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Quand il venait à Paris, il habitait le 15e arrondissement, celui de sa compagne de 25 ans, la réalisatrice Béatrice Soulé. Et c’est à la croisée des rues du Commerce, Emile Zola, Frémicourt et Fondary que Anne Hidalgo a inauguré ce 29 juin, la place Ousmane Sow, du nom du sculpteur sénégalais (1935-2016) et académicien des Beaux-Arts français. En mars dernier, son couple de lutteurs nouba était installé place de Valois. Deux lieux dont la capitale peut s’honorer, tandis qu’à Dakar, la Maison Ousmane Sow ne désemplit pas. (…) En trois questions, elle nous rappelle ici l’histoire du sculpteur avec la capitale française.

Quand Ousmane Sow a-t-il découvert Paris ?
Au décès de son père, en 1957, il a décidé à 22 ans de tenter sa chance ailleurs, et ce qu’il m’a raconté de sa vie de sans-abri à Paris avait une allure joyeuse : il a trouvé le meilleur accueil au commissariat de la rue Soufflot, où on lui ouvre une cellule pour passer la nuit. Le matin, il partage le petit-déjeuner avec les policiers. Et quand cela dure un peu trop longtemps, d’autres commissariats lui ouvrent tour à tour leur porte ! Vous imaginez cela aujourd’hui… Les dernières années, Ousmane me disait d’ailleurs à ce sujet qu’il avait aimé passionnément la France mais ne reconnaissait plus celle qui l’avait accueilli. Enfin ce n’était pas toujours facile, et parfois, pour se reposer, il venait s’asseoir dans le hall de la fac de Droit où il s’était inscrit en prenant la tête dans ses mains, comme s’il réfléchissait, alors qu’en réalité il dormait ! C’est à Paris qu’un jour, devenu infirmier sur concours, il a vu une annonce pour des cours à l’école de kinésithérapie de Boris Dolto, le mari de Françoise Dolto. Ce métier qu’il fera sien l’a profondément aidé dans sa vie d’artiste. Quand il ne trouvait pas quelque chose en sculptant, il fermait les yeux, comme le kiné cherchant sur le corps du patient : «A l’aveugle.» Il disait aussi que pour se permettre de déformer le corps humain, comme dans ses Nouba, assis ou debout, il fallait très bien le connaître ! Il revient au Sénégal l’exercer, à l’heure de l’indépendance, mais fera de constants allers et retours entre son pays et Paris, ses deux amours, pour faire écho à la chanson de Joséphine Baker.
Le second grand rendez-vous de Ousmane Sow à Paris, c’est sur le Pont des arts, en 1999, pourquoi ce lieu ?
Il avait déjà exposé en France à la Vieille Charité à Marseille et aussi à Toulouse, sur un pont, ce qui m’avait donné l’idée du Pont des arts quand la Mairie de Paris a souhaité une exposition de Ousmane dans la capitale. Entre le Louvre et l’Académie s’installent les séries africaines, mais aussi la Bataille de Little Big Horn qu’il vient d’achever. C’est un événement, plus de trois millions de visiteurs, les bouquinistes étaient ravis… Et comme s’il y avait un fil conducteur avec la Seine, il entre en 2013, à l’autre bout du pont, ensuite à l’Académie des Beaux-Arts, premier Noir d’origine africaine à intégrer l’institution. Quand on pense que tout jeune, il draguait les filles en chantant Tino Rossi sur les quais de la Seine…
Pourquoi le choix des lutteurs nouba ?
Le couple de Lutteurs corps à corps est issu de la série des Nouba, par laquelle Ousmane fut révélé au public. Cette sculpture est à la fois africaine et universelle. C’est une lutte comme une danse, une caresse aussi, tant elle est sensuelle. J’en ai suivi jusqu’au bout la réalisation à la Fonderie de Coubertin, où Ousmane avait l’habitude de travailler avec les formidables artisans et j’avoue avoir eu le trac devant cette grosse responsabilité de valider les cires, les patines, même si je l’accompagnais toujours dans ces lieux. Le couple n’était pas exposé sur le Pont des arts, en 1999, mais vingt ans après, il est là, place de Valois. Pour toujours. Désormais la France compte cinq grands bronzes de Ous­mane Sow : Victor Hugo et L’hom­me et l’enfant à Besan­çon, Le Général de Gaulle à Versailles, Le Guerrier debout à Angers, et Toussaint Lou­ve­r­ture.
Le Point

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