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Grand prix Kodjo Ebouclé, prix du public, prix du meilleur son, de la meilleure photographie, de la meilleure interprétation féminine du Clap Ivoire 2017, Khadidiatou Sow a accompli un coup de maître au Clap Ivoire à Abidjan. Elle a partagé sa satisfaction au sortir de la salle Majestic et est revenue sur le court métrage qui lui a valu tous ces prix : «Une place dans l’avion».

Votre fiction, Une place dans l’avion, a remporté le grand prix Kodio Ebouclé de Clap Ivoire que le Sénégal n’avait pas remporté depuis 2004. Quelle est votre sentiment ?
Je suis très heureuse et surprise. Cela veut dire que nous avons bien travaillé, qu’on a bien fait le boulot. Je reçois donc ce prix pour un encouragement. Je vais continuer à travailler, faire mes recherches pour maintenir la qualité dans mes projets.
Quel mot adressez-vous aux Sénégalais, aux membres de votre staff et à tous ceux qui ont participé à Une place dans l’avion ?
Le seul mot qui me vient à la bouche, c’est merci. Je remercie d’abord mon producteur, (Oumar Sall du Cinekap). Je remercie aussi la direction de la Cinématographie qui a soutenu mon court métrage, en m’octroyant à travers le Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle (Fopica), 20 millions de francs Cfa pour réaliser Une place dans l’avion. Je remercie toute l’équipe qui s’est donné à fond pour qu’on ait un bon produit.
Une place dans l’avion a reçu le prix du public. Nous sommes curieux de connaître les conditions du tournage…
Le tournage s’est bien passé. Tout le monde était motivé. Des acteurs aux techniciens, tous étaient si motivés qu’à la fin du tournage on a tous dansé. Nous n’avions plus envie de nous quitter. La seule difficulté qu’on a rencontrée lors du tournage, c’était le fait de courir. Les acteurs ont passé leur journée à courir sous le chaud soleil. Ce n’était pas évident. Pourtant ils l’ont fait avec le cœur. Je les en remercie.
Vous disiez quelque part qu’entre l’écriture du scénario et le tournage, il y a eu un long écart. Est-ce parce que vous avez eu du mal à trouver des financements ?
J’avais l’habitude d’écrire de petites histoires et de les garder. Cette histoire en faisait partie. Je l’avais gardée et déposée ensuite à une résidence que l’ambassade de France avait financée. Lors des ateliers, certains trouvaient que l’histoire d’Une place dans l’avion était farfelue. D’autres me disaient : «Tu te moques de qui ? C’est quoi cette histoire ?»
Samba Félix Ndiaye, qui était présent, a lu le scénario et m’a dit : «Khadidiatou, ton scénario est génial. Continue et travaille dessus.» Je l’en remercie et lui dédie ce film parce qu’il a beaucoup joué pour ce scénario. Même s’il n’est plus là, je le sens avec moi, je l’entends toujours me dire : «Ecris, continue.» C’est lui qui m’a encouragée à continuer. Si j’avais écouté les autres, peut-être que j’aurais mis, il y a longtemps, le scénario d’Une place dans l’avion à la poubelle.
Qu’en est-il du financement ?
Le cinéma demande des moyens, beaucoup d’argent. Quand j’ai remis mon projet à Oumar Sall, les quelques structures qui s’y sont intéressées trouvaient que le budget était gros pour ce qu’ils avaient. Quand il y a eu le Fopica, Oumar Sall m’a dit : «On va déposer le projet et voir ce que ça donne.» C’est ainsi que nous avons été financés par le Fopica à hauteur de 20 millions de francs Cfa.
Est-ce le même montant que les autres avaient refusé de financer ?
Je ne parlerais pas de budget, parce que franchement je ne m’en occupe pas. Je ne m’occupe que de la création. Il n’y a que le producteur qui saura vous dire combien il a dépensé. Certai­nement il a dépensé plus parce qu’il y a beaucoup de monde dans le film et il y a eu les moyens techniques pour la réalisation.
Certaines séquences du film montrent une foule courant vers l’avion. Où avez-vous trouvé autant de monde ? Où est-ce que le film a-t-il été tourné ?
