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Stéf’, nos amis m’ont demandé d’écrire, oui ils m’ont demandé d’écrire sur toi, ils m’ont demandé d’écrire pour toi. Tu sais, mon cher comme je te parlais souvent de mes craintes et de mes plaintes, je vais te faire une confession : je n’ai pas voulu accepter d’écrire ce texte. Et tu sais pourquoi Stéf ? J’imagine que oui tant tu savais deviner mes angoisses, tant tu savais détecter mes peurs, tant tu savais me dire: «boy, quelque chose ne va pas dé, dis-moi rek».
Ce soir je vais te dire Stéf’, oui j’ai peur, j’ai vraiment peur mon cher, j’ai peur parce que cher ami je ne suis pas certaine de pouvoir m’acquitter convenablement de cette tâche, cette lourde tâche qui consiste à écrire sur toi, cette douloureuse tâche de parler de toi au passé, cette pénible tâche à faire un témoignage sur toi. Oui faire un témoignage écrit sur un homme de ta trempe. Je te l’aurais dit, tu aurais ri, ton rire m’aurait fait sourire et j’aurais retrouvé toutes mes certitudes. Stéf, mon angoisse de ce soir est de n’avoir pas le courage d’écrire sur toi ou écrire pour toi. Tu sais quoi Stéf, je n’arrive pas à écrire avec mon cœur rempli non pas de rancœur, mais plutôt de peine et de douleur.
Je ne suis ni plaintes ni complaintes, Dieu a donné, Dieu a repris : que sa volonté soit faite même si mon ami, j’aurais bien aimé que tu sois là pour redonner le courage qu’il faut pour m’attaquer à cette abyssale et déchirante besogne ! Avant de commencer à écrire, je suis retournée sur ton profil pour voir par où débuter. Je suis partie lire nos discussions, non je suis plutôt repartie lire nos discussions, car depuis que tu es parti, chaque instant je pars lire nos discussions ; celles de ces 5 dernières années. Cela m’a pris plusieurs heures, j’ai ri sur certains messages, comme quand tu m’as écrit : «Boy tu me promets de rappeler et tu ne rappelles pas hanna hammo mann ndiago là té khékhou ndiago dou diéheu.»
Je t’ai appelé juste après avoir lu ton message pour te dire Stéf, je vais te raconter une histoire que ma mère nous raconte souvent, celle du  ndiago et du peulh qui, après avoir pris le dessus sur le premier, prit un couteau pour l’achever, étonné le ndiago demande au peulh, mais pourquoi veux-tu me tuer ? Il lui répondit en bon accent peulh «damaa laay raay ndaheu degg na khékhou ndiago dou diéheu» et le ndiago lui a dit «dou bi dé, dou bi, barké Yéssou Maria dou bi» et comme mon mbokk peulh, moi aussi j’ai mon pakka. On en a ri.
Finalement, tu es passé à mon bureau et on a pris un café. Sur toi, je peux raconter des centaines d’anecdotes de ce genre et je suis sûre de ne pas être la seule, car qui te connaît. Nos amis en commun, qui m’ont demandé d’écrire en leur nom, sont unanimes sur ton sens élevé de l’amitié, ta courtoisie, ta disponibilité, ta serviabilité, ton humilité, ton esprit positif et ton humour communicatif.
Nous nous rappelons encore ce premier projet social scolaire du groupe Dbvt de Facebook. Ce projet qui a consisté à donner du matériel scolaire et des ouvrages didactiques à tous les élèves de l’école Joseph F. T. Gomis de Fann. Tu t’étais approprié le projet et suivi avec une rigueur peu commune la confection des tables et des chaises pour la maternelle. Tu étais tellement exigeant que tu avais demandé au menuisier de venir peindre les chaises chez toi où tu les avais stockées pour plus de sécurité avant de les acheminer personnellement à l’école bénéficiaire.
Stéf, en relisant nos derniers échanges, j’ai  pleuré et surtout pour le tout dernier où tu me disais : «Bo démmé Dakar nossalma samma walleu si Noël bi.» On se parle pendant le week-end. Je t’ai répondu : «Inch’Allah nouyoulma Emma, tu m’as dit Biz.» Oh Stéf mon ami, j’étais loin de me douter que tu me léguais tes derniers moments de fêtes dans ce bas monde. J’en ai le cœur lourd et meurtri, j’étais loin de me douter que ta part des fêtes se transformerait en cauchemar, tu m’as piégée adorable frère.
