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Directeur du laboratoire de l’imaginaire de l’Ifan (Institut fondamental d’Afrique noire), auteur de plusieurs ouvrages sur le thème de l’imaginaire et la divination au Sénégal et d’une thèse de doctorat d’Etat en philosophie «Divination, marabout et destin», le professeur Ibrahima Sow est décédé samedi dernier à Dakar. Pour l’Ifan et le monde universitaire, c’est un symbole de l’imaginaire qui s’effondre.

Décédé samedi dernier à Dakar, Ibrahima Sow était le directeur du Laboratoire de l‘imaginaire de l’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad). Il a aussi enseigné la philosophie africaine à l’Ucad, et était connu des médias pour ses différentes interventions sur des thèmes touchant surtout à l’art divinatoire, à l’imaginaire et au maraboutage. Auteur d’une thèse de doctorat d’Etat en philosophie sur le thème «Divi­nation, marabout et destin» et de plusieurs autres ouvrages sur le même thème : «La symbolique de l’imaginaire, la divination par le sable, Maraboutage au Séné­gal…», le professeur Sow avait en effet tissé tout une théorie autour de l’imaginaire sénégalais et par delà africain. Lui-même expliquait son attachement à ce monde imaginaire au cours d’une interview en ces termes : «Le monde de l’imaginaire englobe, entre autres, les représentations, les rêves, les croyances, toutes les sortes de croyances, religieuses, magiques, animistes, qui guident nos us et coutumes, nos pratiques au quotidien. J’ai un fort penchant, certes, pour l’herméneutique, pour tout ce qui demande à être décodé et qui ne va pas de soi, car, toujours, pour le philosophe, le besoin critique, le besoin irrépressible de dévoilement du sens profond des choses prédomine sur la certitude, sur ce qui est apparent. Mes ouvrages sur l’imaginaire sont, ainsi, commandités par l’ambition de pénétrer, pour la comprendre, cette extraordinaire propension des Sénégalais, non pas certes à défier  la réalité concrète et de la raison, mais de trouver des sens existentiels fondateurs et justificatifs à des réalités du monde qui est le leur, et qu’ils ne croient, parfois, n’être spécifiques qu’à eux.»
Au-delà de cette volonté de sonder l’insondable, les devins et autres thaumaturges et experts de l’irrationnel, prisés par la population, femmes, hommes politiques, artistes-chanteurs…; l’auteur de la rubrique «Sénégalaiseries» des «Cahiers de vacances» du défunt journal «Populaire» pensait qu’en vérité, le monde des Sénégalais est un monde qui s’inscrit fondamentalement dans la magie, dans des pratiques, davantage magiques que religieuses. Ils recouraient à toutes sortes de pratiques telles que la divination, le sacrifice, l’offrande, l’incantation, la prière, voire en usant d’actes illicites : maraboutage et pratiques quasiment moyenâgeuses. Entre les gaaf et autres superstitions qui occupaient une si grande place dans le vécu des Sénégalais à cause du besoin qu’a l’être humain de se rassurer et d’être rassuré et de s’inventer des raisons de vivre et de pallier l’angoisse qui l’habite, l’angoisse de mort essentiellement, Ibrahima Sow préconisait une rééducation de la société, «c’est impératif !», disait-il, et qu’il fallait «tout un programme de ruptures fondamentales à initier».
Dans un de ses autres ouvrages, «Appel à la révolution politique et civique au Sénégal», le philosophe s’intéressait à la politique et préconisait au président de la Répu­blique d’instaurer le mandat unique. Aux yeux d’un de ses admirateurs, Pape Cissokho, Ibrahima Sow fut éloquent, tranchant dans ses analyses, et actif pour désaliéner le citoyen sénégalais sans ménager les politiques. Il va manquer aux Sénégalais et aux intellectuels sénégalais qui ont appris avec lui à penser l’imaginaire africain. Avec lui, de nombreux jeunes ont appris à suivre et à aimer la philosophie.
aly@lequotidien.sn

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