PARTAGER

L’Afrique continue d’écrire l’histoire. Mais pour certains de ses fils, le continent noir cherche sa place dans cette mondialisation. Ibrahima Amadou Niang, écrivain et poète, demeure persuadé que l’Afrique de ses rêves «doit être le train de développement qui tire le monde» en se basant sur sa culture. Dans Les raisins du baobab, son premier recueil de poèmes, Ibarhima Amadou Niang dégage des pistes de solution pour que «le continent retrouve son lustre d’antan».

Parlez-nous de votre premier ouvrage qui a été présenté au public samedi passé.  
C’est un recueil de poèmes qui est intitulé Les raisins du baobab. Il est composé de 5 parties et traite de thèmes importants pour la transformation de l’Afrique. Comme son nom l’indique, Les raisins du baobab peint une certaine image de l’Afrique. De la renaissance à la majesté et à la beauté de l’Afrique en passant par le courage, sans oublier l’amour en tant que vecteur de changement, j’ai voulu dans Les raisins du baobab évoquer la dignité humaine, le voyage, la découverte de l’autre et de l’échange entre les différentes cultures.

Comment vous est-il arrivé de vouloir écrire sur ces thèmes ?  
A un moment précis de ma vie, je me suis interrogé sur ma place en tant que jeune africain. Quelle pouvait être ma contribution ? Quel était mon rôle ? C’est de là que justement j’ai commencé à fouiller dans l’histoire, la culture, dans mon environnement immédiat pour trouver justement quelques réponses à ces questions-là. Je cherchais à me forger une identité qui me permettrait d’être mieux armé pour contribuer au développement de mon pays et de mon continent. Mais aussi, mieux armé pour offrir plus dans l’échange avec l’autre ; que ce soit le Sénégalais, l’Africain ou la personne d’un autre continent.
Au fur et à mesure que je trouvais des réponses, la question de savoir quelle est ma place a été remplacée par quel est mon rôle. Il s’agissait de trouver ma responsabilité. Et lorsque je l’ai trouvée, ma voie a évolué vers le recueil de poèmes. La voix que vous entendez au début du recueil n’est pas celle que vous entendez à la fin. Vous entendez, une voix beaucoup plus sûre et consciente de ses responsabilités à la fin.

Pourquoi avoir divisé le recueil en 5 parties ?
Le recueil est divisé en 5 parties. Il y a d’abord les Dakaroises. Dans cette partie, j’y peints mon environnement immédiat. Elle est composée de poèmes parlant de Dakar, du Sénégal. Je chéris les valeurs sénégalaises.
Une fois que j’ai exploré mon pays, j’entre dans les terreaux d’Afrique. Dans cette 2ème partie, je voyage en Afrique pour apprendre de nouvelles choses. Je vais au contact de l’autre Africain pour grandir et devenir plus fort.
Une fois que j’ai compris mon pays et l’Afrique, je me lance à la 3ème partie que j’appelle Soutoura. Je parle des choses que l’Afrique peut offrir. Et comment doit-on y arriver. Je présente les valeurs que nous, Africains, partageons. Elles peuvent nous aider à mieux intéresser l’autre, mais aussi à mieux nous développer.
Après avoir bien ancré ces valeurs-là, dans l’Elan d’humanisme, la 4ème partie, je montre comment les valeurs doivent concrètement s’exprimer à travers l’amour, la compassion, l’aide et les combats communs qu’on doit mener. Là, le combat prend forme.
Dans la dernière partie, au-delà du baobab, on est dans l’action. J’essaie de répondre à la question de savoir comment notre action doit être menée et dans la réalité, comment elle peut porter ses fruits.

