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Tous les dangers de l’agriculture conventionnelle sont minimisés par les pouvoirs publics, qui préfèrent par ailleurs, ignorer tous les avantages de l’agriculture biologique, déplore le Coordonnateur de la Fédération nationale pour l’agriculture bio (Fenab).

Par Ndèye Fatou NIANG-Correspondante

Profitant de la rencontre de partage du Plan stratégique national agriculture écologique biologique 2017-2037, avec les producteurs à Keur Matar Arame dans la commune de Fandène, le coordinateur de la Fédération nationale pour l’agriculture biologique (Fenab), Ibrahima Seck, a regretté que «jusqu’à présent, le soutien des autorités du pays à cette forme d’agriculture n’est que verbal. Lors de nos ateliers et séminaires elles viennent, font de beaux discours et ça s’arrête là. Il n’y a pas véritablement, pour nous, une réelle politique pour appuyer le développement de l’agriculture écologique biologique au Sénégal. Les subventions pour  l’agriculture sont très importantes, avec une enveloppe financière allant jusqu’à plus de 50 milliards de nos francs. Mais c’est pour soutenir uniquement l’agriculture conventionnelle. Et pourtant ils ne sont pas sans savoir que nous avons besoin de bio pesticides et de biofertilisants mais aussi de semences biologiques». A ce titre, le producteur a interpellé la recherche agricole pour développer des semences biologiques. Car, dit-il, «celles utilisées par les producteurs, même si elles sont de bonne qualité, ne sont pas reconnues par la législation sénégalaise parce que simplement étant des semences paysannes».
Aussi demande-t-il «que la recherche se penche davantage sur la question pour permettre un bon développement de cette forme d’agriculture qui a besoin d’une certaine reconnaissance pour pouvoir bénéficier de la politique agricole du pays. Surtout que cette agriculture est de toute évidence la mieux à même d’assurer de façon durable, l’autosuffisance et la sécurité alimentaires mais aussi la protection de l’environnement». Invoquant des données de l’organisation mondiale de la santé, le coordonnateur de la Fenab a rappelé que «30% des pesticides chimiques vendus dans les pays en développement ne sont pas aux normes mondialement requises». A cela s’ajoute «le fait que les producteurs africains, pour la plupart, sont incapables de lire les instructions sur les étiquettes et sont faiblement formés et peu équipés pour pouvoir se protéger et protéger leurs communautés contre les effets néfastes de ces pesticides». Ainsi, fait-il savoir que dans «la zone des Niayes qui fournit plus de 50% des légumes consommés dans le pays, l’utilisation des produits chimiques expose les producteurs et les consommateurs à des dangers réels relativement à l’ingestion des résidus de ces produits chimiques contenus dans les légumes. Car, la plupart du temps, le temps de rémanence nécessaire à la dégradation des produits chimiques dans les légumes n’est pas respecté». «Ce qui, dit-il, est à la base des accidents liés à l’intoxication alimentaire. Toutes situations qui pourraient être évitées avec l’appui et le développement de l’agriculture biologique.»
Au-delà, la Fenab est satisfaite de l’état actuel de ses cultures. «Nous pensons que d’ici une quinzaine de jours, le maïs que nous cultivons sera arrivé à maturité et pourra être consommé et ce sera du maïs biologique.» Pour dire, selon Ibrahima Seck, que «l’état du développement actuel des plantes permet, sauf extraordinaire, de s’attendre à de bonnes récoltes». «Une situation qui, dit-il, est la conséquence d’une bonne répartition pluviométrique mais aussi de ce qu’au niveau du champ, les semis sont faits sur ce qu’on appelle du sol champion. Pour dire des sols très fertiles qui assurent un bon développement des plantes tout en leur assurant une excellente résistance face aux ravageurs sans qu’on ait besoin de pesticides ou d’engrais chimiques.» Il poursuit, «c’est là la preuve, s’il en était encore besoin, qu’il est bien possible avec une bonne politique agricole, d’arriver à assurer la sécurité alimentaire  tout contribuant à la protection de l’environnement et à la lutte contre les changements climatiques par la séquestration du carbone du sol et la réduction des gaz à effet de serre. Si on avait une culture de masse à grande échelle, on aurait un important puits de carbone qui participerait à la lutte contre les changements climatiques mais aussi une protection agricole saine et sans risque pour la santé tant humaine qu’animale».
nfniang@lequotidien.sn

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