Parti si tôt, parti trop tôt. Que de projets inachevés, que de promesses non tenues mon cher ! Que de regrets, regrets de ne t’avoir pas dit cher ami que je t’aimais, que nous t’aimions ! Que de regrets, regrets de ne pouvoir plus bénéficier de tes conseils ! Que de regrets, regrets de n’avoir pas profité au maximum de toi, que de regrets…
En écrivant, j’ai eu une forte pensée pour ta maman que tu chérissais de toutes tes forces, ton épouse que tu aimais comme personne n’a jamais osé aimer, tes frères, tes sœurs, tes amis de toujours, tes ex collègues. Nous avons tous le cœur en lambeaux, mais je sais que ceux de ta mère et de ton épouse ne sont pas seulement en lambeaux, mais plutôt en si petits lambeaux qu’il serait presque impossible de les recoller.
Stéf mon ami, Stéf notre ami, chers amis pardonnez-moi de ne pouvoir parler au pluriel. Pardonnez-moi de parler de moi au lieu de nous, pardonnez-moi mon impertinence mes chers, pardonnez-moi mes amis, car ce soir en ayant les doigts sur le clavier, j’ai les larmes sur le visage et le cœur déchiqueté. Il m’arrive d’écrire, il m’arrive de pleurer, mais rarement les deux à la fois. Quand je vais mal j’écris, quand je vais très mal je pleure. Non, je n’ai pas seulement écrit, non je n’ai pas seulement pleuré, j’ai écrit en pleurant et j’ai pleuré en écrivant.
Aujourd’hui, je pleure en écrivant et j’écris en pleurant. Avant de commencer mon texte, j’ai été confrontée au syndrome de la page blanche, cette peur de ne plus savoir quoi écrire, cette peur de ne plus savoir comment écrire. Ce syndrome qui n’arrive qu’aux grands écrivains. Je ne suis pas un grand écrivain, je ne suis pas un écrivain, je ne suis même pas un petit écrivain, mais je sais qu’aujourd’hui j’ai leur sensibilité, celle qui est de parler avec son cœur, celle qui consiste à parler de ses peines et plaintes, celle qui autorise à crier ses complaintes. Albert Camus disait : «Parler de ses peines, c’est déjà se consoler.» Mais moi écrire mes peines ne me console guère, et chers amis je suis certaine qu’il en est de même pour vous.
Stéf pour paraphraser Hugo, «tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où nous sommes» car, comme disait Abraham Lincoln : «Ce n’est pas les années qu’il y a dans la vie qui comptent, mais la vie qu’il y a eu dans les années.» En bourgeois, Stéf, tes années ont été remplies de joie, tes années ont été remplies d’allégresse et de tendresse, tes années ont été remplies d’affection et de don de soi, tes années ont été remplies de rires, de sourires, et même de fous rires.
Nous ne te pleurons pas Stéf. Nous te fêtons avec des larmes. Nous te fêtons avec le cœur gros, car Stéf nous aurions bien aimé tous les jours te regarder, nous aurions aimé toujours te garder. Et nous nous consolons d’espoirs et de prières, car ne dit-on pas dans la Bible à laquelle tu croyais tant que : «Aussi n’attachons-nous pas nos regards aux choses visibles, mais aux réalités invisibles. Ce que l’on peut voir ne dure qu’un temps, les réalités invisibles demeurent éternellement. Nous savons en effet que si notre corps, cette tente qui nous abrite sur terre, vient à être détruit, nous avons au Ciel une demeure qui n’est point l’œuvre de l’homme, une maison éternelle que Dieu nous a préparée.» La Bible, 2 Corinthiens 4.18 – 5.1. Je suis certaine que ta demeure est celle de Jésus et de sa sainte mère Marie. Je suis certaine que tu as passé Noël à leurs côtés en pensant aux mortels angoissés que nous sommes et à qui tu manques.
Taquin tel que je te connais, tu nous aurais dit : «Ô chers mortels réjouissez-vous pour moi, je suis en train de passer le meilleur des Noëls qui puissent exister auprès des Saints qui m’ont accueilli aux portes du Paradis.» Alors, cher ami, profite bien des bienfaits de l’Au-delà, car «ce n’est pas la mort qui nous prend ceux que nous aimons ; elle nous les garde au contraire et les fixe dans leur jeunesse adorable : la mort est le sel de notre amour ; c’est la vie qui dissout l’amour», disait François Mauriac dans L’amour du désert. Que ton âme repose en paix cher ami, nous t’aimons et gardons de toi ton adorable jeunesse !

Khadidiatou Seydou THIAM
pour les amis de #facebook#

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