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Le sculpteur Ousmane Sow a rendu l’âme le jeudi dernier à Dakar, à l’âge de 81 ans. Hier à la morgue de l’hôpital principal, sa famille, ses amis, collègues, et admirateurs ainsi que  le président de la République lui ont rendu un hommage ultime. Ousmane Sow repose désormais, au cimetière musulman de Yoff, à côté de sa mère. Tous ceux qui sont venus assister à la levée du corps, se sont accordé sur un seul mot pour qualifier le personnage : c’était un homme bon. Bon dans les deux sens : avec ses sculptures et avec les hommes.

Une forte délégation a accompagné hier Ousmane Sow vers sa dernière demeure. Rassemblés à la morgue de l’hôpital principal de Dakar, hommes d’Etat, hommes de culture, et hommes de religion ont rendu un grand hommage au sculpteur Ousmane Sow décédé jeudi dernier à Dakar. De chaleureux et émouvant témoignages, dont celui  du président de la République du Sénégal, ont été portés sur l’illustre disparu dont la dépouille se trouvait devant eux. «Sur le plan strictement personnel nous avons eu une relation empreinte d’affection, de respect et de grande considération. Malgré son succès sur la scène internationale, Ousmane Sow avait su rester humble, disponible, comme seuls savent l’être ceux qui acceptent que le geste créateur est d’abord un geste de générosité». Pour toutes ces valeurs Macky Sall a regretté d’avoir perdu un homme, mais s’est consolé de savoir que «Ousmane Sow  figure en majesté dans la sublime loge des immortels. Immortel comme académicien, immortel comme créateur puissant, original et fécond, dont l’inspiration accompagnera toujours les créateurs. Le Sénégal assure-t-il «gardera toujours la mémoire de Ousmane Sow par ses œuvres, sa pensé sur l’art et les services du bien».

Une rue Ousmane Sow à Besançon
Au nombre de ceux qui ont rendu hommage à Ousmane Sow, le patron d’Eiffage Sénégal, Gérard Senac qui se considérait comme le fils adoptif d’Ousmane Sow, ainsi que l’ambassadeur de France, Christophe Bigot qui a rappelé l’élogieux parcours du sculpteur et les liens très forts qu’il avait établi avec la France. «Je l’avais découvert il y a 3 mois lors de la venue de manuel Valls à Dakar. Déjà fortement affaibli par la maladie, il avait tenu à être à nos côtés, il était présent, très présent, pétillant d’intelligence. Je revois ce soir sa haute stature rayonnant malgré la douleur, aux côté de ses amis. Il était en effet un très grand ami de la France. À lui seul, il représentait d’une certaine manière les liens uniques entre la France et le Sénégal, avec son parcours fait d’allers-retours entre les deux pays».
Confortant ses propos, la compagne de Ousmane Sow, Béa­trice Soulé, a annoncé que le maire de Besançon va proposer à son conseil municipal qu’on nomme une rue à l’honneur d’Ousmane Sow. Rappelant que cette ville abrite déjà deux statues du sculpteur, celui nommé Victor Hugo et L’homme et l’enfant.

Une famille profondément émue
La levée du corps de Ousmane Sow à la morgue de l’hôpital a été pleine d’émotions. Du côté de sa famille les larmes coulent encore, filles, fils et sœurs pleurent un père, un frère et un personnage fait de bonté. David Sow, fils de Ousmane Sow, prononcera son élégie d’une voix tremblante, alors que sa sœur Ndeye Sow pleurait à chaudes larmes. « Papa, voilà maintenant que tu nous quitte. Avec toi nous avons partagé tant de projets… il y a tant de choses encore que nous aurions voulu faire avec toi. Humble, généreux, discret tu l’étais, repose en paix Papa». Il concluera : «Papa, désormais tout le monde est rentré à la maison, ici à Dakar une terre qui t’était si chère, tu peux partir en paix vers ce merveilleux voyage, de là où t’es, veille sur nous ». La sœur d’Ousmane Sow n’a pu contenir ses larmes. « Notre peine est immense. Tu es parti Sow Makhtar, mais tu nous as laissé un millier de souvenirs. Que la terre de Yoff te soit légère».

Réactions… Réactions… Réactions…

El hadji Malick Sy messager du Khalif général des Tidiane : «Ousmane Sow appartient à l’universel»
« Ousmane Sow était un grand ami du Khalif. Il a a adopté un des fils du Khalif comme son fils. C’est par ce canal que le Khalif l’a connu et porte ce témoignage à son endroit : ‘Ousmane Sow n’appartient pas seulement à sa famille, il appartient à l’universel. Il avait un trait de caractère bien rare dans ce monde. Il était d’une telle souplesse et d’une telle humilité et riait beaucoup. C’est quelqu’un qui avait beaucoup de talent, de caractère et de personnalité. C’est un créateur qui s’inspirait de la création, chose très importante. La mort n’a jamais existé, c’est le processus de réintégration qui permet à l’âme de rejoindre le monde spirituel».

Kalidou Kassé peintre sénégalais : «C’est un jour triste»
«C’est un grand artiste qui nous a quitté. C’est un jour très triste pour la création africaine et contemporaine en général. Ousmane Sow était un homme humble, discret et effacé mais qui portait toute une puissance en lui-même. Il était un homme d’une dimension exceptionnelle qui vivait avec nous et partageait tout ce qu’il avait avec nous. Il était d’une grande générosité et je le considérais comme un père spirituel. Aujourd’hui, c’est le monde entier qui l’a perdu, mais ses œuvres resteront éternellement gravées dans nos mémoires».

Fodé Sylla ambassadeur itinérant du Sénégal  : «Ousmane Sow nous a réenchanté en tant qu’Africain»
«En 1999, nous tous qui sommes nés en Afrique étions fiers de voir les œuvres de Ousmane Sow sur le Pont des arts (à Paris). Ça nous a ré-enchanté en tant qu’Africain, ça a permis à beaucoup de gens de voir les sculptures de Ousmane Sow et ça a consolidé sa renommée internationale. Pour moi Ousmane Sow était le plus séduisant des hommes. Il était d’abord d’une séduction intellectuelle et ayant eu la chance de passer un peu de temps avec lui j’ai pu constater qu’il était aussi un humaniste. C’était un géant qui a réussi à ce que tout le monde puisse parler de l’Afrique par sa création».

Amadou Lamine Sall poète et Sg de la Fondation Gorée mémorial : «Ousmane Sow était un visa»
«Nous avons perdu un grand homme, un monument. Ce que je voudrais surtout relever en ces instants, c’est l’importance de la culture. Elle est fondamentale et  le ciment de tous. C’est la culture qui, depuis l’indépendance, nous a donné le plus grand bonheur. Ousmane Sow fait partie de ce bonheur et était un visa, comme Senghor et Cheikh Anta Diop l’étaient. Nous avons perdu un grand monsieur, qui ira au paradis si Dieu le veut».
aly@lequotidien.sn

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