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Le confinement imposé par la pandémie du Covid-19 a empêché les tourtereaux de vivre pleinement leur amour. C’est la conception de l’auteur de la chanson «Ma confinée», l’artiste Kelhom, de son vrai nom Jean Christophe Diatta. Dans cet entretien, il nous parle de sa carrière, de la chanson elle-même, mais aussi des sujets qui le préoccupent.

Qui est Kelhom ?
Kelhom est un jeune artiste chanteur sénégalais né le 15 février 1997 à Cabrousse dans la région historique et naturelle de Casamance. Au civil, je réponds au nom de  Jean Christophe Diatta. Fils d’agriculteurs, je suis issu d’une fratrie de 9 enfants. J’ai pris le surnom de «Kelhom» en référence à mon 2e opus titré Ca-Ville (Cabrousse se transforme en ville) sorti en 2013 et dans lequel je dénonçais, sans filtre, la nébuleuse foncière qui gagnait du terrain dans mon village. Comme personne avant moi n’avait osé parler de l’opacité qui couvrait la vente des terres appartenant à toute la communauté, ipso facto c’est de là qu’est parti véritablement le surnom de Kelhom, pour dire quel homme. Celui qui a eu le courage de mettre le doigt dans la plaie… (Rire).

Quand avez-vous commencé votre carrière ?
En toute humilité, j’ai découvert mes talents de chanteur dès mes premières années. J’ai commencé à chanter à l’âge de sept ans dans les manifestations populaires, lors des cérémonies coutumières organisées dans mon village. Aussi, dans les meetings politiques, les animations pendant les vacances autour des activités sportives et culturelles communément appelées «navétanes». Mais c’est en 2009 que j’ai réellement débuté ma carrière, notamment en intégrant un groupe composé de trois de mes amis qui portait le nom de «Les Messagers». Cette expérience de l’underground et surtout de «messager» sentinelle de la société qui a duré trois ans (2009-2012) m’a donné l’opportunité magnifique d’embrasser plusieurs courants musicaux tels le R&b, l’afro-pop, l’afro-beat… En 2012, seule une idée me taraudait la tête : Faire de la musique ma passion et mon métier.

Vous avez sorti «Ma confinée». Qu’est-ce que vous avez voulu véhiculer à travers cette chanson ?
Ma confinée, c’est une chanson qui est tirée de ma réalité. A travers ce morceau, je dévoile les contraintes et autres contrariétés que je vis et aussi que vivent visiblement tous les amoureux en cette période de pandémie. Le confinement a un peu tout chamboulé. Le mot d’ordre «Restez chez vous au maximum» qui est limpide, et qui est partout le même en ces temps de Covid-19, a conduit à un confinement du monde, de l’amour. Bref, de la vie tout court. L’amour à distance alors qu’un seul kilomètre et demi sépare les tourtereaux. On le voit bien, ce confinement, c’est une entrave à la liberté d’aimer. Ils ne se sont pas vus depuis un moment et ils ne savent pas jusqu’à quand ça va durer. Une relation, c’est très tactile et charnelle. Les appels au téléphone, ça va bien cinq minutes, mais ça ne suffit pas. C’est difficile à dire. Peut-être que finalement les couples sont soumis à rude épreuve. En quelques mois, ils ont pris conscience de leur fragilité et du poids de leur solitude, c’est angoissant. Voilà en substance ce que je raconte dans ma confinée.

Avant celle-là, il y a eu «Diletta», toutes deux des chansons d’amour. Au-delà de ça, quels autres thèmes abordez-vous ?
Tous les sujets qui animent la société et les jeunes me préoccupent. Par exemple, dans ma chanson On s’en fout, je parle des mauvaises habitudes des Africains en matière d’hygiène. Notre manque de civisme et surtout de non-respect de l’hygiène publique fait qu’aujourd’hui des montagnes d’ordures composent le décor de nos grandes villes. Les mauvaises habitudes ont la vie dure. Notre cadre de vie et plus globalement notre environnement s’en retrouve fortement dégradé. Et la maladie malheureusement omniprésente. Egalement dans le morceau J’ai décidé, j’évoque la liberté, la mienne de choisir mon chemin. Dans Où qu’on parte, j’aborde le dur thème de la migration irrégulière, sous l’angle de l’espoir, du désespoir avec ces jeunes tenus à la lisière et transformés en chair à chômage et qui, gagnés par le découragement, le désenchantement, la désespérance, et leurs yeux rivés sur ce lointain ailleurs, choisissent d’arpenter dans la clandestinité un «hard» chemin maritime, aérien et désertique, sans en mesurer toutes les conséquences. Seulement, ils espèrent y trouver un avenir meilleur. Un avenir tout court. En réalité, beaucoup partent, mais peu arrivent à destination. J’essaie donc à travers cette chanson de les sensibiliser sur ces naufrages terribles, ces tragédies humaines, humanitaires et sanitaires, même si je sais que dans leurs rêves éveillés, les images et histoires de ceux qui ont réussi comme Lassana Bathily, le héros de l’Hyper Cacher ou encore le «Spiderman» Mamoudou Gas­sama, marquent davantage que celles de ceux qui ont péri. Triste de voir cet espoir d’un avenir meilleur de notre jeunesse énergique, talentueuse, créative et surtout volontariste, mais malheureusement abandonnée par nos irresponsables dirigeants dirigés par l’Occident, se transformer en un présent effroyablement mortel. Aujourd’hui, l’actualité récente avec les scandales fonciers à répétition, dont la presse fait l’écho au quotidien, ramène la question foncière au-devant de la scène. J’en ai parlé à travers Ca-Ville, sorti en 2013, en fustigeant la nébuleuse foncière qui avait fini de s’installer dans mon village. Aussi, je parle dans mes autres chansons de l‘amitié, de la famille, des réseaux sociaux, de l’argent, de l’environnement, de l’Afrique… Par une approche révolutionnaire ou sous forme de plaidoyer, je me sers de ma musique pour dénoncer, conscientiser, remettre en question, m‘exprimer…

Quels sont les objectifs à long terme ?
J’ai plein d’idées, plein d’envies, je préfère ne pas tout dévoiler pour l’instant. Mais déjà, un E.P est en gestation. Je m’arrête là pour les annonces.

Avez-vous un mentor ou modèle dans la musique ?
A dire vrai, tous les grands artistes sont des modèles dont je veux m’inspirer. Leurs parcours divers et variés qui suscitent en moi du respect et de l’admiration doivent constituer un viatique pour nous les jeunes qui aspirons à devenir des grands de demain. Cher(es) ainé(es), d’ici comme d’ailleurs, je vous tire mon chapeau.

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