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Idrissa Diabira, dg Adepme.

L’Agence de développement et d’encadrement des petites et moyennes entreprises a déjà reçu des centaines d’appels, plus de 1 500 messages ou e-mails et près de 300 questionnaires remplis via le «chatbox» sur la plateforme senegalpme.com à la faveur de l’initiative «Aar sunu kom kom» ou «Sauvons nos Pme» lancée le 2 avril dernier. Certains expriment leur désarroi face aux difficultés à payer le personnel, celles à faire fonctionner leur Pme face à la crainte de contamination ou à payer leurs échéances comme des prêts à la banque. La révélation est du directeur général de l’Adepme qui s’est entretenu avec nous par téléphone. Idrissa Diabira évoque, entre autres points, la stratégie mise en place par l’Adepme pour soutenir les entreprises touchées par le Covid-19.

Quel est le rôle que l’Adepme compte jouer dans la mise en œuvre du Programme de résilience économique et sociale ?
L’Adepme abrite historiquement la cellule «Entreprises en difficulté», mise en place par le gouvernement. Sa principale mission est d’instaurer une coordination entre divers organismes susceptibles d’intervenir dans la prévention et le traitement des entreprises en difficulté. Elle doit désormais disposer, avec l’appui de Force Covid-19, des moyens d’agir à la hauteur de la crise. C’est indispensable, car malgré tout elle fonctionne au jour le jour et nous sommes sollicités par les entreprises pour de la restructuration, des conseils, des avis, de l’intercession vis-à-vis des institutions fiscales, sociales ou bancaires, afin de pouvoir aménager certaines dispositions. La semaine dernière, les usines de fabrication de glace dans le département de Mbour m’interpellaient pour intercéder en leur faveur quant à des mesures urgentes à prendre par rapport à la facture d’électricité et l’indispensable moratoire à trouver avec la Senelec. Leur activité a en effet baissé de plus de 70%. Nous sommes chaque jour interpellé et notre mission est d’être à l’écoute des Pme en difficulté, et davantage encore en temps de crise. Le positionnement de l’Adepme est d’être une agence d’exécution des projets/programmes des départements ministériels et des partenaires. Ces derniers nous font confiance pour cette capacité que nous avons développée. Dans le cadre du Programme de résilience, très fort en termes de réaction publique, notre rôle est d’aider de facto et en priorité les entreprises en difficulté systémique dans les différents secteurs touchés, car les Pme sont 99,8% des entreprises. Mais sans attendre sur les instructions du ministre du Commerce et des Pme, nous jouons notre partition, car l’urgence et la survie des Pme le commandent.

Quel est le nombre d’appels que vous avez reçus depuis le début de la pandémie ?
Nous avons déjà reçu des centaines d’appels, plus de 1 500 messages ou e-mails et près de trois cent questionnaires remplis via le «chatbox» sur la plateforme senegalpme.com à la faveur de l’initiative «Aar sunu kom kom» ou «Sauvons nos Pme», lancée le 2 avril dernier. Certains expriment leur désarroi face aux difficultés à payer le personnel, celles à faire fonctionner leur Pme face à la crainte de contamination ou à payer leurs échéances comme des prêts à la banque… J’entends beaucoup de souffrance et de crainte quand votre activité est stoppée ou que vous ne pouvez plus subvenir à des besoins essentiels. J’entends aussi, malgré tout, beaucoup de dignité, de patriotisme et d’espoir de lendemain meilleur. Je faisais visiter à Mme le ministre du Commerce (Assome Aminata Diatta : Ndlr) certains dirigeants de Pme dans la région de Dakar, de la Médina à Keur Massar, en passant par la Sodida. Ils souffrent, mais certains ont trouvé la force de réorienter leurs activités pour apporter des solutions en masques, tissus ou plastiques, en gels hydro-alcooliques, en savons etc. L’Africain, le Séné­galais en particulier, est résilient, avec dignité il fait face…

Est-ce que ces Pme ont reçu un appui de l’Etat pour mieux contribuer à la lutte contre le Covid-19 ?
Pas encore directement, mais les mesures de report fiscal, social, annoncées par le chef de l’Etat, sont des appuis indirects, idem pour les mesures de la Bceao, tous les services, institutions ont été enjoints, malgré la crise, d’être à l’écoute et d’être diligents pour sauver nos entreprises. Les modalités de mise en œuvre des autres appuis sont en cours au niveau national comme à notre niveau. Depuis deux semaines par exemple, avec la Fédération nationale des professionnels de l’habillement (Fenaph), des hommes admirables, nous conduisons, avec le projet de mobilier national, un projet de production massive de masques pour que les personnes les plus exposées, c’est-à-dire au sein de l’Etat les forces de défense et de sécurité notamment. Nos partenaires techniques, notamment la Giz, l’Afd (Agence française de développement), la Banque mondiale ou l’Union européenne, ont accepté de nous appuyer dans cet effort essentiel comme dans d’autres. Il y a de multiples urgences : la première est le report de toutes les échéances possibles pour les Pme dans cette période d’inactivité généralisée, la seconde est l’urgence sanitaire et alimentaire. Nous devons aider à protéger les citoyens et assurer leur alimentation. Le secteur privé, dans sa diversité, bien que très durement atteint, a un rôle majeur à jouer et le chef de l’Etat entend s’appuyer sur toutes ces forces pour vaincre le Covid-19.

