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Depuis 19 ans, le Festival Africa fête, créé en 1978 par Mamadou Konté, est devenu un des rendez-vous majeurs au Sénégal et sur le continent. La directrice de la structure, Rokhaya Daba Sarr, revient dans cet entretien sur le bilan des 19 ans d’organisation de ce festival de musique devenu itinérant.

Quel bilan tirez-vous des 19 éditions du Festival Africa fête ?
Africa fête a vraiment prospéré. 19 ans, ça ramène à une pérennisation, à un renforcement et à une notoriété. C’est grâce à Dieu, mais aussi aux soutiens du ministère et de tous les partenaires qui croient en notre projet que nous sommes aujourd’hui à ce stade. Je pense qu’il y a des problèmes partout au niveau du secteur culturel, de la musique en particulier. Mal­heureusement, c’est ce qui fait qu’aujourd’hui bon nombre d’évènements culturels sont en train de disparaître. De notre côté, on essaie de tenir avec l’accompagnement des partenaires qui croient à ce projet, qui nous ont accompagnés jusqu’à 19 ans d’existence. Cette année, nous avons la Fondation Orange qui nous accompagne. Ce qui nous a surtout permis d’aller à Ziguinchor. On peut continuer à croire à ce projet qui intéresse les artistes, les acteurs culturels, mais aussi nos ministères et tous les partenaires qui sont autour de nous. Et puisque c’est un projet intéressant, il faut le continuer.

Quels sont les problèmes qui font que d’autres organisations ont du mal à pérenniser leur festival ?
En gros, c’est surtout les questions financières. Ce n’est pas une question de savoir-faire. Toutes les organisations qui ont pu monter des événements culturels ont cette capacité d’organisation, mais ils ont un problème au niveau financier.

Et vous demandez un fonds dédier à la musique ?
C’est vrai que l’Etat a fait beaucoup d’efforts ces dernières années en mettant des fonds pour accompagner la culture. Aujourd’hui, les fonds des cultures urbaines ont beaucoup contribué au renforcement de ce secteur. Si l’Etat arrive vraiment à mettre en place des fonds dédiés sur chaque discipline, je pense que le secteur culturel va prospérer. Sur le plan musical, nous en avons besoin pour appuyer ce domaine, mais aussi renforcer l’existant.

Est-ce que la mort de Mamadou Konté a un impact sur l’organisation et la dynamique du festival ?
Mamadou Konté était un visionnaire. Ce qui n’est pas facile, c’est l’action de partager. M. Konté est un personnage qui a le sens du partage. Du coup, il avait tout légué. Le fondateur, ayant contribué à la mise en place d’un réseau qui fait circuler le monde de la musique,  a fait des mises en relation avec son équipe avant de partir. Ce qui fait qu’aujourd’hui, on est très soutenu par ce réseau-là.

Sur quelle base choisissez-vous les artistes ?
Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, même s’il y a des festivals qui tiennent, il nous manque des évènements culturels.  Avec le nombre d’artistes que nous avons au Sénégal, nous ne pouvons malheureusement pas tous les satisfaire. Ce qui fait qu’avec la programmation, on est en 2019, mais pour 2020, nous avons déjà reçu de nombreuses propositions venant de toutes les échelles. Maintenant, nous choisissons selon le besoin artistique et l’actualité sur la personnalité de l’artiste. Par ailleurs, les jeunes artistes sont importants pour nous, car notre festival est aussi un tremplin musical qui mélange sur une même scène jeunes artistes et talents confirmés.

En amont, vous organisez des cessions de formation. Pouvez-vous revenir sur ce point ?
Nous organisons ces formations parce que décentraliser ce n’est pas facile. C’est amener toute une technicité  d’un côté à un autre. Quand on arrive dans la région, nous avons du mal à mettre en place les dispositions techniques. Du coup, c’est devenu une question cruciale. Le professionnalisme des acteurs culturels est primordial. Il permet de structurer le secteur culturel sénégalais, de développer l’économie culturelle du pays et ainsi d’être compétitif à l’international. Ce qui fait que quand on a compris qu’il fallait renforcer l’existant, nous avons mis en place les cessions de formation. Les concernés pourront à leur tour soutenir d’autres jeunes de leur localité.

Et cette année, ils seront formés dans quel domaine ?
Pour cette édition, nous allons faire une formation en technique de sonorisation de spectacle et en lumière, qui sera assurée par Abdou Diouf de l’Institut français de Dakar. Nous allons l’organiser du 16 au 21 décembre au niveau de la ville de Ziguinchor avec l’Alliance française de la ville.

Depuis 15 ans, vous délocalisez vos activités. Pourquoi ? Et qu’est-ce qui vous permet cela ?
Au départ, Africa fête s’organisait seulement à Dakar. Mais nous recevons chaque année des propositions provenant des régions. Vu le nombre exponentiel de ces demandes à l’époque, Mamadou est parti faire un repérage au niveau des régions. Et il a constaté que le besoin de décentraliser est réel. L’itinérrance devient plus pratique parce que nous ne pouvons pas avoir tous les artistes en programmation ici à Dakar. Arrivés dans une région, nous pouvons au moins placer deux ou trois artistes, alors que si nous restons à Dakar, faire venir ce nombre de musiciens devient impossible. C’est depuis 15 ans que nous avons senti ce besoin-là, qui d’ailleurs persiste.

Comment le Festival Africa fête s’est élargi sur le plan international ?
Nous avons d’abord commencé avec un festival itinérant au niveau de la sous-région ouest africaine (Bénin, Côte d’Ivoire, Guinée). Cette première édition avait réjoui tout le monde. Du coup, nous avons mis en place un projet beaucoup plus ambitieux. Et sur cette base, nous avons eu le soutien de l’Union européenne. Actuellement, le Festival Africa fête est aussi en France, à Bordeaux, où nous serons au mois de décembre.
  
Parlez-nous de votre collaboration avec la Mutuelle nationale de santé des acteurs culturels du Sénégal (Mnsacs)…
Ce n’est pas la première fois que nous collaborons avec cette mutuelle de santé. Depuis sa mise en place, nous avons beaucoup contribué à la sensibilisation. Comme nous avons des actions qui se passent aussi ailleurs, à chaque fois que nous nous retrouvons dans d’autres localités, nous essayons de sensibiliser le public sur l’existence de la mutuelle, mais aussi sur son importance. Donc, c’est une très belle occasion pour nous d’accueillir la mutuelle dans le cadre de la 19e édition qui nous a permis de discuter et de collaborer avec elle. La Mnsacs a démarré les prestations de soins au niveau de Dakar avec les acteurs qui sont en règle de cotisation.

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