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La crise sans précédent qui secoue le Parti socialiste se rapproche dangereusement du seuil d’irréversibilité. Et à ce titre, elle interpelle tous les segments de cette formation politique dont l’histoire se confond avec celle du Sénégal pré et post-indépendant.
La tension est tellement vive maintenant qu’au-delà des militants socialistes, l’onde de choc touche les sympathisants du parti voire de simples citoyens intéressés par la chose politique de par leur activité présente ou passée, leur formation, leur parcours intellectuel, leur penchant militant ou idéologique.
Fort de ce constat et en notre qualité d’ancien secrétaire général de l’Union régionale Ps de Kaolack (2007-2014), où l’on a beaucoup parlé le samedi 16 décembre 2017 de renaissance du parti, nous avons cru devoir apporter notre modeste contribution à la réflexion et à l’action, à l’effet de susciter une prise de conscience individuelle et collective susceptible d’enrayer la montée des périls au sein de notre formation politique, périls qui, s’ils ne sont pas endigués, vont fatalement déboucher sur une implosion de celle-ci.
Sous ce rapport, lieu ne pouvait être plus indiqué que la ville de Kaolack (où en octobre 1948 le Président Léopold Sédar Senghor et ses illustres compagnons, dont un certain Ibrahima Seydou Ndao Jaraaf, ont créé le Bds qui, par fusions/absorptions successives a donné naissance au Bps, à l’Ups et au Ps en 1976), pour organiser un grand rassemblement de remobilisation de la base rurale du parti, et l’amener à faire jonction avec ses segments urbains, à l’effet d’amplifier au maximum l’alerte au tsunami qui guette cette organisation.
Si l’on n’y prend garde, le 70ème anniversaire du Ps en octobre 2018 est parti pour être fêté dans une totale désunion pour ne pas dire dans la dispersion.

Que constate-t-on présentement au Ps ?
Depuis les années 2012-2013, le Parti socialiste est devenu un parti souteneur qui glisse inexorablement vers la cohorte des partis qui ne servent plus à rien sinon qu’à entretenir une nomenklatura dont l’exercice favori est de tromper ses militants de base en leur faisant croire que son bien-être personnel correspond à leur intérêt ; ce qui, on s’en rend compte, est totalement faux.
Une inféodation sans conditions au parti au pouvoir, dictée par un égoïsme de clan que rien ne peut justifier, a conduit à cette monstruosité politique inconcevable qui fait du Parti socialiste le parti le plus précarisé du Sénégal.
En effet, comment peut-on imaginer un seul instant qu’il suffit d’un décret mettant fin aux fonctions de Monsieur Ousmane Tanor Dieng comme président du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) suite à un désaccord avec le président de la République pour que le Ps soit rayé de la carte politique de notre pays ?
C’est tout simplement ahurissant et à y voir de près, il y a vraiment quelque chose de surréaliste dans cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de la tête de notre parti et de son secrétaire général qui, et c’est cela le paradoxe, semble l’accepter de bonne grâce. Mais il ignore que les militants de la plus vieille des formations politiques existantes au Sénégal ne peuvent plus continuer à supporter cette accointance suspecte.
Au rythme où évoluent les choses, le Parti socialiste sera sous peu totalement décrédibilisé en tant que grand parti de gouvernement, car ne participant plus sous sa propre bannière aux joutes électorales nationale et locale ; dans le même temps, ses responsables s’évertuent à dé­fendre et à cautionner des options politiques et des causes dont beaucoup sont antipopulaires, contestables et manifestement aux antipodes de ses valeurs fondatrices.
Qu’on le veuille ou non, cette situation ne manquera pas de se retourner à court terme contre ses dirigeants à tous les niveaux – effet boomerang oblige – car de plus en plus d’électeurs leur reprochent de sacrifier leur honneur et leur dignité sur l’autel de prébendes qui, du reste, ne bénéficient qu’à une infime minorité.
Dans les comités, les sections et les coordinations, instances par excellence d’impulsion, de formation et de maturation de l’engagement politique, le désarroi des militants est palpable. Qu’ils soient partisans de Tanor, supporters de Khalifa, ou non alignés dans l’attente d’un choix difficile face à un dilemme cornélien, tous sont devenus des orphelins déboussolés d’un parti en lambeaux.
Mais que personne ne s’y trompe : la division et la dispersion ne peuvent que conduire à terme à la disparition. Il appartient dès lors à l’autorité morale du parti, en l’occurrence le secrétaire général, de prendre ici et maintenant la pleine mesure de son entière responsabilité dans la survenance d’un tel désastre, afin d’éviter «que l’aiguille ne se perde sous son magistère».
