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Comparé à ses débuts à Keyti, Pps a, en l’espace de 9 ans de carrière, su se hisser parmi les grands noms de scène. En témoigne la sortie de Youssoupha, le rappeur français qui dit : «on dit que Pps est le Youssoupha de Dakar mais en réalité c’est moi qui suis le Pps de Kinshasa». Aidé dans son ascension par une plume à la fois poétique et «street», Paul Pissety Sagna se définit comme «un pur produit sénégalais» bref «un artiste africain qui est né au Sénégal». Il a 4 albums sur le marché et «ne fait jamais ce que tout le monde fait». C’est dans ce contexte qu’il plaide pour l’insertion des textes de rap dans l’éducation scolaire. En pleine préparation de la 2ème édition de la Loge des poètes, Pps a trouvé du temps dans son agenda chargé pour dévoiler son intimité … Paul se confie

Quel évènement vous préparez ?
Il s’agit de la 2ème édition de la Loge des poètes. Ce n’est pas un évènement mais un mouvement qui connaitra son apothéose le 17 mars et qui a commencé le 11 mars passé. Demain (Ndlr : mardi dernier), on va entrer dans le volet éducatif de la loge des poètes avec la conférence à l’Université Cheikh Anta Diop. En partenariat avec Campus 2h, l’association des acteurs des cultures urbaines de l’Ucad, cette conférence aura comme thème : l’impact des textes de rap dans l’éducation scolaire. Connaitre Baudelaire, Hugo, Voltaire, Molière c’est bien, mais il y a des choses plus proches de nous et qui sont plus pédagogiques, comme le rap sénégalais. Il y a une belle écriture et on peut l’utiliser dans l’éducation scolaire. Il y a une dame qui le fait au Lycée Camp Marchant de Rufisque et ça marche. On le fait aux Usa et en France. Une année, la France a pris un texte de Grand corps malade (Ndlr : un slameur français), de Booba, pour le proposer au Bac­calauréat. Pour expliquer à un gamin une métaphore, le rap est plus proche. A la base, les jeunes connaissent parfaitement ses textes. Il y aura deux professeurs accompagnés par des artistes, élèves et étudiants. On va en débattre le 15 mars (Ndlr, hier) à l’Ucad. Et le vendredi, au Cices on va faire opérer la magie comme on le fait chaque année. Ce concert sera l’occasion de montrer les jeunes talents parce que la Loge des poètes est une fête de la jeunesse.

Vous venez de sortir un album et vous utilisez en même temps votre image pour la Loge des poètes. Ne risquez-vous pas de noyer la communication autour de cet album ?
J’ai l’habitude de faire les choses comme ça. Je suis le rappeur qui passe le moins de temps dans les médias traditionnels. Cela a toujours été comme ça. Je fais les choses de manière académique. Je sors un produit et je l’amène aux médias et ça s’arrête là. Je n’appelle personne pour lui demander de me faire tourner. Cette année, on ne m’a pas entendu dans les médias traditionnels mais j’étais super actif. En 2015 Xatim ak Kalama a été le meilleur album, en 2016 lors de la première édition de la Loge des poètes, on a sorti Fadda p, une mixtape nominée au Galsen hip hop awards. Les gens me demandent toujours quand est-ce que je sors une vidéo, alors que j’en ai 10 en ligne réalisées entre le Sénégal, les Usa et l’Europe. Mais je ne vais jamais supplier une personne de mettre ma musique. Je fais de la qualité et la transmets aux médias, libres à eux de le mettre ou pas. Mais ça ne m’empêche pas de jouer. On a trois formules différentes : le Cousinou style … on était en tournée en Mauritanie et on a pris une guitare, un djémbé et un clavier pour improviser un concert. C’était tellement bien qu’on l’a refait en live dans une radio de la place en revenant. On peut dire que  Cousinou style est acoustique. On a aussi la formule Dj, une classique du hip hop. Et le Kalama band où on se produit avec le groupe dans son ensemble. On ne reste pas un mois sans jouer. On a tout le temps des activités, mais on n’est pas aussi médiatisé que les autres.

Votre label, Sunu Kaddu a deux ans et pourtant il est méconnu du grand public ?
C’est un bébé label (Rires). Pour l’instant, mon premier album Xatim ak Kalama a été produit par mon label. La Sunutape, une complication qui regroupe 23 artistes de Rufisque est aussi une production du label. On travaille dans le silence, on ne fait pas beaucoup de bruit. C’est Sunu Kaddu qui a organisé la Loge des poètes. On prépare les albums de Amdy, Mc Daddy, une mixtape et mon 2ème album.

Vous vous définissez comme un artiste avant d’être rappeur. Cela se ressent-il dans votre production ?
J’ai utilisé des Sabar dans mon premier album. L’an passé, j’ai eu un nouveau sobriquet, le magicien. Pps est imprévisible. On a commencé à maquetter l’album et on entend qu’il est meilleur que Xatim ak Kalama. Des morceaux comme African flow, Diiw font bouger le Sénégal sans vidéo. On n’a pas encore fait la moitié de la promotion de l’album.

