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Cette année, le Fespaco a été l’occasion pour les femmes de s’interroger sur leur place dans le cinéma africain. Portée par l’artiste et réalisatrice Fatou Kandé Senghor, «l’Assemblée des Yennenga» a posé le débat sur cette question. En marge du colloque du Fespaco, M. Maguèye Kassé, critique, Professeur d’université et amateur de cinéma, s’est prononcé sur le fait que depuis 50 ans, les femmes ont du mal à décrocher la récompense suprême du Fespaco, l’Etalon d’or. Si la réalisatrice Fatou Kandé Senghor a l’impression qu’elle et ses consœurs sont laissées en rade et qu’une question de qualité ne se pose pas, M. Kassé note au contraire qu’il y a de plus en plus une réelle volonté d’intégrer les femmes et que si elles veulent décrocher l’Etalon, il faut qu’elles insistent sur la qualité.

L’Assemblée des Yennenga pose cette année la question de la participation des femmes au cinéma. Quel rôle ont-elles joué dans le cinéma africain ?
Les femmes se sont battues dans le cadre du cinéma. Et il y a une femme forte et convaincante qui a été là dès les premières heures du Fespaco, Aminata Salembéré. Elle a parlé de toutes les tentatives qui ont été faites à l’époque pour participer à ce mouvement. Mais à l’époque, il faut se rendre compte aussi que le contexte n’était pas assez favorable pour qu’on puisse dire que les femmes s’intéressent au cinéma dans le sens d’être réalisatrice, productrice de scénarii comme on en connaît aujourd’hui. Je suis au courant de tout ce qui est fait par l’Association des femmes des métiers du cinéma. Plus récemment, il y a des initiatives faites par-ci et par-là de regrouper des énergies féminines pour que les femmes ne soient pas oubliées dans le processus d’apprentissage des métiers du cinéma. C’est une chose. L’autre chose, c’est de constater et de regretter que jusqu’à présent, elles n’ont pas eu d’Etalon d’or, d’argent ou de bronze, dédié à des femmes. Mais le Fespaco a fait l’effort de mettre dans les jurys long, court métrage, des femmes. Il y a une volonté d’associer les femmes à l’expertise des films, qu’ils soient l’œuvre d’hommes ou de femmes. Mais si la qualité n’y est pas, on ne peut pas les primer.

Pour vous, les femmes ne sont pas prêtes à gagner l’Eta­lon?
On ne peut pas donner des Etalons à des œuvres qui n’en valent pas la peine. On ne peut pas non plus donner des Etalons parce que ce sont des femmes. Il faut donner des Etalons pour la qualité des films qui sont proposés à la compétition. Et si ces films n’ont pas suffisamment de reliefs par rapport à des films faits par les hommes, il est évident que ce sont les hommes qui seront primés.

Voulez-vous dire par-là que les femmes ne font pas des films de qualité ?
Non. Les femmes comme les hommes ont des efforts à faire pour produire de la qualité. Maintenant, que les Etats, les organisations, les femmes elles-mêmes trouvent les moyens d’une formation de qualité, d’une perception en avance.
Pourtant, elles vont dans les mêmes écoles que les hommes…
On ne peut pas le dire à brûle-pourpoint. Ça mérite une étude beaucoup plus exhaustive de savoir où sont les femmes, dans quel domaine de métiers du cinéma elles sont actives, y a-t-il assez de femmes productrices, réalisatrices, etc.

Leur nombre joue aussi…
Oui, c’est comme si on se dit, il faut une politique de genre, de parité. Ça ne se fait pas de manière automatique. Il faut que les femmes soient mises dans les conditions ou qu’elles se mettent elles-mêmes dans les conditions, non pas d’une compétition avec les hommes, mais d’une compétition vers la qualité. Main­tenant, si au finish ce sont les femmes, tant mieux. Si au finish, il n’y a pas assez de femmes, il faut se poser la question, s’interroger, réfléchir pour voir les moyens à utiliser. C’est comme la jeunesse qui ne peut pas être formée si les moyens de la formation n’existent pas. La femme, pareil. Les handicapés de même. Tous les secteurs sociaux dans lesquels les femmes et les jeunes interviennent doivent être capables d’accueillir, de promouvoir pour que ces produits soient de qualité. Ce n’est pas une réflexion à l’emporte-pièce, mais qui nécessite du temps, et qu’on convoque beaucoup de facteurs qui contribuent ou pas à la promotion des femmes. Il ne faut pas seulement viser la question de l’Etalon de Yennenga qui est une consécration. Beaucoup d’hommes «compétissent» et n’y arrivent pas.

Mais c’est la plus grande consécration en matière de cinéma en Afrique…
Oui, mais on ne peut pas donner l’Etalon à une femme parce que c’est une femme. Il faut se demander pourquoi il en est ainsi. Il en est ainsi pour plusieurs facteurs bloquants, psychologiques, émotionnels, objectifs parfois.

Pensez-vous que les femmes dans le cinéma puissent être intimidées parce qu’entourées partout d’ho­m­­mes ?
Non, c’est une question de personnalité. Chaque individu développe une personnalité qui a tendance à s’affirmer ou à se laisser dominer. Si les femmes présentent des caractéristiques telles qu’elles sont plus sujettes à être intimidées, il faut qu’elles se battent contre ça. C’est un combat global de la société. Quelle place les sociétés font-elles aux femmes ? Y compris dans le cinéma, la littérature, les arts plastiques, les sciences… Le mode de socialisation par lequel les jeunes et les femmes passent les prépare à pouvoir s’affirmer demain en tant que personnalités capables de développer un discours cohérent et porteur.

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