Depuis cinq ans, la direction du parti berne ses militants et autres responsables de base avec des slogans creux du genre «un Ps fort dans un Bby fort», en feignant d’ignorer qu’«en politique, les bons alliés sont les alliés faibles ou affaiblis» ; et pendant que nous Socialistes dormons profondément sous l’effet de telles formules soporifiques, nos supposés partenaires, eux, se rapprochent chaque jour un peu plus de leur objectif décliné ouvertement depuis longtemps, de «nous réduire à notre plus simple expression».
Avec en toile de fond un climat aussi délétère, il n’est pas étonnant que nos projets et programmes politiques les plus en vue soient sans cesse différés, pour ne pas dire renvoyés aux calendes grecques (ou plutôt sénégalaises) du fait que nous n’osons plus nous exprimer, surtout pour affirmer notre différence, de peur d’être «remis à notre place» ou pour parler de manière triviale, d’être rabroués, de surcroît par de jeunes incultes dont l’arrogance le dispute à l’indiscipline.
Les signes avant-coureurs d’un délitement et d’une disparition progressive du Parti socialiste de la scène politique sont visibles ; nous n’en voulons pour preuves que les quelques exemples qui suivent :
_ Les réunions statutaires des instances du parti ne se tiennent plus à date échue en raison de la grande démobilisation qui frappe les militants ; d’où cette léthargie constatée à tous les niveaux de la pyramide institutionnelle ;
_Tous les mouvements intégrés et organes spécialisés du parti ont volé en éclats à l’heure qu’il est, du fait de contradictions internes essentiellement liées à l’affaire Khalifa Sall : Mouvement national des femmes socialistes, Mouvement national des jeunesses socialistes, Mouvement des élèves et étudiants socialistes, Réseau des universitaires socialistes, Vision socialiste, Convergence socialiste, Jeunesse pour la démocratie et le socialisme, Organisation des travailleurs socialistes, Conseil consultatif des sages ;
_ L’Université d’été du parti, jadis creuset ardent où se retrouvaient dans une parfaite symbiose et une grande convivialité cadres politiques de la base et élites intellectuelles à l’occasion de la rentrée politique du parti, est de moins en moins courue et de plus en plus bâclée parce que des invités gênants nous empêchent d’y faire l’apologie de principes et de valeurs dont nous nous réclamons (est-ce encore le cas d’ailleurs ?) ou d’y dénoncer certaines tares, déviances et autres actes de mauvaise gouvernance du régime, sous peine d’être accusés de déloyauté et/ou de manque de solidarité gouvernementale et d’être aussitôt mis en demeure de nous repentir ou à défaut d’être mis à la porte de la coalition aux affaires ;
_ La commémoration de l’anniversaire du rappel à Dieu de Léopold Sédar Senghor dans le cadre de la Journée du souvenir est en train de perdre du souffle et n’offre plus cette ambiance de ferveur militante qui faisait s’y bousculer militants de l’intérieur du pays et de la diaspora ;
_ L’Ecole du parti dont le projet de relance avait été bien accueilli pour l’intérêt qu’il offrait dans le cadre de la formation des militants de base, notamment des zones rurales, risque de se heurter à de sérieuses difficultés de mise en œuvre du fait de la confusion qui règne dans ces bases ;
_ Le projet d’écriture de l’histoire du parti tarde à être concrétisé ;
_ Le projet de promotion de l’entreprenariat Femmes/Jeunes, qui devait se traduire par la création d’un Gie dans chaque comité pour venir en aide aux jeunes sans emploi et aux femmes, est resté jusqu’ici lettre morte ;
A cela s’ajoute le fait qu’au niveau des institutions étatiques dont la gestion relève peu ou prou de notre «responsabilité» (Hcct et ministères dédiés) tous les mauvais points qui y seront enregistrés à l’heure du bilan seront impitoyablement mis sur le compte du Parti socialiste tandis que les succès seront le fruit de la seule «vision» du chef de l’Etat, président de l’Apr (l’exemple de l’Aibd encore frais dans les mémoires est là pour en attester).
Pendant ce temps, du côté de Colobane, plutôt que de tenter de convaincre, ce sont des menaces et des invectives qui sont brandies par des Socialo-apéristes qui, d’ici le mois de juillet, vont se transformer comme par enchantement en Apéristes verts, purs et durs, souvent plus durs et certainement moins purs que les Apéristes marron-beige.
