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Lire pour tous, lire partout, tel est le credo de Massamba Guèye et le Goethe Institut qui ont initié du 6 au 29 mai dernier, une caravane de la lecture. Intitulée «Lecture en balade», cette caravane a sillonné quelques localités du pays  avant Dakar, au Centre culturel Blaise Senghor où elle s’est clôturée par une lecture publique et un spectacle. Pour ses initiateurs, il s’agissait de redonner aux enfants le goût de la lecture et en passant, de démocratiser l’accès aux droits culturels pour faire de l’industrie culturelle un levier réel de développement endogène.

Vous venez de clôturer à Blaise Senghor la caravane de lecture. Pourriez-vous revenir sur le déroulement de cette caravane et comment a-t-elle été initiée ?
C’est la première fois que j’organise une caravane de lecture, qui rentre dans un grand projet intitulé La grande parole et qui revisite les arts traditionnels. Ce projet nous l’avons commencé depuis février avec la Nuit de l’oralité au Centre culturel Blaise Senghor. Et c’est là qu’on a rencontré le Goethe Institut qui avait des livres depuis 2014 et qui cherchait à les distribuer. Nous leur avons donc proposé l’idée que nous avions de parcourir le Sénégal. C’est dans ce cadre que nous avons fait Une lecture en ballade, quittant Dakar pour aller à Ross-Béthio, de Ross-Béthio à Louga, de Louga à Kaffrine, de Kaffrine à Kaolack, de Kaolack à Thiès ; de Thiès à Dakar. A chaque étape, il fallait faire lire les autorités, faire lire les enseignants devant les élèves, faire lire les élèves, faire conter, jouer un spectacle de lecture professionnel. Pour que les enfants sachent et comprennent que lire et bien lire c’est valorisant. Le Goethe Institut a aussi offert des livres aux bibliothèques qui dans ces communes ne sont pas suffisamment outillées. Et ce 29 mai, nous avons clôturé la caravane au centre culturel régional de Dakar puisque le centre culturel est entouré de plus de 20 établissements.

Où se tenaient ces séances de lecture. Etait-ce dans les écoles ou au cœur du village dans les places publiques ?
La Maison de l’oralité et du patrimoine Kër Leyti (Un espace culturel dont il est le fondateur et manager) a un concept : la lecture doit être possible partout. C’est important certes que les gens viennent dans les librairies, les bibliothèques. Mais s’ils ne viennent pas, il faut leur apporter le livre. A Ross-Béthio nous avons travaillé avec la mairie. Nous l’avons fait à l’intérieur d’un établissement en invitant les daras et les écoles occidentales. A Louga nous avons changé de stratégie. Au lieu de le faire dans une cour d’école, nous l’avons fait dans le centre culturel en exhortant l’Inspection d’académie de pousser les écoles à venir à côté des bibliothèques. A Kaffrine nous avons vu le gouverneur, le préfet et l’inspecteur d’académie qui sont allés dans une école primaire avec toute la population pour voir les artistes locaux jouer et «rapper» des textes. Et les populations ont vu les livres que nous avons donnés pour que la commune de Kaffrine ait enfin un centre culturel et une bibliothèque équipés. A Thiès nous avons travaillé avec l’Association des comédiens (Arcots) et avons fait venir des troupes qui font un conte traditionnel à partir d’un livre. Comment partir du livre pour monter un spectacle orale. Une fois arrivée à Dakar, on a demandé aux chefs d’établissement de sélectionner des écoles privées et des écoles publiques, le secondaire, le primaire et les mettre ensemble pour qu’on arrête de dire, qu’une bibliothèque doit être divisée et que les différentes populations scolaires ne peuvent pas être ensemble pour un spectacle de contes. C’est pour cela que nous avons changé d’attitude d’une ville à l’autre. Ici nous avons travaillé avec les collectivités, là avec les académies, et ce sont les directeurs et les chefs de centres culturels qui nous ont motivés.

Pourquoi votre choix s’est porté sur ces quelques localités : Ross-Bethio, Louga ; Kaolack, Kaffrine, Thiès, Dakar ? Sont-ce les seuls qui ont besoin de lire ?
Nous avons choisi l’axe nord, l’axe au Centre et Dakar parce qu’on était coincé entre l’ouverture de la biennale et l’ouverture du ramadan. Il nous fallait donc faire le Nord, le Centre, le Bassin arachidier, revenir dans le Cayor et terminer par Dakar. La prochaine étape va donc aller plutôt vers l’Est, le Sud.

Vous parlez de première étape. Il y en aura alors une seconde ?
La lecture en ballade est, comme je vous le disais plus haut, une étape d’un plus grand projet. Nous collaborons avec Goethe Institut et espérons avoir les moyens d’aller dans les autres régions parce que le Sénégal en compte 14. Cette étape que nous venons de terminer s’inscrit dans la Grande parole qui, elle, a commencé depuis le 17 mars. Nous sommes allés pour lire à la prison des femmes au Camp Pénal. Ce 21 juin nous organiserons à la Maison de l’oralité, Kër Leyti, la parole de la musique à l’occasion de la fête de la musique. Et le 18 juillet nous clôturerons la Grande parole au Goethe institut avec le livre et les paroles urbaines. Il y aura tout ce qui tourne autour des cultures urbaines, le slam, le hip hop…

Depuis un moment le constat est que les élèves ne lisent plus. Est-ce que c’est ce qui vous a motivés à initier Lecture en ballade ?
Oui c’est ce qui nous a vraiment motivés. Nous nous sommes posé la question : est-ce que les élèves lisent ? Ils ont des tablettes. On leur demande de lire. Mais ont-ils des livres ? Est-ce que les parents leur achètent des livres ? C’est la question que nous nous sommes posée et nous nous sommes dit allons leur rapporter des livres. Disons leur que les livres sont là. Pour chaque étape nous avons offert des livres illustrés, des livres de culture générale. Et ensuite nous allons refaire le tour pour vérifier avec les directeurs des centres culturels ce que les élèves ont fait avec ces livres.

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