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Membre influent de la Société civile et par ailleurs opérateur économique, Ibrahima Sory Diallo a donné son point de vue sur la situation du pays de manière générale. De la dissolution du gouvernement en passant par la recrudescence notée dans l’émigration clandestine, le directeur de l’Ecole des mines vertes a jeté un regard qui en dit long sur la gestion du pays qui, à plusieurs endroits, n’a pas été satisfaisante.

Quelle appréciation faites-vous de la dissolution du gouvernement ?
J’apprécie à sa juste valeur la dissolution du gouvernement. Depuis un bon moment, il est unanimement reconnu qu’il y a une grande léthargie au sein du gouvernement, depuis 2019 d’ailleurs. Le président de la République a initié de nombreuses initiatives capables de développer le Sénégal. Malheu­reu­sement, il n’a pas les instruments qu’il faut pour mettre en exécution ses initiatives. Et les premiers instruments, c’est le gouvernement. Et c’est dommage !
Dans son groupe, il y a des candidats encagoulés pour la Présidentielle à venir et qui occupent des départements stratégiques, raison pour laquelle, ils n’ont pas suffisamment de temps pour mettre en exécution les initiatives du Président. Ils sont obnubilés par d’autres choses. Ce qui fait que les actions gouvernementales sont traitées en parent pauvre. La conséquence, le pays est en train de tomber très bas. C’est ce qu’a compris le chef de l’Etat pour dissoudre le gouvernement et essayer d’en former un autre avec des hommes et des femmes capables de mettre en exécution ses idées et ses orientations. En homme averti, il a pris la bonne décision, au bon moment parce qu’aujourd’hui, ce qui le préoccupe, c’est le développement du Sénégal, surtout après avoir été fortement secoué par le Covid-19.

La recrudescence de l’émigration clandestine, n’est-elle pas la conséquence de ce que vous dites ?
C’est l’illustration parfaite des échecs de plusieurs politiques et de plusieurs départements ministériels. On partira des questions de surveillance de nos frontières jusqu’aux politiques d’emplois, aux politiques sociales qui devaient soutenir ces jeunes. Ils constituent une réelle richesse s’ils sont aidés.
Le Covid-19 a fait que plusieurs pays de l’Europe ont perdu leurs bras et en ont actuellement besoin. Aujourd’hui, le Sénégal n’a peut-être pas conscience de cette richesse que constituent les jeunes, pour autant, eux, ils ont la claire conscience qu’ils forment une richesse. Et dès lors qu’ils sentent que d’autres pays ont besoin d’eux, s’ils entrevoient une possibilité, ils s’en vont. C’est clair !
La situation, qui se présente aujourd’hui, est la manifestation parfaite de l’échec de plusieurs politiques en matière d’emplois des jeunes. Et, le président de la République, s’étant redressé, a décidé de faire face à la situation, ce qui l’a amené à dissoudre le gouvernement pour composer un autre avec des gens plus à même d’apporter des réponses urgentes à la situation.
Il y a beaucoup d’initiatives dans le pays, malheureusement, elles ne sont pas suivies par les acteurs étatiques qui ont l’esprit ailleurs parce que obnubilés par tout autre chose. En tant qu’acteur de la Société civile et opérateur économique, je pense que le chef de l’Etat a tout à fait raison de dissoudre le gouvernement pour lui donner une nouvelle impulsion.

Directeur de l’école des mines vertes, êtes-vous d’avis que l’agriculture peut contribuer au développement du Sénégal ?
J’ai fait 20 ans de développement communautaire dont 16 ans consentis dans le plaidoyer des industries extractives. En effet quand on parle de mines, on parle de richesses. 20 ans après, les mines classiques n’ont rien apporté, elles n’ont pas réussi à changer même dans les villages où opèrent les entreprises minières, le visage socio-économique des populations.
Les mines vertes, elles, c’est le sol, c’est le travail que nous tous avons appris de nos parents. Ce sont des mines qui existent partout et dont l’accessibilité n’a pas besoin d’études en géologie. Nous avons le soleil, la terre, l’eau de nappe, l’eau de surface et les bras nécessaires. Malheu­reu­se­ment, ces potentialités ne sont pas transformées en opportunités.
Aujourd’hui, du monteur de grillage au laboureur, jusqu’au foreur, à celui qui fait l’irrigation en passant par la serveuse, c’est un ensemble de métiers qui partent de l’agriculture. C’est pourquoi nous pensons que et, d’ailleurs le Président l’a compris, en attestent ces derniers messages qui appellent tous à un retour vers l’agriculture. C’est une mine verte qu’on retrouve à chaque mètre carré dans le pays.
Malheureusement, prenant le cas de la zone Sud-est, c’est la manifestation de l’échec des politiques publiques en matière d’agriculture. Je pense qu’il est actuellement urgent que le président mette l’homme qu’il faut au département de l’Agriculture pour mieux booster le secteur et contribuer à la nourriture des populations et à la génération de plus de devises pour les agriculteurs eux-mêmes. Cela réduirait aussi le chômage car, beaucoup de gens vont trouver de l’emploi et notre paysannat serait très attractif.
D’ailleurs, j’ai récemment discuté avec des partenaires européens qui m’ont dit qu’ils auront bientôt faim et ils viendront chercher de la nourriture en Afrique. Et, à observer la situation de l’Afrique de l’Ouest, il n’y a que le Sénégal qui connaît une stabilité. Si le Sénégal a faim, ce ne sont pas les autres pays en conflit qui vont donner à manger car, eux, ils n’ont pas le temps de cultiver. C’est pourquoi, stratégiquement, le Sénégal doit mettre le focus dans l’agriculture.
J’ai ouvert une école de formation sur les métiers de l’agriculture depuis un an. Cependant, jusque-là, aucune aide de l’Etat ne m’est parvenue alors que je forme 150 jeunes sénégalais qui ont décidé de retourner vers l’agriculture. Si les autorités du pays ne prennent pas garde, tous les jeunes vont se lancer dans l’émigration clandestine, quitte à mourir en route. Car on sent que l’urgence est ailleurs et non dans la valorisation des ressources humaines. Et c’est dommage !

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