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Formé à l’Institut de l’image et du son (Isis) de Ouagadougou, Abdou Lahat Fall a fait ses premiers pas au cinéma aux côtés de grands réalisateurs sénégalais. Assistant réalisateur, il travaille aux côtés de Moussa Sène Absa, Mansour Sora Wade ou encore Ben Diogoye Bèye et Diana Gaye. C’est toute cette expérience qu’il vient de mettre à profit dans la réalisation de son premier film documentaire, «Migrant migrer : le retour impossible». Dans ce film, il s’intéresse à ces Africains sans papiers qui du jour au lendemain peuvent être arrêtés dans les rues des villes européennes pour être ramenés au pays, souvent de force. Comme le personnage principal du film, Tcheky, hélas disparu, en a fait l’expérience. Le film, qui a été projeté hier à l’Institut français de Dakar, sera au programme de l’institut français de Saint-Louis ce 18 janvier.

Votre film  «Migrant migrer : le retour impossible»  traite de la question migratoire. Comment vous vous y êtes-intéressé ?
J’ai assisté une fois à l’expulsion d’un Sénégalais à l’aéroport Charles de Gaulle à Paris et j’ai commencé à me poser des questions. Pourquoi il ne veut pas rentrer dans son pays ? Qu’est-ce qui le retient à l’étranger ? De quoi a-t-il peur ? Quand je suis rentré, j’ai commencé à me documenter sur ces questions et c’est là que j’ai rencontré le personnage du film, Samuel Sarr dit Tcheky. C’est quelqu’un qui a vécu plus d’une vingtaine d’années en France. Puis un bon matin, il a été expulsé vers son pays d’origine, le Sénégal. Mais il avait du mal à se réadapter. Quelque chose que je ne pouvais pas comprendre en tant que Sénégalais, en tant qu’Africain. Au départ le film était sur lui et sur sa vie antérieure en France et sur son parcours du combattant pour obtenir un visa et retourner en France parce qu’il avait laissé une famille là-bas. Au cours des repérages, il est décédé. Et du coup, je me suis dit que c’était fini. Je ne voyais plus l’intérêt de continuer. Mais un jour, je me suis rendu à la plage d’Anse Bernard où il vivait. J’ai montré les images que j’avais filmées à ses amis. Et là, j’ai découvert d’autres Tcheky dans le sens qu’ils ont vécu la même chose que lui. Et eux aussi avaient du mal à se réadapter et rêvaient de retourner en Europe. C’est là que je me suis dit que je pouvais continuer avec eux pour essayer de comprendre pourquoi on peut rejeter son propre pays. Ces gens-là ont été expulsés d’Europe mais ils sont aussi des étrangers dans leur propre pays. Ils ne sont plus d’ici, ils ne sont pas de là-bas non plus. Ils sont perdus entre deux mondes. Quand je suis retourné en France, je me suis rapproché de ces jeunes immigrés sans papiers qui sont là-bas depuis de nombreuses années et qui n’arrivent pas à s’intégrer dans la société. Parce qu’en France, quand on n’a pas de papiers, on est rien. On n’a pas de prise en charge sanitaire, on n’a pas de travail. On vit dans le noir, on travaille au noir, on a une vie de rat en fait. Et je me suis posé la question pourquoi autant d’attachement à l’Europe ?
L’intention c’était donc de convaincre ceux qui sont là-bas de rentrer et d’amener ceux qui sont ici à renoncer au départ ?
D’une part, c’était cela mais de l’autre, il y avait aussi l’envie de mieux comprendre la mentalité de ces gens-là. Comme on dit, un séjour dans l’eau ne transforme pas un tronc d’arbre en crocodile. Ces gens-là qui sont là-bas, ils ne seront jamais des Européens. Pour moi, ils vont devoir rentrer dans leur pays d’origine. Etre en Europe et dire qu’on va y faire sa vie, c’est un choix mais est-ce le bon choix ? Aujourd’hui, avec la crise qu’il y a en Europe, est-ce que ce n’est pas mieux de rester en Afrique ? Moi je suis convaincu que l’avenir du monde se trouve ici. L’Europe d’aujourd’hui, ce n’est plus un eldorado. Il ne faut pas s’attendre à ce qu’une personne qui rentre d’Europe, revienne avec des richesses. C’est ce qui fait que quand on rentre les mains vides, les gens pensent que c’est un échec.
