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La 8e Edition du Festival du Film africain de Louxor en Egypte (Laff) s’est achevée ce jeudi par le couronnement du film ghanéen «The burial of Kodjo». Le film de Blitz Bazawule a reçu le Masque d’or de Toutankhamon du meilleur long métrage de fiction. La clôture du festival, qui s’est déroulée au Culture palace de Louxor, a également primé les films mozambicains «Mabata bata» qui a obtenu le prix de la Fondation Shahab. Quant à l’Etalon d’or du Yennenga 2019, Joël Karekezi, son film «La miséricorde de la jungle» obtient le prix du jury Liberté et droits de l’Homme. Dans la section long métrage documentaire, le prix du jury est allé à «Wispering truth to power» de la Sud-africaine Shameela Seedat tandis que le film somalien « Lost Warrior» de Nasib Farah et Soren Steen Jespersen, obtenait le Grand prix de cette catégorie. Membre de ce jury, le cinéaste congolais Dieudonné Hamadi raconte son festival dans cet entretien mais aussi évoque son monde cinématographique. Avec ses films documentaires «Atalaku», «Examen d’Etat», «Maman Colonelle», ou encore «Kinsasha Makambo», le réalisateur congolais a imposé une nouvelle façon de faire le documentaire sur le continent africain.

Vous avez fait partie du jury long métrage documentaire du Laff, qu’avez-vous pensé de la sélection ?
Pour être honnête, il y avait un problème dans la sélection des films. Ils ne se répondaient pas, il y avait des ruptures. On avait des films super bien amenés, solides et aboutis et à côté, des films dont on pourrait se demander qu’est-ce qu’ils font ici. Je suis désolé de le dire comme ça mais ça fait partie des réalités d’un festival. Il y a du tout. Par contre, il y a des films qui m’ont marqué quand même et c’est le souvenir que je retiens.
De quels films s’agit-il ?
J’étais membre du jury donc ça se voit par rapport aux films qu’on a choisi de primer. Le Grand prix est un film somalien qu’on a choisi à l’unanimité. C’est un film non seulement humain et universel mais aussi assez maîtrisé et vraiment abouti. C’était vraiment une belle rencontre pour moi et j’ai découvert la Somalie que je ne connaissais pas assez.
Pour parler de vous, vos films ont cette particularité de dépeindre un réel saisissant. Comment vous y arrivez ?
Le réel, il faut relativiser. Il y a toujours un point de vue. Mais je choisis un personnage, un sujet, souvent ce sont des sujets qui me parlent, qui me touchent. Mais j’aime laisser une histoire se raconter d’elle-même. C’est vrai que ça ne veut pas dire non plus amener une caméra et la laisser tourner en boucle du matin au soir mais à partir du moment où je pense avoir trouvé une histoire et la meilleure personne pour la porter, il suffit de suivre cette personne pour capter sa réalité qui va être la matière première du film.
C’est vous qui allez vers ces histoires ou ce sont elles qui viennent vers vous ?
Pour l’instant, je n’ai pas encore eu l’occasion d’attendre les histoires. Pour peu qu’on se promène dans les rues de Kinshasa ou ailleurs dans le Congo, les histoires sont là et elles sont foisonnantes. Et tant mieux. Comme j’ai appris à faire des films, je n’ai pas de mal à trouver des histoires, tellement il y a des choses à raconter. Il faut le dire quand même, c’est maintenant que l’on commence à s’approprier cet outil cinéma. Il y a eu des aînés avant nous mais entre eux et cette nouvelle génération, il y a eu un creux dû à la guerre et à l’instabilité politique au Congo. Maintenant, c’est en train de reprendre et il y a de plus en plus de jeunes qui veulent se raconter eux-mêmes et en utilisant le cinéma. Et le documentaire a ceci d’intéressant qu’il coûte moins cher. Il suffit d’une idée et d’une bonne camera pour se lancer. Et de plus en plus de réalisateurs font des films, notamment des fictions parce qu’avec la miniaturisation de l’outil, tout le monde peut se lancer à partir du moment où on a l’envie, le matériel et les idées.
Pour parler de votre film documentaire Maman Colonelle, la guerre y est évoquée sans pour autant qu’elle ne soit montrée. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Pour le coup, ce n’était pas un choix dès le départ. Le choix, c’était Maman Colonelle. J’étais subjugué par son énergie et touché par son travail. Son travail consiste à aider les femmes violées à reprendre leur vie en main. Parallèlement, elle aide aussi les jeunes enfants de la rue à retrouver un certain équilibre parce que ce sont des enfants qui ont été abandonnés et rejetés. Ce travail, je trouvais ça très humain et j’avais envie de le raconter. La guerre s’est invitée dans l’histoire. Maman Colonelle devait être filmée à Bukavu, une ville de l’extrême Est du Congo et quand j’ai commencé à filmer, elle a été mutée dans une ville qui a connu la guerre. Beaucoup de femmes ont été violées pendant cette guerre qui est plus ou moins vieille, parce qu’à l’époque du tournage, elle était déjà vieille de 15 ans. Mais ces femmes-là, n’ont jamais réussi à repartir dans la vie et quand elles ont appris la présence de cette «Maman Colonelle» qui était venue les aider, elles sont venues raconter leurs histoires et c’est ainsi que j’ai pu aborder, effleurer, suggérer cette histoire.
Et vous éprouvez aujour­d’hui le besoin de transmettre aux jeunes par des résidences d’écritures, etc. ?
Il y a beaucoup d’autres réalisateurs. Je ne suis pas le seul heureusement. Il y a des festivals qui naissent au Congo, des workshops, des ateliers et je trouve ça très, très bien. Moi ce que je vais faire dans un futur proche, c’est d’essayer de produire des jeunes qui ont l’envie et aussi du talent. Essayer de les pousser un peu avec la petite expérience que j’ai et voir ce que ça va donner dans les 10 à 15 ans à venir.

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