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C’était il y a cinq ans nous écrivions ceci : «Quant au tonitruant Idrissa Seck, cet homme attire par son extrême éloquence qui ne dénote pas forcément une grande culture littéraire. Il a certainement lu par-ci et par-là, mais il suffit de l’entendre dire devant le journaliste Abdou Latif Coulibaly, ‘’Périclès a dit’’ pour savoir qu’il n’est pas un grand lecteur. Il devrait dire ‘’le Périclès de Thucydide a dit’’ par exemple. Par ailleurs, lorsqu’il a cité Hamlet dans l’une de ses nombreuses sorties médiatiques, des jeunes étudiants se sont empressés d’aller chercher un écrivain qui s’appelle Hamlet. Ils ne savaient pas (les pauvres !) que Hamlet est un personnage de Shakespeare. Pour solde de tout compte, Idrissa Seck a une réputation surfaite, mais ‘’culturellement’’, il vaut mieux que bien des politiciens, même si l’on sait que se mesurer à la médiocrité n’est pas une ambition.
Des auditeurs avertis parmi nos amis ont affirmé d’ailleurs qu’il n’a pas lu Hamlet de Shakespeare, sinon il ne l’aurait pas cité dans un tel contexte. Hamlet qui ne maîtrise pas son destin et qui croule sous le poids des forces qui l’accablent ne saurait être une référence en politique. Depuis Nicolas Machiavel, on sait que la politique est l’art de contraindre la Fortune par la Vertu. La citation de Hamlet est peut-être un ‘’lapsus linguae’’ qui révèle une forte imprécision entre la fortune et la vertu chez l’homme. Idrissa Seck est-il un homme qui croit à la vertu de la nature ou à la fortune des événements ? La lecture dans Plutarque des vies de Nicias, qui se cachait derrière la fortune, et Sylla qui mettait toujours la fortune en avant l’aiderait peut-être à comprendre et à se déterminer.» Tel est le passage que nous avions consacré à Idrissa Seck, il y a bien des années dans notre texte intitulé «Mais que lisent les hommes politiques ?».
L’erreur parmi tant d’autres aujourd’hui est de dissocier la face politicienne de l’homme Idrissa Seck de son parcours social, sa personne et ses graves dérapages sur le caractère sacré et coraniquement fondé de la Kaaba comme direction pour la Umma islamique et lieu de pèlerinage. Dans nos pays francophones, la légèreté pousse traditionnellement à négliger le profil des hommes politiques, l’idiosyncrasie des hommes publics, leurs forces, leurs faiblesses. Qui est l’homme ? Qu’est-ce qu’il a fait comme études ? Il ne suffit pas de dire, je suis sorti de Princeton en traînant une voix nasillarde «outre-atlantiquement» empruntée, même si ces affabulations marchent au Sénégal. Personne ne sait si Idrissa Seck est juriste, économiste, littéraire ou philosophe. Du moins, personne ne va vérifier, tellement il est devenu impensable que cet homme traîne une réputation surfaite. Idrissa Seck n’est pas un homme sûr et transparent. Il préfère l’intelligence au travail, à la culture et à la lecture profonde. C’est un homme de parade et de surface.
Cette terrible complaisance nous a souvent emmenés à des déceptions et surprises que l’on vient de noter ces derniers jours. Qui n’a pas approuvé ses citations coraniques intempestives et impertinentes, surtout parmi ceux qui lui jettent la pierre aujourd’hui ? Les musulmans sénégalais aiment tellement l’islam qu’ils sont même prêts à se laisser tromper au nom de leur religion. Lorsque, dans une querelle avec Me Ousmane Ngom, il a renvoyé les gens à un verset du Coran pour insinuer que l’homme est né hors mariage, ce qui est faux, les oulémas sénégalais qui seuls peuvent «décortiquer» cette injure blasphématoire drapée de versets coraniques n’ont pas réagi. Lorsqu’il a comparé la victoire de Abdoulaye Wade (sa victoire) à Fath Makka, le retour victorieux du prophète Mohamed (Psl) à la Mecque, personne n’a relevé la comparaison grossière et impolie. S’il était un homme qui écoute, il aurait su qu’à un moment donné, les Sénégalais musulmans, désemparés anti-laïcité, étaient prêts à lui offrir une sorte de délégation sentimentale. Voilà qui explique même tant de tolérance vis-à-vis de ses dérapages verbaux. Idrissa ignore notamment la hiérarchie sentimentale des musulmans sénégalais, chez qui la Kaaba, la Mecque et la figure du prophète (Psl) trônent au-dessus de tout. Au Sénégal, on ne s’amuse pas avec ça !
Mais Idrissa Seck vient de franchir le Rubicon au propre comme au figuré. Cette sortie malencontreuse et gravissime du point de vue du dogme musulman est loin d’être anecdotique. Il a touché le dogme musulman expressément, qu’il s’attende donc à des réponses dogmatiques. Et les analystes qui disent qu’il a marqué des points en marketing politique en réussissant à faire parler de lui partout dans le monde sont d’une banalité et d’une méprise incroyables. Ceux qui avancent cette idée qui relève du truisme scolaire et banal d’apprentis politologues ont tout faux. Ils sous-estiment la force et la capacité de réaction du groupe musulman. Ils ne savent absolument rien de la diplomatie du monde musulman. La plupart de ces analystes et Idrissa Seck, lui-même, pensent certainement que la Umma ne peut pas faire et défaire et qu’il vaut mieux aller avec le groupe sioniste. Ils se fourrent le doigt dans l’œil et c’est ce que le sieur Idrissa Seck vient de faire. Le 3 juillet 2011, dans un texte intitulé «Idrissa Seck ou la maladresse des habiles», nous écrivions la chose suivante : «Il est des hommes qui cherchent tellement l’habileté et la ruse qu’ils en deviennent maladroits et presque tortueux. L’homme politique thiessois, Idrissa Seck, appartient peut-être à cette catégorie.» Et il vient de le démontrer à ses risques et périls en s’attaquant à la lettre du Coran (À suivre)…

2 Commentaires

  1. Quelques faits de notre vie commune à Thies:
    1. Idrissa Seck a échoué à son premier concours d’entrée en sixième. Déjà signe de suffisance exagérée ?
    2. Sa maman était d’une gentillesse réelle et nos mamans du quartier l’aimaient bien. Qu’elle repose en paix !

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