Dans ce cas pourquoi sortir un autre album ?  
Parce qu’une carrière doit avoir des mises à jour. Xatim ak Kalama a fait 2 ans, on a besoin de quelque chose de nouveau parce qu’on apprend à évoluer. Parfois le besoin se fait sentir de montrer quelque chose de nouveau et on ne s’arrête jamais. On sort un album aujourd’hui et demain, je suis encore en studio. C’est avec mon mariage que je bouge un peu mais avant, je dormais dans mon studio. D’ailleurs j’y ai habité pendant deux ans. J’ai une banque de sons qui me permet de sortir 3 albums par année.

Et quelles seront les couleurs de votre prochain album ?
C’est un mélange. On a déjà goûté au live. C’est tellement bon qu’on ne va pas s’en priver. Et je me suis fait connaitre grâce à la Xtape volume 1 en 2011. On a fait un mix : ce sera un album live très hip-hop. Comme avec Xatim ak Kalama, on aura des musiciens étrangers et des Sénégalais. Coté mix et master, il y aura une touche de Hony jah studio de Brookline. Sunu Kaddu va participer comme Mao. J’aime bien partager. C’est pourquoi dans mes albums, j’essaie de travailler avec tout le monde et comme ça il y aura toutes les couleurs.

La tendance est plu­tôt  nigériane ou Trapp, peut-on s’attendre à ce genre de musique dans votre album ?
(Rires). Je ne suis jamais la tendance parce que l’album va s’appeler Authentique. Avec Xatim ak Kalama on a montré de la musicalité, de l’écriture et du vrai avec un mélange de sonorités africaines, jazzy et soul. Authentique sera du live un peu plus hip-hop. Comme d’habitude je ne vais pas perdre du temps à ceux qui m’écoutent avec de l’Egotrip (se glorifier). Actuel­lement, il n’y a que de l’egotrip dans le hip-hop galsen. J’habite Rufisque, je vois ce que les gens vivent. Donc je ne peux pas  ignorer ces problèmes. L’Egotrip n’a pas de sens. Le rap galsen a une âme. Ce que le rap à l’étranger n’a plus, parce que le commercial a pris le dessus. On a transformé la musique en une industrie boulangère, tout le monde fait la même chose. Ce n’est pas comme ça que je fonctionne. Je veux faire du moi, du Pps. Je n’ai jamais voulu ressembler à quelqu’un d’autre.

On ne vous a pas entendu sur la sortie de Booba. Cautionnez-vous ce qu’il a dit ?
Il y a une part de vérité dans ce qu’il a dit. C’est la musique sénégalaise dans son ensemble qui est méconnue. Ce n’est pas seulement le rap. Je peux dire que je ne fais pas partie des Polonais, car je vais en tournée chaque année. On devait analyser les propos de Booba avant de réagir. Notre rap a accompli des choses mais il nous reste beaucoup à faire. Même le mbalax n’est populaire que chez nous. Les Youssou Ndour, Ismaila Lo, Cheikh Lo, Baba Maal, ce n’est pas du mbalax qu’ils font à l’étranger. Il a fallu qu’un Malien, Sidiki Diabaté vienne prendre notre mbalax et le mélange pour le vendre à l’international. Il faut qu’on oriente la musique vers une autre direction. La sortie de Booba doit nous motiver pour reconquérir le monde. Après la Loge des poètes, on ira sur Paris montrer notre savoir-faire. L’organisation est la seule chose qui peut permettre à une musique de conquérir le monde. A l’étranger, ce sont les majors qui font les artistes. C’est énormément de moyens. Il faut avoir des labels qui peuvent distribuer dans le monde entier. Le fonds dédié aux cultures urbaines est bien réparti car on privilégie les structures qui ont plus de 3 ans d’ancienneté. Et ainsi, 10% du mouvement vont en bénéficier. Il reste des choses à améliorer. Si le cinéma a un milliard alors qu’on est plus populaire, je crois que le fonds des cultures urbaines devrait avoir plus. Vu le monde qu’on draine, on devait avoir 2 milliards.

Quelle lecture faites-vous du problème Sodav ?
Les gens ignorent  que ce sont les royalties qui permettent à l’artiste de vivre. Xtape volume 1 avec le succès que cet album a eu, je n’ai perçu que 17 mille francs Cfa en 2 ans. Je le jure ! Depuis ce jour, je ne réclame plus d’argent au Bsda. Vu que je suis resté 2 ans et j’ai reçu 17 mille, peut-être en 7 ans j’aurai une somme conséquente (Rires). Parce qu’on doit regarder la redistribution. J’ai l’impression que c’est sur la base de la notoriété de l’artiste qu’il est payé. On doit faire le travail de manière objective. On dépense beaucoup d’argent pour la production et on doit vivre de ça. C’est anormal que le directeur de la Sodav se pavane avec une voiture alors que l’artiste pour qui il travaille a des problèmes pour se déplacer. Il ne faut pas mordre la main qui te nourrit.

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