Ce sera à la faveur de la liquidation définitive du parti avec la déclaration de non candidature ou peut-être – sait-on jamais – de l’annonce d’une candidature fantoche dont la vacuité sera tellement flagrante qu’elle ne trompera personne (Cf. la fameuse candidature d’un certain allié de Abdoulaye Wade contre A. Wade en 2007).
A brève échéance, Monsieur Ousmane Tanor Dieng va devoir faire face à une terrible équation à laquelle il ne peut plus se dérober : satisfaire les intérêts d’autres partis et de leurs militants au détriment de l’intérêt de son propre parti et de ses propres militants qui ont sué sang et eau depuis près de 70 ans pour que le Ps vive et même survive à deux alternances au sommet de l’Etat. Cruel dilemme !

2-Vers quoi s’achemine-t-on au Ps ?
La réponse coule de source. Nous allons droit au mur, car les collabos du Ps ont déjà creusé la tombe du parti, mais ils ignorent que c’est tout le Peuple socialiste qui risque d’y être enseveli.
Face à des lendemains aussi apocalyptiques pour notre formation politique, l’alerte lancée depuis Kaolack avec le rassemblement historique du 16 décembre 2017 s’adresse à tous les militants et sympathisants à qui il reste un tant soit peu d’ambition pour le parti, mais aussi et surtout beaucoup de dignité pour eux-mêmes, pour les inviter à se joindre à la lutte déclenchée pour faire barrage aux forces qui ont programmé la destruction du Ps.
Une chose est en tout cas claire : cette exclusion de masse qui se prépare et qui peut être qualifiée de «génocide politique» n’épargnera personne et il serait bon que ceux qui sont derrière ce complot sordide y réfléchissent à deux fois avant de passer à l’acte.
Hélas ! Les signaux que nous captons présentement montrent que ce sont les partisans de la ligne dure (les faucons) qui ont le vent en poupe. Ils n’ont cure de la désintégration du parti dont ils ont acté la mort après l’avoir sucé jusqu’à la moelle, quitte à sacrifier le secrétaire général Ousmane Tanor Dieng et aller faire acte d’allégeance au président de l’Apr.
Nous ne voyons pas en effet comment OTD pourrait survivre à une telle hécatombe en se maintenant à la tête d’un parti délesté simultanément de plusieurs milliers d’électeurs potentiels à la veille d’un scrutin crucial pour sa survie, sans en payer le coût politique, notamment par un revers électoral retentissant en 2019 et dont les dommages collatéraux ébranleraient à coup sûr la coalition Bby.
Dès lors, c’est la problématique de la transition politique et de la passation du pouvoir sous l’ère Tanor qui est posée, et tous les ingrédients du complot pour l’intronisation en catimini de son successeur à la tête du Ps sont réunis.
Le scénario ayant fini d’être écrit, le décor campé, les acteurs choisis et triés sur le volet, il ne reste plus qu’à passer à l’acte final de ce projet ignoble qui débute avec la tentative de mise à mort politique de Khalifa Sall, injustement pointé du doigt depuis 2009 comme l’empêcheur de tourner en rond par les conspirationnistes qui ont planifié la dévolution non démocratique du pouvoir au sein du parti.

3-Que faire maintenant ?
Les Socialistes authentiques qui croient encore aux valeurs de la République (Le Sg du Ps aimait citer Jaurès dans sa fameuse formule «Le Socialisme c’est la République jusqu’au bout») et à la République des valeurs – que nous avons théorisée bien avant un certain TAS – seront certainement d’accord sur ce qu’il faut faire : il faut sauver le Parti socialiste pour sauver la démocratie sénégalaise. Mais c’est le comment qui pose problème.
A cette fin, il faut ouvrir un large débat au sein du parti et ne s’interdire aucune piste de cogitation dans la recherche de la réponse politique appropriée au choix politique non anodin qui nous est imposé à travers un passage en force d’une minorité agissante au détriment d’une majorité silencieuse ; et plutôt que d’agiter des accusations, il faut articuler dans un camp comme dans l’autre une réflexion qui ferait une large place à l’introspection. (Pourquoi pas un autre conclave de Savana ?)
Sous ce rapport, la piste des militants de base, notamment ceux de la première heure, doit être explorée ; il faut donner la parole au Peuple socialiste pour qu’il nous dise ce qu’il faut faire en direction des prochaines échéances électorales, notamment la Présidentielle de 2019. Une telle démarche aurait l’avantage de refonder durablement notre compagnonnage avec les partis membres de Bby ou au contraire de l’invalider démocratiquement et en toute connaissance de cause, étant entendu que le cas échéant nous devrons nous tenir prêts à en payer le prix.
