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Les scènes de violence vécues le samedi 15 juillet au stade Demba Diop de Dakar rappellent quelque peu le drame de Heysel pour les moins jeunes. Si le bilan de cette finale de Coupe d’Europe des clubs entre Liverpool et la Juventus était plus lourd, avec 90 victimes en un sombre mercredi de 1985, la finale de Coupe de la Ligue entre l’Us Ouakam et le Stade Mbour se révèle comme le premier match de football le plus meurtrier de l’histoire du football sénégalais, constituant le triste épilogue d’une saison que la mémoire des sportifs ne peut oublier de sitôt.
Huit (8) supporteurs de Mbour y ont perdu la vie à cause d’une violence «barbare et inouïe». Un pan de la tribune découverte s’est affaissé sur les victimes après des jets de pierres entre supporteurs des deux camps. Et provoqué des scènes de panique et de bousculade au niveau du mur de la tribune qui n’a pu résister au poids.
De l’avis de nombreux té­moins, «l’incident serait parti de jets de pierres du côté des supporteurs ouakamois qui, voyant le destin du match scellé avec le deuxième but mbourois, ont vite fait de jeter du sable dans la soupe comme pour abréger le cours d’un match qui se dessinait en leur défaveur». N’ayant pu rien contre cette montée de violence, les policiers mettront du temps à intervenir. Poussés dans leur dernier retranchement, les supporteurs de Mbour iront tous s’entasser sur le mur de la tribune pour échapper à la pluie de pierres qui s’abattait sur eux. Si un groupe de supporteurs est tombé des tribunes, d’autres ont réussi à enjamber la grille de protection de Demba Diop pour envahir la pelouse synthétique où les 22 acteurs regardaient impuissants ce spectacle «horrible» qui s’offrait à leurs yeux.
Parmi ceux qui ont fait les frais de cette violence grave se retrouvent les 90 blessés dont 7 dans un état grave, ainsi que les 8 personnes qui, elles, auront perdu la vie. Tentant de maîtriser la situation, les éléments de la police vont tirer des grenades lacrymogènes ; ce qui aura pour effet d’accentuer la panique. On va alors assister à une débandade généralisée. Journalistes et supporteurs tenteront d’escalader la murette pour s’extirper de ce manteau de fumée ocre et piquante des grenades lacrymogènes. Des jeunes filles vont perdre connaissance et les secouristes ont été vite débordés par l’ampleur des besoins.
Ce qui était parti pour être une fête du football virait au drame. Pourtant, les présidents des deux clubs avaient échangé des larges sourires avant le démarrage de la rencontre dans un stade Demba Diop plein à craquer et où le public rivalisait d’entrain. Mais tout a fini par basculer dans la violence quelques minutes après le deuxième du Stade de Mbour, inscrit par Mouha­madou Diawara (101 mn) alors qu’on jouait les prolongations.
En attendant de situer les responsabilités de cette violence qui a abouti à des morts, le gouvernement a sorti un communiqué pour suspendre toute activité sportive jusqu’à après la campagne électorale. Ce qui avait occasionné le report du combat de lutte devant opposer Modou Lô à Lac de Guiers 2.
L’Union sportive de Ouakam, dont les supporters avaient été jugés responsables de ce drame, paiera également le plus fort. Le club se retrouvera suspendu pour 7 ans, avant d’être relégué au plus bas de la hiérarchie du football. Et certains de ses supporters seront également fortement punis. Suite à un appel, la suspension a été réduite à 5 ans.
ambodji@lequotidien.sn

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