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De Fanaye à Mbolo Birane en passant par Boké Dialloubé, Mboumba, entre autres communes du département de Podor, l’implantation des Sociétés d’intensification des productions Agricoles (Sipa) est devenue une réalité. A travers ces communes, ces aménagements agricoles s’étendent sur plusieurs ha, et depuis maintenant quatre ans, ils assurent l’approvisionnement des marchés locaux en oignon, pomme de terre, gombo, pastèque, niébé…
Podor, connu pour l’agriculture irriguée avec l’aménagement de grandes surfaces pour la culture du riz, de tomate et d’oignon, est en train de diversifier depuis 2016 grâce à l’implantation des Sipa dans presque toutes les communes du département. Depuis quatre ans, les marchés locaux disposent à des périodes différentes de l’année, des produits qui venaient d’ailleurs. L’approvi­sionnement des marchés du département en produits comme la pomme de terre, la pastèque bon marché était, jusqu’avant l’implantation des Sipa, pour les ménagères, une utopie. La pomme de terre et la pastèque se vendaient jadis très cher dans le département, car elles provenaient d’ailleurs. Aujourd’hui, cette tendance est renversée. Des commerçants des autres régions du Sénégal viennent trouver les producteurs du Fouta dans les Sipa et dans les marchés hebdomadaires pour acheter du gombo, de l’oignon, de la pomme de terre, du niébé et entre autres produits. Ce sont des centaines de tonnes de pomme de terre, de gombo, de pastèque produites dans le département qui envahissent les marchés locaux à des périodes différentes de l’année. Le prix d’un kg de pomme de terre varie entre 250 et 300 francs Cfa. Les productions des Sipa sont à la portée de toutes les bourses.
D’une superficie de 40 ha dont les 31en exploitation, la Sipa de Boké Dialloubé a commencé à approvisionner les marchés locaux depuis sa première année d’exploitation en 2016. Le gérant Hamady indique que sans panne de pompe, leur Sipa fait 3 campagnes par an en pomme de terre, gombo et oignon. Faisant le bilan des productions des 3 campagnes de l’année passée, il informe  qu’ils ont écoulé 135 tonnes d’oignon, 141 tonnes de pomme de terre et de pastèque.  Chaque année, pour démarrer les campagnes, cette Sipa bénéficie d’un crédit de 5 millions de francs de La banque agricole (Lba) et de la Banque nationale pour le développement économique (Bnde). Si la Sipa de la commune «du diéri» est financée par le Projet de développement agricole de Matam (Prodam), celle de Mboumba est une Société à responsabilité limitée (Sarl) avec ses productions de l’année dernière (pomme de terre, gombo, pastèque, arachide), les ventes sont estimées à 19 millions de francs Cfa, d’après Samba Abou Ba, le responsable du domaine. La Sipa de Aéré Lao fonctionnelle aussi depuis juillet 2016, est mise en valeur pour 2 à 3 campagnes par an. Pour les campagnes de 2019, le responsable Abou Sylla décline un bilan de 15 tonnes à l’ha pour la pomme de terre, 10 tonnes de gombo et de pastèque.
Dans la commune de Mbolo Birane qui compte deux Sipa, celle du chef-lieu de commune a démarré ses activités agricoles en avril 2017. Malgré les pannes répétitives de la pompe, A. Sow révèle : «Sur les 3 ha de pastèque, on a pu sauver 60 ares qui ont produit 8 tonnes». Il ajoute : «On vient de récolter 265 kg de niébé et démarrer les semailles de pomme de terre et de l’arachide sur 30 ha pour la campagne après hivernage.»
A quelques km de là, se trouve la Sipa de Boguel. Chérif Ly, le gérant, explique que les jeunes et les femmes de cette localité s’activent pour la campagne de pastèque et de pomme de terre démarrée au début du mois d’octobre.

Réponse à la problématique de l’emploi
Au-delà de l’approvisionnement des marchés, les Sipa du département constituent également une véritable réponse à la problématique de l’emploi des jeunes et des femmes. Malgré la cherté des factures d’électricité, les jeunes et les femmes continuent l’exploitation des Sipa. A Mboumba, 151 personnes participent à l’exploitation de la Sipa, pendant les 3 campagnes annuelles. A Mbolo Birane, c’est un Groupement d’intérêt économique (Gie) composé de 105 membres qui y intervient. Le gérant de la Sipa indique : «Rien qu’avec le niébé qu’on a fini de vendre à hauteur de 800 000 francs, ceux qui avaient en charge cette campagne se sont retrouvés avec un bon revenu et c’est pourquoi ils se sont lancés sur la campagne de pomme de terre». A Aéré Lao, Abou Sylla renseigne : «Nous sommes 5 employés de la Sipa et les autres sont les exploitants et en moyenne c’est près de 60 jeunes et de femmes qui interviennent, selon la campagne». Samba Guissé de la Sipa de Pété, technicien à la Saed à la retraite, indique que 80% des ménages ont au moins un membre qui participe à l’exploitation du domaine. Ce qui le rassure, dit-il, c’est que la majorité des exploitants est constituée de femmes et de jeunes.
Les Sipa continuent d’attirer de nouveaux exploitants, car ceux qui ont tenté l’aventure entre 2016 et 2018 ont fini de montrer que l’agriculture peut non seulement faire vivre, mais aussi être une source d’emplois. Des exploitants de la Sipa de Boké certifient qu’ils gagnent leur vie. Ceux des autres domaines confirment, malgré les désagréments causés par les pannes de pompes et la cherté des factures d’électricité, qu’ils s’en sortent.
Les responsables et les exploitants des Sipa du département demandent tout de même à l’Etat de subventionner l’électricité pour une durée de 2 ans. Ainsi promettent-ils d’assurer l’approvisionnement des marchés du pays en produits variés durant toute l’année. La multiplication de ces domaines dans les départements accompagnés des subventions du prix de l’électricité par l’Etat et l’appui des banques devrait freiner considérablement l’exode rural et réduire le nombre de candidats à l’émigration clandestine.

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