Quel que soit l’angle d’attaque du problème, nous pouvons affirmer sans risque de nous tromper que le Parti socialiste est arrivé à la croisée des chemins et il ne fait plus guère l’ombre d’un doute que «l’heure est grave» pour reprendre une formule qu’affectionnait particulièrement son père fondateur en certaines occasions difficiles de son histoire et de celle de notre pays.
Le temps est venu pour les militants de base de reprendre leur destin et leur formation politique en main, et de dire haut et fort ce qu’ils en pensent et ce qu’ils entendent en faire, au lieu de laisser un groupe d’opportunistes avides de pouvoir, dont la légitimité n’est pas avérée, les manipuler à sa guise et selon sa volonté, à travers des instances devenues des coquilles vides.
Cela est d’autant plus vrai que le risque est grand et tout à fait réel que le parti soit dans l’incapacité de tenir un Congrès d’investiture crédible en juin 2018 à l’issue d’une vente de cartes transparente et d’un renouvellement sans contestations majeures de ses structures de base.
A partir de ce moment, la direction du parti est solennellement interpellée pour qu’elle fasse organiser dans les meilleurs délais, par une commission ad hoc neutre et indépendante, une consultation libre, sincère et transparente au niveau des coordinations et au cours de laquelle on demanderait aux 27 mille 600 militants de notre fichier électoral qui avait servi à recueillir l’avis de la base en direction des Législatives du 30 juillet 2017 de se prononcer sur deux (2) questions :
Première question: Etes-vous ou non d’accord que Khalifa Sall et ses partisans soient exclus du Parti socialiste ?
Si la réponse est oui, j’invite le camarade Khalifa Sall et ses partisans – à commencer par moi-même – à tirer toutes les conséquences d’une telle décision, notamment en quittant immédiatement le parti sans autre forme de procès ;
Deuxième question: Etes-vous ou non d’accord que le Parti socialiste n’ait pas de candidat propre à la Présidentielle de 2019 et que le candidat de Bby soit son candidat ?
En cas de réponse négative, qui serait, selon vous, le meilleur candidat du Parti socialiste à cette élection ?
Au demeurant, la direction du parti avait clairement laissé entendre pour s’en auto-glorifier que le recours à ce mécanisme de saisine de la base serait systématique pour les scrutins à venir, notamment la Présidentielle de 2019. C’est donc le moment de reprendre l’exercice, de manière à clore définitivement le débat sur notre ancrage à Bby et notre participation en tant que parti souverain et indépendant au scrutin présidentiel de 2019.
Nous sommes fondés à croire que Monsieur Ousmane Tanor Dieng ne pourra pas se soustraire à ce devoir de vérité, car c’est lui-même qui disait en substance, il n’y a guère longtemps, qu’«en politique et surtout en démocratie, le dernier mot revient à la base. Ce que disent les militants, c’est ce qu’il faut faire». C’était à l’occasion du débat sur l’investiture de Monsieur Aliou Sall pour conduire la liste des députés de Bby dans le département de Guédiawaye.
Dans le contexte politique qui caractérise actuellement notre pays, où l’incertitude de l’avenir et la mouvance de l’opinion et des forces structurées sont les choses les mieux partagées, le Ps pourra-t-il trouver en son sein les ressorts humains, organisationnels et politiques capables de le sortir de l’impasse qui le guette et de le remettre à l’endroit pour aller vers des conquêtes électorales plus conformes à sa trajectoire historique et pour être en phase avec les nouvelles exigences démocratiques que notre Peuple doit franchir dans sa marche vers le progrès, dans tous les domaines ?
Pour ma part, je demeure convaincu que Khalifa Sall incarne l’avenir du Parti socialiste. Pour un nombre insoupçonné de militants et pour une frange importante de sympathisants du parti, il est l’homme de la situation, le responsable le plus apte à l’heure actuelle à fédérer les énergies, à cristalliser les espoirs et à susciter une nouvelle passion pour la renaissance du Ps, de sorte que l’arbre socialiste planté jadis par Senghor et ses compagnons reverdisse et reprenne toute sa place dans le paysage politique sénégalais en contribuant, à côté d’autres arbres tout aussi résistants et feuillus, à y étendre son agréable ombrage.
Sambou Oumané TOURE
Secrétaire Général sortant de l’Union Régionale PS de Kaolack
Membre du Bureau Politique
Membre du Comité Central

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