Dans le scénario, j’avais décrit un endroit qui ressemblait à un village. Et j’imaginais qu’on allait sortir de Dakar. Mais Demba Dièye, mon premier assistant, m’avait dit qu’il connaissait un coin qui va me plaire. Il m’a amenée à cet endroit qui se trouvait à Ouakam et qui collait parfaitement à ce que j’avais imaginé. Nous y avons fait notre casting. Tout ce beau monde dans le film, ce sont des habitants de ce village à Ouakam.
Outre le grand prix, Une place dans l’avion a aussi remporté les prix de la meilleure photographie, du meilleur son, de la meilleure interprétation féminine et du public. Sa qualité technique a été unanimement saluée par le jury. Comment êtes-vous parvenu à produire un film d’une si grande qualité ?
J’écris d’une manière où quand tu lis le scénario tu vois l’image. Je donne les détails : j’avais les couleurs, les découpages, mes mouvements de caméra, comment je vais filmer mon film, j’avais déjà tout en tête. Mais il fallait les moyens techniques pour réaliser ce que j’ai en tête. Mon producteur m’a trouvée le matériel nécessaire. Il m’a donné tout ce dont j’avais besoin.
Avec mon équipe, nous avons aussi travaillé les costumes, les couleurs du film… Chacun a fait son travail. J’ai eu des coups de main de l’assistant, du producteur, du chef opérateur qui a aussi étalonné le film jusqu’à celui qui a fait le montage final, le mixage. Oui, j’ai eu mon imagination, mais j’étais entourée de gens qualifiés pour me donner ce que je voulais. Mon premier assistant faisait partie de mon équipe. Demba Dièye a fait tous les grands films qui ont eu du succès au Sénégal ou ailleurs. C’est un bon premier assistant qui avait, lui aussi, ses assistants.
Il paraît que le réalisateur Alain Gomis (lauréat du Fespaco 2017) fait aussi partie de ceux qui ont apporté leur touche et leur regard à ce court métrage. Qu’en est-il exactement ?
Alain, c’est quelqu’un qui donne des conseils tout le temps. Je l’avais rencontré, on avait donné des conseils, des années ont passé. Mais quand j’ai tourné mon film, je lui ai envoyé un message, comme je l’ai fait avec beaucoup de gens, pour lui dire : «Merci, le tournage s’est bien passé.» Et de là, il a voulu voir ce que j’ai fait. J’avais déjà fait l’ours, un premier montage et il l’a vu. Je crois que ça lui a plu, parce qu’à partir de là il ne m’a plus laissée. Il m’a trouvé celui qui m’a fait le mixage. Il m’a mis en rapport avec une jeune monteuse pour le montage final. Il a fait tout ce travail, nous a aidés à finir Une place dans l’avion.
Une place dans l’avion a également remporté le prix de la meilleure interprétation féminine. Comment s’est fait le choix de cette actrice et de tous les acteurs de manière générale ?
Pour les rôles, nous avons fait un gros casting, y compris même pour la figuration. Coumba a interprété le rôle de la femme de Moussa. C’est une amie, une actrice très professionnelle. Elle avait déjà joué pour moi, et je lui disais que j’aimerais qu’elle rejoue pour moi. C’est vrai qu’elle était très fine quand on a travaillé ensemble (rires). Quand je l’ai revue par la suite, j’ai vu qu’elle ne l’était plus. Elle était devenue une vraie Sénégalaise (rires). Je l’ai appelée pour le casting et c’était elle le profil que je cherchais. Elle avait un teint naturel, le physique qu’il fallait et surtout elle avait le jeu que je voulais. J’aime son jeu ! Elle a eu le prix de la meilleure interprétation féminine, je l’en félicite.
Vous remportez ce grand prix, pile au moment où le Sénégal se dote d’un nouveau gouvernement. Abdou Latif Coulibaly est le nouveau ministre de la Culture. Quelles sont vos attentes ?
Cette année, c’est celle de la culture. Une nouvelle dynamique a été enclenchée en matière de cinématographie. Je l’invite à la continuer, à nous soutenir. Ne nous arrêtons pas ! Continuons !

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