Et là, c’était difficile de filmer ces sans-papiers ?
Ça l’était un peu parce qu’il fallait d’abord instaurer une relation de confiance entre nous. Au départ, je n’étais pas venu avec l’idée de faire un film mais dans l’option de partager leur vie. Je passais beaucoup de temps avec eux, je mangeais et discutais avec eux pour essayer de comprendre leur état d’esprit. Et à un moment donné, ils m’ont accepté dans leur monde. Et quand j’ai évoqué l’idée du film, ils ne m’ont pas rejeté.
Il y a un des personnages, Lamine Mbengue, qui dit qu’il faut tuer sa peur. Est-ce que c’est un sentiment qui anime toutes ces personnes qui sont dans le film ?
Ah oui. La peur est présente. Elle les hante même. Ce sont des gens qui n’ont pas de papiers mais ils sont obligés de sortir, d’aller chercher du travail. Imaginez qu’on les arrête dans la rue, sans papiers, on les amène dans un centre de rétention et ensuite c’est l’expulsion. Et pour ces gens-là, ils peuvent tout accepter sauf de rentrer les mains vides. C’est ça aussi le drame, parce que être en Europe ne veut pas forcément dire être riche.
Il y a beaucoup de Tcheky en Europe semble-t-il ?
Ce n’est plus facile d’avoir des papiers en Europe de nos jours. Depuis les années 80 avec la loi Pasqua (ancien ministre de l’intérieur), c’est devenu très dur pour les Africains. Ce qui fait que des Tcheky, on en croise partout. En France, en Belgique, en Suisse, etc.
Combien de temps ça vous a pris de faire toute cette enquête autour de Tchecky et de ses deux filles ?
Les premières images avec Tcheky, je les ai tournées en 2010. Après sa mort, je suis allé à Anse Bernard pour filmer encore avant de laisser tomber. C’est seulement après que j’ai commencé à écrire le projet. Mais le plus difficile, c’était de convaincre les gens de mettre de l’argent dans un projet où le personnage principal est mort. C’est seulement en 2016 que Aminata Ndao, la productrice, a obtenu le soutien du Fonds de promotion de l’industrie cinématographique (Fopica). Ensuite elle a décroché une coproduction avec le Centre cinématographique marocain (Ccm). C’est ce qui nous a permis de faire le film.
Vous êtes présent dans le film avec une caméra. Pour­quoi ?
Je voulais assumer mon rôle. Je me suis dit que j’aurais pu me retrouver dans cette situation. Je voulais assumer mon rôle en tant qu’Africain, en tant que réalisateur et comme quelqu’un qui s’est senti touché et interpellé par rapport à ces immigrés africains et à la violence de ces scènes d’expulsion.
Qu’est-ce qui va se passer maintenant pour le film ?
Il sera projeté le 16 janvier à l’Institut français de Dakar (Ndlr : hier) et le 18 janvier à Saint-Louis. Une troisième projection est prévue le 26 janvier. J’espère qu’il va faire les festivals et on aimerait aussi le faire circuler dans le pays. Il faut que les jeunes le voient et comprennent que l’Europe n’est plus un eldorado.

Le Pr Ousmane Kane présente son livre au Warc

Le Centre de recherche ouest-africain (Warc) abrite vendredi à 16h la cérémonie de présentation et de dédicace du livre du Pr Ousmane Kane, «Les Séné­­­galais d’Améri­que : Is­lam, Trans­­­­nationalisme, Inté­gra­tion», indique un communiqué transmis à l’Aps. Ous­mane Kane est Professeur titulaire de la Chaire «Alwaleed Islam et Sociétés musulmanes contemporaines» et Professeur d’Etu­des africaines et afro-américaines à Harvard Uni­versity, selon la même source. La cérémonie de présentation de l’ouvrage sera marquée par les interventions de Serigne Mansour Sy Jamil, député, du Dr Ebrima Sall, Directeur exécutif de TrustAfrica et du Pr Fatou Sow Sarr de l’Ucad. La séance est placée sous la présidence effective de Mous­ta­pha Niasse, président de l’As­sem­blée nationale.

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