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Teint clair, magnifique sourire, Iman Djionne aurait pu être la vedette de n’importe quelle série. Mais son amour du cinéma, elle le vit plutôt derrière les caméras et même bien avant que les caméras n’entrent en scène. Son dernier projet de film, «Coura + Oulèye», lui vaut cette année une sélection à la prestigieuse Fabrique des cinémas du monde au Festival de Cannes, après un passage au Festival de Marrakech. Iman Djionne est une talentueuse cinéaste sénégalaise dont le nom rime aujourd’hui avec casting. Directrice de casting sur plusieurs productions, la jeune Sénégalaise a fini de convaincre sur son talent. Dans cet entretien, elle explique comment elle travaille et donne les contours de ce métier indispensable au 7e art.

Qu’est-ce qu’une directrice de casting ?
La directrice de casting s’occupe de trouver les acteurs pour jouer les rôles dans un film. Elle doit faire tout un processus de sélection pour trouver les meilleurs profils pour jouer ces rôles. Donc, il faut qu’elle comprenne bien le scénario et la vision du réalisateur pour trouver les meilleurs profils.

Comment ça se passe ? On vous envoie le scénario et vous l’étudiez ?
On m’envoie le scénario, je l’étudie pour bien comprendre le profil des personnages. Ensuite, on lance une annonce de casting, mais j’ai aussi une base de données puisque je connais déjà un certain nombre d’acteurs. On fait venir les acteurs et on leur fait passer des essais que je montre ensuite au réalisateur. Et c’est à lui de faire son choix. Une première sélection en tout cas, en général, parce qu’ensuite on revoit encore ces acteurs-là pour creuser un peu plus. En fait, mon métier c’est vraiment de déceler le potentiel chez les gens, qu’ils soient professionnels ou non.

Et comment y arrivez-vous ?
Je ne sais pas comment l’expliquer parce que … Le casting n’a pas de formation en fait. Ce n’est pas un métier comme les autres où il y a des formations. Casting, ce n’est pas vraiment des informations, c’est de la sensibilité on va dire. C’est assez difficile à dire, mais c’est un feeling. Il faut faire confiance à son instinct. C’est un peu psychologique aussi.

Quand vous devez faire un casting, vous cherchez aussi dans la rue, autour de vous ?
Cela dépend du projet en fait. Il y a certains projets où on va faire du «sauvage». On va aller dans la rue, dans des endroits où on pense que le profil se trouve. Dans d’autres castings, ça va être plus traditionnel. On va convoquer des comédiens, faire passer des annonces et tous les gens qui répondent sont invités. Cela dé­pend des projets en fait et chaque projet à des besoins spécifiques.

Avez-vous déjà eu des problèmes à trouver un personnage ?
Des fois ça arrive d’avoir du mal à trouver certains rôles. C’est pour ça que le casting, il n’y a même pas de durée. Je peux faire deux, trois mois de casting.

Un exemple concret ?
On a fait une série américaine qui sort bientôt sur Canal. Et les profils devaient parler anglais. C’est vrai que ça réduit beaucoup le nombre d’acteurs possibles pour ces rôles. Donc effectivement, ça a pris du temps pour trouver les acteurs qui étaient à l’aise en anglais et qui étaient bons au jeu.

Qu’est-ce qui est plus compliqué dans ce métier ?
Le plus compliqué, c’est la patience. Il faut vraiment avoir la patience. On voit beaucoup de monde, il y a des journées voire des semaines où on ne voit pas ce qu’il nous faut. Et ça peut être fatiguant, décourageant. Ce métier-là, c’est vraiment chercher une aiguille dans une botte de foin. Il y a des jours où c’est vraiment très difficile et d’autres où tu as plusieurs acteurs d’affilée qui sont là et qui sont géniaux. Du coup, c’est la sélection qui devient difficile parce qu’il faut choisir quel acteur est bon pour certains rôles. Donc on discute avec le réalisateur, on essaie de voir qu’est-ce qui se rapproche plus de la vision qu’il a dans sa tête de ce rôle-là. La recherche est difficile parce que ça peut prendre beaucoup de temps et il faut être patient. Ensuite, la sélection aussi parce ça veut dire qu’il faut refuser beaucoup de monde et annoncer des mauvaises nouvelles.

C’est quoi votre plus beau souvenir de casting ?
Ce n’est pas le plus beau parce que chaque casting est diffèrent, mais je m’enrichis de chaque casting. Moi-même, j’apprends à chaque fois et je rencontre de nouvelles têtes, de nouveaux visages et c’est ce que j’aime. Il y a tellement de talents ici et à chaque projet, je découvre de nouveaux talents. Et même s’ils ne sont pas pris dans le film, il y a certains que je garde bien en tête parce qu’ils ont ce potentiel.

Ça vous fait vivre ?
Oui. Je suis réalisatrice à la base, donc c’est mon job «xar maat» (extra). Quand il y a des projets bien sûr. C’est comme tous les techniciens de cinéma. Quand on est dans un projet, on bosse. Et là, en ce moment, il n’y a pas de casting. Donc, je suis sur mes projets.

Pour votre court métrage La boxeuse, comment s’est passé le casting ?
J’ai fait d’abord des castings pour moi-même. Et c’est après que j’ai commencé à faire des castings pour les autres. C’est un exercice très intéressant. Je cherchais une jeune fille. Pas forcément une actrice. Elle devait avoir 17 ans et être un peu athlétique parce que je la fais courir pas mal dans le film. Donc j’ai cherché, sauvage, un peu partout à Dakar. Des danseurs, des athlètes, jusqu’à la trouver, elle, Aminata Sarr qui est danseuse dans le ballet national à Blaise Senghor. Et elle était juste… Ça été une superbe trouvaille.

Comment savez-vous que c’est la bonne ?
Ça se sent. Quand tu… Tu le sens quand c’est la bonne. Cela ne s’explique pas, mais on le sent. Elle comprenait tout, c’était la première fois qu’elle faisait un casting, un tournage, mais elle était super intelligente. Elle comprenait tout, elle proposait des choses. Quand c’est comme ça, c’est merveilleux.

Sur quels films avez-vous travaillé ?
J’ai travaillé sur Atlantique de Mati Diop. Je n’étais pas directrice de casting, mais j’étais dans l’équipe depuis le début. Ensuite, j’ai fait pas mal de productions françaises qui venaient tourner ici, Amin de Philippe Faucon, ou la série américaine Zéro, zéro, zéro. Et je viens de finir le film de Robert Guediguian qui est un réalisateur français et Moussa Sène Absa aussi.

C’est important que les acteurs soient formés ?
Non. Ce n’est pas important parce que j’ai vu de très bons acteurs qui n’ont jamais fait ça. Pour moi, ce n’est pas important. Il y a certains acteurs d’ailleurs qui sont formés, mais qui ne sont pas justes. Ce n’est pas un facteur, mais après, je pense que ce serait bien qu’il y ait plus d’écoles de formation en actorat. Il y a bien sûr les Arcots où on va souvent faire des castings pour trouver des acteurs parce qu’ils les forment aussi.

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