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La 26e édition célébrant le cinquantenaire du Fespaco s’est achevée à Ouaga ce samedi. Plus de 200 films environ ont été présentés pendant le Festival devant près de 100 mille spectateurs en salles. Le Fespaco de cette année, c’étaient aussi 450 séances de projection et des rencontres professionnels. Au stand du Marché international du cinéma et de la télévision (Mica), ces stands ont permis à quelque 3000 professionnels des métiers du cinéma, de dialoguer. Pour Ardiouma Soma, le Délégué général du Fespaco, il y a de quoi à être satisfait de ce bilan au vu des grandes innovations qui ont marqué cette édition du cinquantenaire.

Nous sommes au terme de cette 26e édition du Fespaco. Quel bilan faites-vous de l’édition 2019 ?
Je ne fais jamais de bilan à chaud, parce qu’il est difficile de le faire à chaud. Mais je peux dire qu’il y a eu beaucoup d’activités cette année et beaucoup d’innovations puisque c’était la 26e édition et la célébration du cinquantenaire. En 2017, Il y a eu un atelier pour préparer cette édition. Et beaucoup de recommandations avaient été faites. Nous avons fait le maximum et donné le meilleur de nous-mêmes pour mettre en œuvre l’essentiel de ces recommandations. Ce qui a entrainé l’organisation d’énormément d’ac­­­ti­vités. Et je puis vous dire au jour de la clôture que toutes les activités qui ont été prévues ont été déroulées.

Quelles ont été les nouveautés cette année ?
La 26e édition et la célébration du cinquantenaire avec plusieurs programmes. Il fallait garder le programme habituel, la sélection des films, le marché du film, les rencontres professionnelles. Avec aussi l’obligation pour nous de marquer à l’occasion de ce cinquantenaire, un véritable tournant pour le Fespaco. Vous avez constaté que la sélection a changé avec une meilleure prise en compte du cinéma documentaire, en long et court métrages. Toutes les salles de projection étaient numérisées cette année avec du matériel Dcp. Ce pari, nous avons réussi à le tenir. Et le plus important était le renforcement du Marché international du cinéma et de la télévision africaine (Mica). Le Fespaco depuis son début, a toujours été un festival où on révèle, on montre des films, on crée un moment de rencontre entre les cinéastes. Mais nous avons dit tout ça c’est bien, il faut le conserver. Mais il faut passer à une étape supérieure en renforçant le volet marchand, économie et industrie du cinéma, mettre le doigt sur cet aspect et développer un véritable marché du film. Cette année nous avons ramené le marché du cinéma en centre-ville puisqu’auparavant, le Mica se tenait à l’hôtel Silmandé 1983. Cette année on l’a ramené en ville et créé un rayon de moins de 3 km qui regroupait l’ensemble des activités du Festival pour faciliter la mobilité. Nous l’avons renforcé aussi en termes de contenu. Nous avons gardé l’habituel centre d’exposition. Mais en plus de cela, nous avons construit des chapiteaux, qui ont abrité les conférences thématiques pour le renforcement des capacités des professionnels, les panels et tables rondes des partenaires pour de véritables échanges autour des questions de développement de l’industrie du cinéma et de l’audiovisuel. Et puis amener petit à petit les professionnels du continent à mieux s’organiser parce que l’accent a toujours été mis sur le volet artistique. Nous sommes des artistes et restons souvent que des artistes. Mais comment appréhender cette dimension économique ? Il faut qu’on s’organise. Parce que la filière cinéma, c’est également l’affaire des juristes, économistes, techniciens et ingénieurs, très pointus dans le domaine du numérique. Il faut absolument que les professionnels du cinéma s’ouvrent et comprennent que le monopole est terminé et que nous appréhendons au mieux cette dimension économique, sinon nous allons disparaître.