Ces masques sont-ils destinés à une catégorie bien précise et à quel prix ?
Il y a plusieurs natures de masques. Il y a d’abord les masques pour le personnel soignant. Ce sont des masques extrêmement réglementés qui répondent à des normes particulières. Mais pour faciliter leur usage par cette catégorie, il faut faire baisser la pression sur ceux-ci et encourager la production massive de masques dits barrières, lavables, dont les normes sont édictées, notamment par l’Afnor, l’Agence française de normalisation et très prochainement par l’Agence sénégalaise de normalisation (Asn). Aucun pays n’a le luxe, pour toute sa population, de n’avoir que des masques chirurgicaux jetables toutes les trois heures. Le chef de l’Etat a appelé à ce que nous pallions cela avec les acteurs de la filière textile/habillement sénégalaise dont la compétence est mondialement reconnue. Certains tissus et certaines règles permettent d’avoir des masques barrières très efficaces. C’est un apport de la filière à l’effort de guerre sanitaire, malgré les temps très difficile. Les prix ont vocation à être modiques, l’appui des partenaires permettra d’ailleurs d’en mettre gracieusement à disposition des personnes les plus exposées par le biais notamment des gouverneurs. Aux quatre coins du monde, les pays s’organisent. Et si nous pouvons manquer de beaucoup de choses, ce n’est ni d’expertise ni de créativité pour stopper la propagation. J’appelle surtout à la responsabilité de chacun en respectant les consignes et les gestes barrières, ainsi vous vous protégez et vous protégez vos proches et la Nation.

Est-ce que l’Adepme pense déjà à établir une stratégie pour soutenir les Pme touchées par le Covid-19 ?
Absolument, elle est en cours et elle a plusieurs dimensions. J’ai évoqué les urgences financières, sociales, fiscales. Il faut aider les Pme en aidant aussi les institutions disposant d’un portefeuille Pme pour préparer les indispensables restructurations massives à venir. Il y a aussi l’appui au secteur privé et Pme pour faire face à la crise sanitaire. J’ai parlé du secteur textile/habillement, mais d’autres secteurs aussi peuvent jouer un rôle essentiel. Un dirigeant sénégalais de start-up travaille actuellement très fort, dans la même dynamique que ses collègues du Mit aux Etats-Unis, à la fabrication d’un respirateur répondant aux normes requises et dont la construction serait réalisée totalement au Sénégal. Imaginez l’impact que cela aurait en termes de souveraineté. Nous devons l’aider à aller plus vite. Nous avons aussi des projets dans des secteurs stratégiques comme l’agroalimentaire, le médical ou le numérique. D’ailleurs, la digitalisation revêt une importance fondamentale pour assurer la continuité des activités, mais encore plus pour notre rapport avec 97% de nos entreprises qui sont informelles, c’est-à-dire disposant d’un système de gestion de leur comptabilité. Je pense que nous pouvons, à cause ou grâce à cette crise, si nous savons nous y prendre, en lien avec les acteurs concernés, construire un nouveau contrat social avec elles et passer à 30 voire 40% d’entreprises formalisées dans les mois et années à venir. C’est une occasion historique de résoudre nos problèmes structurels et préparer les conditions de réussite d’une forte relance de notre économie en relevant deux grands défis qui demeurent : l’informalité et l’absence d’outils de financement adaptés au développement de nos Pme. Alors, nous disposerons de champions dont notre économie a besoin pour poursuivre notre chemin vers l’émergence. L’Adepme ajuste donc sa stratégie et son projet «Aar sunu kom kom», dans le sillage du Pres, à cette crise et à l’après-crise sur trois principaux éléments : protéger nos Pme, combattre la pandémie avec l’appui de Pme et enfin préparer des réponses de fond pour le développement de notre économie par nos Pme. Au niveau de la communication de crise, nous avons commencé avec senegalpme.com. Cette semaine, nous débuterons des Facebook lives d’écoute, de conseils d’experts et de réflexions. La crise doit nous obliger à écouter, à penser, à innover et à préparer l’avenir, car à toute chose malheur est bon. Le chef de l’Etat a initié quelque chose d’historique au Sénégal en construisant le lien social avec la population la plus pauvre, souvent ignorée, avec notamment la Bourse de sécurité familiale, la Couverture maladie universelle ou le Pudc (Pro­gramme d’urgence de développement communautaire : Ndlr). C’est ce qui permet aujourd’hui de toucher en appui direct alimentaire 1 million de familles. La crise ou l’après-crise doit permettre d’élargir ce lien avec notre secteur informel.

Quelle sera la contribution de l’Adepme dans cette guerre sanitaire ?
Notre contribution, c’est l’action, la réflexion et l’articulation. Elle est déjà effective et elle va s’amplifier à la faveur de la confiance et des échanges en cours avec les principaux acteurs concernés. C’était déjà le sens de la mise en place du réseau «Sénégal pme» à la suite des travaux de l’Ansd sur le recensement général des entreprises initié fin 2017. J’ai une conviction, celle qu’exprimait un père fondateur européen, Jean Monnet : «Des transformations considérables peuvent intervenir si l’on oriente l’esprit des hommes vers le point où leurs intérêts convergent.» Il ajoutait surtout : «Ce point existe toujours, il suffit de se fatiguer pour le trouver.» Notre contribution est d’œuvrer inlassablement à faire converger les interventions des différents acteurs d’appui aux Pme pour les rendre plus visibles, lisibles et cohérentes. Je remercie tous ceux qui acceptent de se prêter à cet exercice. Nous n’avons pas le choix, nous devons nous unir pour atténuer les effets dévastateurs d’une crise exceptionnelle qui fera d’énormes dégâts économiques. Notre responsabilité collective est d’être à la hauteur ce moment dramatique, à l’instar de notre corps médical, de nos chercheurs ou du chef de l’Etat qui appelle à l’union sacrée face au Covid-19 et ses effets.

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