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Trouvé dans son studio Mandinko à Ouakam Cité Avion, Mister Gass est en pleine répétition pour son spectacle de ce samedi à Sorano. Pour son premier concert en tant que tête d’affiche au Sénégal, le reggaeman n’entend pas faire dans la dentelle. Il promet du reggae à gogo à son public et plaide pour une meilleure considération et un plus grand soutien pour les artistes qui ont adopté le reggae comme style musical.

C’est le premier concert que vous organisez en tant que tête d’affiche. Des concerts de reggae, on n’en voit pas souvent au Sénégal comme on en voit pour les aux autres styles musicaux comme le rap ou le mbalax ? Maintenant la tendance même, c’est le Grand Théâtre qui fait 1800 places. N’est-ce pas trop osé ou suicidaire pour un artiste reggae d’aller à Sorano qui fait 1000 places ?
C’est parce que je n’ai pas assez de moyens. Mais si je les avais, j’irais au Grand théâtre, je ferai la publicité et je puis vous jurer que je vais remplir la salle. Parce que les adeptes du reggae sont au Sénégal. Quand Burning Spear est venu au Sénégal, le stade était rempli. Ceux qui étaient dehors étaient plus nombreux que ceux qui étaient à l’intérieur. Ce n’est pas le public, ce ne sont pas les amoureux du reggae qui manquent. Mais quand les reggaemen ne vont pas au Grand Théâtre ou à Sorano, quelque part c’est dû à un manque de moyens.
Vous n’avez aucun sponsor jusqu’à présent ?
Non. Je n’ai aucun sponsor.
Comment vous expliquez cela ? Est-ce parce que les sponsors n’ont pas confiance au reggae ?
Les reggaemen sont un peu étiquetés. Mais je pense qu’aller à Sorano peut changer cela. Si on y va cette fois et que demain on va vers le Grand Théâtre, ça peut changer la vision que les gens ont du reggae. Meta est venu. Il est allé au Grand Théâtre. Mais c’est un Sénégalais qui vit aux Etats-Unis. Il y a une grande maison de disque derrière lui. Quand I Jah Man est venu, il est allé à Sorano. C’est un étranger, un grand reggaeman de renommée internationale. Demba Koïta, le Gambien, avait aussi à l’époque rempli Sorano. Mais au Sénégal les reggaemen le voudraient bien mais n’ont pas les moyens.
Que faut-il faire pour remédier à cette situation ?
Ce qu’on souhaite, c’est qu’il y ait un partenariat entre les structures comme Sorano et les musiciens. Au lieu de débourser 1 million Cfa pour faire un spectacle à Sorano, pensons à des partenariats pour aider les artistes reggaemen à s’en sortir. Si le reggae tarde à décoller au Sénégal et qu’il n’y a pas de tête d’affiche chez les reggaemen au Sénégal, c’est en partie à cause de cela. Ils manquent de moyens et de soutien. Ce n’est pas normal. Ce ne sont pas les chanteurs qui manquent. Il y a des gens très talentueux, je citerai Ombre Zion, Mam J, Sangbi, et bien d’autres au Sénégal. Mais ils ne peuvent pas décoller parce qu’il y a le poids économique, social. Ce serait bien si les centres culturels français ouvraient leurs portes aux reggaemen. Ils sont là pour ça. Et que l’Etat pense aussi à créer des espaces au lieu de demander à un artiste de payer 1 million pour faire un spectacle. Où est-ce qu’ils vont trouver cet argent ? Ils pensent plutôt nourrir leur famille. Sur les 1000 tickets, j’ai fait 250 invitations. Si je vends des tickets, je ne rentre pas dans mes fonds. Il n’y a pas de sponsor ni rien. Je le fais pour fêter avec les mélomanes mais pas pour chercher de l’argent.
Etes-vous sûr de remplir Sorano ce 30 mars ?
Je le souhaite.
Le thème de cet évènement, c’est Reggae à gogo. Est-ce à dire que le public sera bien servi en termes de spectacle et qu’il y aura du reggae à gogo ?
Comme l’indique le thème, ce sera du reggae à gogo, du reggae à fond. Il y aura des invités : Sangbi qui est un jeune très expérimenté qui fait des tournées internationales, Dread Vivas, Celyah, une dame qui fait du reggae. Il y aura Amiral You, un jeune frère et ami de longue date aussi. J’aurais voulu élargir le spectacle a plus que ça parce qu’il y a plein de jeunes dans le milieu. Mais il y a des contraintes de temps. Ce seront 3 heures de spectacle à fond et je vais cumuler mes deux albums. Il y aura la totalité de mon deuxième album Pour un monde meilleur. Et une chanson du premier, le morceau Thiossane.
Nous avons vu que vous n’avez pas pour seule casquette le titre de reggaeman. Vous êtes aussi comptable. Est-ce qu’il n’y a pas de contrainte entre ce travail et votre passion pour la musique reggae. Autrement dit, ce travail ne constitue-t-il pas quel­que part un handicap ?
Pas du tout. A la limite même, ça m’aide à bien faire non seulement mon travail de comptable mais aussi ma musique. Je travaille la journée. Mais quand je descends, j’ai une partie pour ma famille et une partie pour ma musique. Même quand je travaille, j’écoute la musique. Ça m’inspire. La musique a sa part dans ma journée. Elle me procure un équilibre. C’est un exutoire, elle me permet de m’évader et de faire correctement les choses.
A partir de quel moment justement la musique est entrée dans votre vie pour prendre toute cette place ?
La musique est venue bien avant même l’aspiration de comptable. Très jeune, je fredonnais des mélodies. Je n’avais que 12 ans voire 13 ans et je fredonnais une mélodie triste que m’ont inspiré des images de guerre à la télé. Depuis lors, quand j’ai des sentiments qui se traduisent en mélodie, j’écris. Durant cette même année, j’ai fait le choix de devenir comptable. Sans pour autant laisser la musique. J’ai creusé ce sillon d’ailleurs en m’inscrivant au conservatoire de Dakar pour prendre des cours de musique pendant 3 ans. Ça m’a permis d’avoir le B-a-ba de la musique. Et avec ma guitare je parvenais à composer mes propres chansons.
Qu’est-ce qui vous inspire ?
Musicalement parlant, c’est ce que je vis, ce que je vois à la télé. Et en termes de référence, Bob Marley m’a beaucoup inspiré. Très jeune, à la maison, à l’âge de 4 ans, 5 ans, 6 ans, j’avais des oncles qui écoutaient de la musique. Ils étaient vraiment éclectiques, mais c’est le reggae qui m’a surtout marqué. Ça m’a poussé à m’intéresser à Bob Marley.
Dans vos chansons on note des thèmes qui reviennent assez souvent dans la musique reggae. Comme l’esclavage, l’Afrique, le système inégalitaire, etc. Est-ce le reflet d’une musique engagée ?
La répétition est pédagogique et chacun a sa manière d’aborder les sujets. Tout le monde sait que l’injustice est là, il faut qu’on en parle. Elle est de tous ordres. L’injustice économique, sociale. Même culturellement, on est agressé. Alors si on a la chance d’être un porteur de voix, il faut qu’on en parle. Alors l’artiste quel que soit son domaine de prédilection doit permettre à son peuple de réaliser l’idéal. L’artiste doit dénoncer l’injustice pour faire revenir à la raison les tenants du système. C’est le rôle qu’ils doivent jouer.

aly@lequotidien.sn

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