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Hong Kong apparaît de plus en plus comme le talon d’Achille de la Chine. Les habitants de Hong Kong sont devenus si british que le dragon chinois qui les a légalement dévorés aura du mal à les digérer politiquement et socialement. En 99 ans de présence, la Grande Bretagne a transformé les anciens Chinois de Hong Kong en bons sujets de sa Majesté. Un bon sujet de sa Majesté a toujours en bandoulière la Magna Carta, et par conséquent le réflexe de la liberté qui est l’antithèse du modèle chinois. La problématique de Hong Kong est une menace beaucoup plus grave que la révolte estudiantine de Tian An Men. Le cas de Hong Kong peut s’avérer aussi plus grave que le conflit avec Taïwan. Contrairement à ce que pense le gouvernement chinois, les manifestants ne sont ni manipulés par Londres, encore moins par Washington. Ce sont de jeunes imbus de culture britannique qui, spontanément, se révoltent contre le spectre de Cromwell que représente pour eux la Chine.
Hong Kong est sans doute le meilleur cas d’une colonisation et d’une politique d’assimilation réussie, car même s’ils ont encore les yeux bridés, les Hongkongais pensent et agissent non pas comme des British, mais en british. Ils sont tellement british qu’ils ont fait de Hong Kong un des piliers du libéralisme et de la finance. Ils se sentent plus proches de William Shakespeare que de Confucius, plus proches de Churchill que de Mao Zedong. C’est un véritable dilemme pour la Chine.
Si Hong Kong reste un îlot de liberté politique, il peut donner des idées aux autres Chinois du continent qui peuvent se dire, pourquoi pas nous. Et la répression brutale est peu probable, car Hong Kong n’est pas Tian An Men. Le révolte des Hongkongais, 20 ans après celle des étudiants à Tian An Men, montre que la Chine s’est enfermée dans la procrastination politique en refusant d’affronter la question politique, à savoir jusqu’à quand le pays peut continuer à s’enrichir, à s’ouvrir au monde tout en refusant à ses citoyens les libertés politiques les plus élémentaires. La Chine devra fatalement un jour trouver une réponse à cette équation. La Chine de Xi n’est pas celle de Deng Xiaoping, encore moins celle de Mao. La Chine de Mao était un pays fermé, celle de Deng un pays semi-fermé, mais celle de Xi est condamnée à l’ouverture grâce à l’internet.
Les dirigeants chinois ont toujours sacrifié les libertés politiques à l’autel de la croissance. Et les Chinois avaient toujours accepté cette alternative, mais Hong Kong est un contre-exemple dangereux parce qu’il montre qu’on peut très bien avoir les libertés et la croissance et que les deux ne s’opposent pas. C’est pourquoi Hong Kong est le véritable talon d’Achille du géant chinois. Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera, c’est le titre d’un célèbre livre de Alain Peyrefitte, reprenant Napoléon Bonaparte. La Chine s’est éveillée politiquement et économiquement dans la années 60 et 70 et le monde ne finit pas de trembler.
Avec le virus de la liberté qui, parti de Hong Kong, risque de contaminer la Chine continentale, ce sont les Chinois qui vont s’éveiller et c’est la Chine qui va trembler. C’est une question existentielle pour les dirigeants chinois. Quand Henry Kissinger, dans sa politique des «petits pas» vers la Chine, a voulu aborder le cas de Taïwan, il se verra dire par Mao, «ce n’est pas urgent, nous verrons dans 100 ans». En 99 ans, la Grande Bretagne a transformé des Chinois de Hong Kong en Britanniques, malgré leurs yeux bridés. L’histoire des 100 prochaines années de la Chine se joue aujourd’hui à Hong Kong.

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