifique et un grand héritage à la nouvelle génération, surtout pour les Africains. Il faut travailler dans l’agriculture, en faire un métier et aussi lutter pour l’éradication de la faim dans un continent où on a le plus grand niveau d’insécurité alimentaire.» Amsatou Sidibé renchérit : «C’est quelqu’un qui a aidé l’humanité. Nous avons perdu un grand homme, affable, courtois, poli, travailleur, discret. Quand je tapais à la porte de son bureau, je me rendais compte de combien il avait le sens de la déférence. Il nous accueillait toujours avec ce grand sourire. C’est quelqu’un qui a aidé l’humanité. Quand on aide les personnes humaines à s‘alimenter, on a fait l’essentiel de ce qu’il faut pour que cette personne garde sa dignité.» Ancien ministre de l’Agriculture, Habib Sy connaît la valeur de cet homme qu’il a sans doute eu à côtoyer durant les différentes rencontres de la Fao. Il dit : «Il croyait profondément au développement de l’Afrique par l’agriculture. Il a tout fait à l’époque pour aider l’agriculture au Sénégal en termes de maîtrise de l’eau, de semences, de modernisation de l’agriculture en soutenant les petites exploitations. Au grand sommet de la Fao, il portait toujours une tenue africaine et visible pour montrer son attachement à sa culture. Il s’est investi pour l’Afrique, pour son pays. C’est une grande perte pour l’Afrique, aussi pour le Sénégal.» Ça ne suffira pas pour résumer la vie de cet homme qui a «marqué» l’histoire de son pays et de la Fao et qui repose à jamais chez lui à Saint-Louis.

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