Les raisins du baobab, que voulez-vous ressortir dans cette métaphore ?
Je cherchais une métaphore qui symboliserait le mieux l’enracinement et l’ouverture de l’Afrique. Lorsque j’ai regardé le baobab, un arbre qu’on trouve un peu partout en Afrique, j’ai vu un centenaire, une majesté et tout ça sous un regard mystique. J’en étais convaincu que le baobab était la meilleure métaphore à utiliser. Ce baobab qui est profondément ancré dans sa culture et qui est ouvert vers le ciel, tend la main à l’autre. Cela ne veut pas dire tout prendre de l’autre. Non ! Bien au contraire, cela veut dire donner le meilleur de chez nous et prendre le meilleur chez l’autre.
L’Afrique doit arriver à un point où elle peut surprendre le monde parce qu’actuellement on peut prédire son action. Je me suis dit quelle surprise d’ouvrir une buisse de baobab et d’y trouver des raisins. Et je reste convaincu que l’Afrique doit pouvoir créer cet effet de surprise-là. Lorsque nous serons en mesure de le créer, le monde nous prendra au sérieux. o

En quoi faisant ?
En nous développant sur la base de notre culture, en donnant cours à l’innovation, à mieux gérer nos ressources naturelles et humaines, à mieux penser nos modèles de développement. Il nous faut réfléchir sur les actions qui doivent nous permettre de mieux nous développer. Et l’innovation technologique en est une. Une fois que nous serons autosuffisants sur le plan alimentaire, nous pourrons proposer des solutions alternatives au monde qui porteront la marque africaine. Pour moi, c’est ça le changement comme l’ont fait les pays asiatiques qui étaient, il y a 20 ans, à un niveau de développement très bas et aujourd’hui ils ont surpris le monde avec des innovations de taille. C’est mon rêve pour l’Afrique. Elle doit retrouver son lustre d’antan. L’Afrique doit être le train de développement qui tire le monde.

Combien de temps avez-vous consacré à la rédaction de ce recueil de poèmes ?
Le recueil est le fruit de 15 ans de travail. Durant ces 15 ans, je n’écrivais pas tout le temps. J’écrivais à des moments précis où j’étais inspiré. Comme vous le savez, l’inspiration ne se commande pas. J’attendais d’avoir les moyens d’écrire un poème que je le faisais.

Qu’entendez-vous par «écrire un poème quand j’ai les moyens» ?
Je suis inspiré avec l’interaction avec les gens, les objets et l’environnement. Sans cette interaction je ne suis pas inspiré. Pour moi, il est important de sentir qu’on donne au moment où l’on reçoit. Et justement, la poésie c’est ce que je donne en retour. S’il n’y a pas d’interaction, je ne peux pas être inspiré. Mon inspiration est conditionnée par l’interaction.

Le poème Siga est d’une précision chirurgicale dans les détails et pourtant votre traductrice vous décrit comme étant introverti, à la limite timide. Comment peut-on être un poète, donc un personnage public, et à la fois timide ?
(Rires). Je ne me qualifie pas comme timide mais plutôt assez réservé. Ma poésie me permet de faire sortir des choses que je ne pouvais pas exprimer. Ce n’est pas une échappatoire mais plutôt un miroir qui permet aux autres de mieux me comprendre.  Elle est la porte de mon intimité dans le sens du partage de mon environnement qui m’inspire et qui peut aussi les inspirer.

En tant que jeune auteur, même si la durée de votre recueil dit le contraire, est-il facile de trouver un éditeur ?
C’est extrêmement difficile d’en trouver. J’ai eu de la chance parce que j’ai rencontré mon éditeur dans une session de formation. Au-delà de l’aspect professionnel, il y a eu au début un aspect amical qui s’est installé entre nous. Puisqu’il y a cette amitié et cette admiration en me voyant interagir lors de cette formation, il s’est intéressé à ma poésie.
Pour moi, le plus important c’est d’intéresser l’éditeur et être capable d’entrer en contact direct avec lui, sinon il ne vous ne lira pas. C’était pour moi un problème d’accès. Une fois ce problème réglé, j’ai essayé de lui démontrer que ma poésie pouvait non seulement apporter un plus à sa maison d’édition mais aussi aux lecteurs. C’est comme ça que j’ai fait, mais je vous assure que même chez les plus âgés il est extrêmement difficile de trouver un éditeur sûr pour les poètes.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here