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Depuis trois mois, le système de santé a été presqu’exclusivement orienté vers la prise en charge des malades du Covid-19, même si des centres de traitement extrahospitaliers ont été érigés en urgence face à la saturation des structures sanitaires. A cause des mesures restrictives toujours en cours dans le domaine du transport et la peur de l’hôpital, certains souffrent dans le huis clos de leur domicile en étant dans l’incapacité d’honorer leur rendez-vous médical.

Il y a des récits plus glaçants que la littérature sur le Covid-19. Pris au piège par l’Etat d’urgence et ses contraintes comme l’interdiction du transport inter-régional, ils sont des milliers de malades qui n’ont pas pu rallier la capitale ou d’autres centres de référence pour leur suivi médical. «J’ai un garçon de 15 ans qui devait revoir son médecin le 5 avril dernier. On ne peut pas bouger de Louga», exprime cette quadra en quarantaine dans le Ndiambour. Son garçon est retombé dans ses crises anxiogènes, son état de santé décline alors qu’il laissait entrevoir des lendemains heureux. «C’était un rendez-vous de 6 mois parce qu’il y avait une certaine amélioration. Aujour­d’hui, les médicaments qu’il prenait ne sont plus efficaces et je ne sais pas si on doit doubler ou non la dose.» Dans l’attente de la levée des dernières restrictions liées au déplacement interurbain, elle redoute le pire : «Si la reprise du trafic avec Dakar n’arrive pas rapidement, mon enfant risque d’être interné à l’hôpital psychiatrique de Thiaroye si on y retourne.» Sombre perspective pour une maman qui n’a jamais abdiqué. «Là ça devient intenable à cause de cette pandémique. Mon garçon souffre», dit-elle. Même si la vie de l’hôpital continue, certains rendez-vous médicaux sont annulés, d’autres sont maintenus, annulés ou retardés.
Au milieu de la tempête Covid-19, les agents de santé tentent de tenir face au vent. A la fin de ce tragique feuilleton sanitaire où la mission des soignants est sublimée, les hôpitaux risquent de connaître un nouvel afflux de patients.
En attendant, la peur se mêle à l’incertitude chez certains patients. «Je ne sais pas ce que je peux faire. Mon rendez-vous chez le psychiatre est dépassé depuis plus de trois semaines, mais il n’y a pas moyens de bouger de Matam.» Il reste une fenêtre : l’obtention d’une autorisation de circuler. «Oui c’est possible, mais il faut être capable de se déplacer jusqu’à la préfecture. Nous sommes loin des centres urbains et il n’y a pas de véhicules parce qu’ils sont immobilisés. Ce n’est pas rentable. Les gens sont obligés d’attendre encore, espérant que les mesures d’interdiction de circulation seront levées», précise un quinquagénaire, bloqué dans la région de Saint-Louis. Un autre patient renchérit : «J’ai une autorisation, mais je n’ai pas de véhicule pour me rendre à Dakar. Certains ont pu partir parce qu’ils ont pu embarquer dans une ambulance à cause de la gravité de leur cas.» Cette situation est tout à fait inédite et les ressorts en sont peu connus.

Alerte
Pour l’instant, il n’y a pas d’études scientifiques même si l’Agence nationale de la statistique et la démographie (Ansd) a publié une note «pour élucider le contexte d’évolution du Covid-19 au Sénégal par rapport aux maladies chroniques». Selon elle, les résultats de Steps 2015 montrent que la prévalence globale du diabète est de 3,4% chez les personnes âgées de 18 à 69 ans. On constate que les hommes sont légèrement plus touchés que les femmes (3,5% contre 3,2%). Alors que celle globale de l’hypertension artérielle chez les adultes de 18-69 ans est de 29,8% alors que les femmes sont plus touchées que les hommes. Les «Infections respiratoires aiguës (Ira) chez les enfants de moins de 5 ans, particulièrement la pneumonie, constituent l’une des premières causes de mortalité des enfants dans les pays en développement».
Or les médecins commencent à s’inquiéter du manque de consultations et craignent un effet un rebond lors de la fin de la pandémie actuelle. Cette étude montre l’urgence qu’il y a à réorienter les stratégies pour sauver les vies des autres patients. Bien sûr, jamais l’attention de l’ensemble du corps médical ne s’est autant focalisée sur une seule pathologie ou a occupé autant de mois l’espace public. Selon un médecin de l’hôpital de Fann, on ne peut pas estimer le nombre de personnes qui meurent tous les jours pour défaut d’accès aux soins tels que la dialyse et d’autres qui succombent de maladies liées à l’Accident vasculaire cérébral (Avc). Aujourd’hui, dit-il, «la maladie à coronavirus a créé une psychose telle que les patients ne se rendent plus à l’hôpital. Il s’y ajoute les mesures drastiques prises par l’Etat, interdisant la circulation des personnes d’une région à une autre». D’ailleurs, il a toujours validé l’option de laisser le virus «circuler au lieu de paralyser le fonctionnement des autres services». «Le Covid-19 n’a pas encore de traitement spécifique si ce n’est administrer aux patients de la chloroquine. Par contre pour les autres pathologies, elles requièrent un traitement bien connu et bien prouvé par la médecine.» Cela rappelle les ressources investies dans la bataille contre cette pandémie pour soutenir à bout de bras un système de santé dont les faiblesses ont été toujours ignorées.

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