Quelle a été l’innovation pour les jeunes cinéastes du continent qui rencontrent parfois des difficultés pour trouver des financements ?
En plus de l’espace d’exposition, il y avait plusieurs chapiteaux pour les petits déjeuners du Mica sur des thèmes très pratiques pour renforcer les capacités des cinéastes. Vous savez que le cinéma africain, surtout francophone, est financé majoritairement de l’extérieur par des Partenaires techniques et financiers (Ptf) basés à Paris ou au Luxembourg. Et le jeune cinéaste africain n’a toujours pas les moyens de payer un billet d’avion, un séjour. Et même s’il a son billet, est-ce qu’on va lui donner un visa ? Ici, en une semaine, il a tous ces partenaires présents qu’il peut rencontrer pour présenter ses projets, ou au moins s’informer sur les mécanismes de financement qui existent et les modalités d’organisation, de formulation des demandes. C’était important pour nous de créer cet espace industrie et économie. Dans le domaine culturel, dans nos pays, les opérateurs sont tous des artistes et se limitent à cela. Alors que l’économie de culture, il ne suffit pas simplement d’être un artiste. Le cinéma a besoin de pluridisciplinarité pour survivre. Et c’est ce que le Mica a commencé et qui doit se poursuivre. C’est une innovation.

Durant cette 26e édition, la question du patrimoine cinématographique a été également beaucoup abordée. Qu’en est-il de ce patrimoine ?
Cette année, nous avons eu une salle consacrée au patrimoine restauré. L’Afrique a un important patrimoine cinématographique et audiovisuel ignoré par les jeunes et même par les moins jeunes. Et le cinquantenaire était le prétexte pour montrer les films du patrimoine, les films des pionniers, des aînées, des jeunes et moins jeunes. Dorénavant, le Fespaco doit être cela. Créer un espace où les générations se rencontrent. Parce que dans la culture et le cinéma, il n’y a pas de retraite. Les générations doivent se rencontrer, se confondre pour qu’on ait des cinémas avec des contenus qui reflètent les réalités de notre continent.

Certains professionnels du cinéma se sont plaints de n’avoir pas reçu leurs billets à temps. D’autres cinéastes comme le Tunisien Ben Mahmoud, qui a reçu deux prix pour sa fiction long métrage Fatwa (Etalon de bronze et prix spécial de l’Union africain pour la paix et la sécurité), n’ont même pas pu rallier Ouaga à cause de ce genre de problème. Comment expliquez-vous cela ?
Nous faisons des efforts énormes pour organiser un festival de ce niveau dans un pays aussi enclavé que le Burkina et qui n’est pas forcément mieux desservi par les avions. Il faut déployer des efforts énormes. Oui, il y a eu quelques cas de désagrément de ce genre. Mais la majorité des cinéastes qui ont voulu être là pour la 26e édition, étaient majoritairement tous là. Les films aussi étaient là. Il y a beaucoup plus de films qu’auparavant. Le public était là. Les partenaires, les politiques et institutionnels étaient aussi présents. Et je pense que c’est cela le plus important. Je suis d’accord qu’il y a eu des festivaliers qui ont fait des réservations et dont les billets n’ont jamais été positionnés. Mais je suis organisateur de festival. Et pour réussir un festival, il faut que tous les partenaires qui concourent à sa réussite y mettent du sien. Par contre, quand vous travaillez avec des partenaires et que tout l’engagement n’y ait pas, ça peut forcement coincer à certains moments. Mais comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas ça le plus important. Parce qu’on peut s’asseoir, réfléchir et apporter des correctifs à cela. L’essentiel, c’est que les films soient montrés et vus et que les professionnels puissent se rencontrer et rencontrer leur public. Et l’essentiel encore, que les professionnels du cinéma ont pu renforcer leurs capacités et avoir plus d’informations sur les questions de production, montage de budget, les questions de diffusion de leurs œuvres, plus d’information sur les techniques de montage de leurs contrats et comment éviter les pièges des contrats. Je pense que c’est cela qu’il faut retenir. Et pour le reste, on se mettra autour de la table, pour partager, faire le diagnostic, corriger et essayer de faire mieux.

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