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Nadjirou Sall, président du Cncr.

Le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr) ne s’est pas limité à faire le point des effets néfastes de la crise du coronavirus sur les activités agro-sylvo-pastorales et halieutiques de ses membres (voire l’édition du journal Le Quotidien du vendredi 15 mai 2020). Dans la déclaration qu’ils ont faite la semaine dernière à Podor, Nadjirou Sall, président de cette organisation paysanne, et ses collaborateurs ont égrené un chapelet de propositions pour une sortie de crise. Des recommandations à mettre en œuvre dans le court, moyen et long terme.
Dans le court et moyen terme, le Cncr propose en effet au gouvernement de «procéder dans les meilleurs délais à la distribution des vivres pour soulager les exploitations familiales affectées par la mauvaise campagne agricole et atténuer les conséquences de la période de soudure dans le monde rural, de veiller à l’implication des organisations paysannes dans les comités chargés d’identifier les ayants droit et de superviser la logistique à différents niveaux». Cette proposition est valable pour la distribution de l’aliment de bétail, selon Nadjirou Sall. Le Cncr préconise aussi à l’Etat «d’acheter ou de faciliter la commercialisation de la production invendue des producteurs maraîchers et avicoles, victimes des conséquences engendrées par le Covid- 19, en mettant en place des comités sectoriels, sous la direction du ministère du Commerce, pour identifier les stocks et fixer les prix avec les acteurs. Les produits achetés par l’Etat seraient redistribués à travers les kits alimentaires offerts aux ménages vulnérables. L’Etat pourrait accorder ainsi des facilités aux commerçants qui s’engagent dans cette opération pour l’écoulement de la marchandise dans les marchés et à travers les achats institutionnels».

Sécuriser la production de la contre-saison
Dans la même lancée, les acteurs du monde rural invitent l’Etat à «sécuriser la production de la contre-saison dans la vallée du fleuve Sénégal et dans le bassin de l’Anambé. Pour éviter une perte d’une partie de la production avec l’arrivée des pluies, la récolte et le stockage devront se faire très rapidement». Ils proposent aussi d‘éponger «tout ou partie des dettes dues par les paysans aux industriels et à La Banque agricole (Lba) pour préserver le système de contractualisation prometteuse et sécuriser la prochaine campagne agricole. La même célérité à appuyer les entreprises impactées devrait être adaptée aux entreprises du monde rural portées majoritairement par les exploitations familiales, suggère l’organisation paysanne, qui propose au gouvernement de démarrer rapidement la distribution des intrants (semences, engrais, etc.) en revoyant à la hausse la subvention au regard du contexte difficile pour les exploitations familiales et les enjeux énormes de la campagne 2020-2021 pour la sécurité alimentaire au Sénégal et le bien-être des populations rurales».
Les membres du Cncr prônent par ailleurs «le renforcement de l’accompagnement de la production dans les zones où il y a une maîtrise de l’eau : le curage des canaux d’irrigation dans la vallée du fleuve Sénégal et dans le bassin de l’Anambé, la réhabilitation des aménagements vétustes et les périmètres irrigués villageois abandonnés dans la vallée du fleuve Sénégal et y installer les jeunes et les femmes, en subventionnant les intrants et matériels agricoles pour booster la production afin de garantir la sécurité alimentaire au Sénégal». Les responsables du Cncr veulent également que «l’Etat évalue et accompagne le système de contractualisation, liant industriels et opérateurs de marchés, en vue de sa généralisation, mais aussi la subvention du carburant des forages de la zone sylvo-pastorale et la prise en charge la maintenance et la réparation pour un bon abreuvement du cheptel gratuitement ou à moindre coût». Le Cncr invite par ailleurs le gouvernement à «soutenir le plan de relance de la filière avicole à travers la mise en place d’un fonds qui permettra aux acteurs actuels de redémarrer leurs activités durement éprouvées. Ce fonds pourra être utilisé comme garantie auprès des institutions financières spécialisées pour faciliter l’accès au financement». Pour rappel, la filière avicole fait partie des activités qui sont sévèrement affectées par la crise liée au Covid-19. De même que la pêche. Le gouvernement est ainsi invité à «réviser et adapter les horaires de travail dans les quais de débarquement pour permettre aux acteurs de la pêche de mieux s’organiser pour gérer leurs activités dans les meilleures conditions possibles, mais aussi de soutenir la relance de la pêche artisanale à travers la mise en place d’un fonds qui permettra aux pêcheurs et aux femmes transformatrices de redémarrer leurs activités».

Sur le moyen et long terme
Il s’agira, selon le président du Cncr, de «poursuivre et amplifier le renouvellement du matériel et des équipements agricoles des exploitations familiales, mettre en place en collaboration avec les organisations paysannes des comités communaux de recensement des besoins, distribution des unités et de suivi de leur utilisation». Le Conseil national de concertation juge aussi nécessaire de «doter les organisations faîtières ou mettre en place des Coopératives d’usage de matériels agricoles (Cuma) pour ce qui concerne le matériel lourd (tracteurs, moissonneuses-batteuses, etc.), de généraliser l’accès à l’eau d’irrigation complémentaire en milieu rural par un programme ‘’Une exploitation familiale, un point d’eau agricole’’, d’examiner la possibilité d’une diminution sensible du taux d’intérêt débiteur du crédit agricole en l’allégeant de 7,5% à 3% l’an, de bonifier la prime d’assurance agricole à hauteur de 90% en vue de généraliser cette forme de protection de notre agriculture et de ses exploitants familiaux, de renforcer les investissements dans les marchés pour améliorer l’offre de services et assurer le respect les normes d’hygiène et d’évaluer et engager la préparation de la nouvelle Loasp ( Loi d’orientation agro-sylvo-pastorale : Ndlr ) en instaurant un dialogue multi-acteurs basé sur des évidences scientifiques».
Le Cncr est disposé, selon son président, à accompagner l’Etat dans la réalisation de ces propositions à travers des contrats d’objectifs.

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