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Le succès des séries sénégalaises comme «Maîtresse d’un homme marié» ou «Golden» au Sénégal et sur tout le continent, pousse certains, la presse occidentale notamment, à évoquer la possibilité d’une industrie culturelle sénégalaise naissante qui serait basée sur le modèle nigérian du «Nolly­wood». Le cinéaste et Secrétaire permanent du Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle du Sénégal (Fopica), Abdoul Aziz Cissé, estime que le Sénégal doit construire une industrie cinématographique «en rapport avec notre modèle social». Il s’exprimait en marge de la résidence d’écriture de scenarios de fiction qui se déroule en ce moment au Lac Rose.

Les bases d’une industrie du cinéma existent au Sénégal mais selon vous, il faut renforcer le professionnalisme …
Ma conviction a toujours été qu’une industrie cinématographique ne peut pas se développer sur la base d’un cinéma d’auteur. Il faut d’une part un cinéma d’auteur qui fait de l’innovation, de la créativité, mais il faut à côté, un cinéma commercial qui bénéficie de ce cinéma d’auteur là mais qui génère suffisamment d’argent pour permettre à ce cinéma d’auteur d’exister. Ce qui se passe au Sénégal, c’est que nous avons une situation où il y a plein d’auteurs qui font des films magnifiques qui sont sélectionnés dans des festivals et qui gagnent des prix. Mais derrière, l’aspect commercial du cinéma n’est pas toujours pris en compte. Ma conviction est que si nous renforçons davantage les bases de cette industrie, en professionnalisant les acteurs des séries et téléfilms, ça permet véritablement de lancer l’industrie. Parce qu’en réalité, il n’y a pas d’industrie. On parle de téléfilms et de séries, mais tout est question de la qualité artistique et esthétique qu’on met dans l’œuvre. Et sur ce plan les téléfilms et les séries en ont besoin. C’est la raison pour laquelle je disais qu’il est important de structurer les bases de cette industrie et d’avancer ensemble.

N’est-ce pas une façon de mettre en avant la diffusion télé au détriment de la diffusion en salle ?
Au vu des évolutions technologiques, l’industrie du cinéma ne tourne plus exclusivement autour de la salle. Elle occupe certes une place importante, mais il y a d’autres supports qui se développent comme la télévision, les plateformes numériques, y compris le cinéma itinérant. Aujourd’hui, pour renforcer davantage l’industrie et la développer, il est important que nous tenions compte de tous ces éléments-là. Mais le travail à faire, c’est la mise en place d’une chronologie des médias. Parce que le fond de la question, c’est qu’il y a des gens qui font des films mais ces films ne sont diffusés qu’au cinéma, qu’à la télévision et sur internet pour d’autres. C’est une partie de la chaîne de valeur qui leur échappe en termes de rentabilisation des capitaux qui sont investis dans les films. Il est important de tenir compte de la complémentarité de ces différents supports. Peu importe que ça soit une chronologie verticale comme chez les Français ou une chronologie horizontale comme chez les Américains, l’essentiel c’est de tenir compte de cette chronologie des médias pour qu’il y ait une complémentarité et renforcer davantage le marché du film et l’industrie du cinéma au Sénégal.

On parle d’un nouveau Nollywood au Sénégal. Est-ce que vous pensez que le Sénégal doit se calquer sur ce modèle nigérian ou inventer son propre modèle ? Et quel modèle ?
Je me méfie de tous ces trucs en «Wood». Honnêtement, c’est la meilleure manière de nous mettre dans des tonneaux. Nous avons commencé un travail qui ne date pas d’aujourd’hui. Avant que Nollywood ne naisse, on oublie que le Sénégal avait déjà commencé à développer une industrie extrêmement importante. Il y avait des acteurs comme Amadou Thior, Assane Diagne et Alhamdou Sy avec des producteurs, notamment Moussa Diop qui faisait des films chez les Soninkés avec des budgets très réduits, des films qui étaient diffusés au niveau de la diaspora sénégalaise et qui rapportaient de l’argent. Et dans une certaine mesure, je pense que Nollywood s’est un peu inspiré de cela. L’essentiel est que nous avons une industrie à mettre en place et qui peut ne pas être forcément calquée sur le modèle de Hollywood parce que Hollywood a été fait, imaginé, conçu avec des objectifs précis. Et ses objectifs et ses intérêts ne sont pas forcément les nôtres. Quand on pense cinéma, on n’a pas la même vision du monde. Il est important que nous construisions une industrie qui soit en rapport avec notre modèle social et qui nous soit utile.

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