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Des incendies aux noyades en passant par les accidents de la route, le constat sur ces fléaux est unanime. Ces drames se sont produits dans des circonstances liées en grande partie aux défaillances humaines et à la négligence. La trilogie  incendies, accidents de la route et noyades  est en train de prendre une ampleur plus qu’inquiétante à la fois pour les gouvernants que pour les gouvernés. Cette situation nous interpelle et nous a amené à réfléchir sur une   stratégie de résilience dont le fondement serait la réponse humaine et citoyenne axée sur la prévention.
En effet, la politique de prévention de proximité portée par des jeunes volontaires formés et utilisés dans leur milieu de résidence pourrait constituer une réponse concrète à la lutte contre les incendies et toute autre catastrophe naturelle. Par exemple le secours des riverains du marché Ocass serait salvateur s’ils avaient bénéficié d’une formation dans le domaine du secours, de l’assistance et de l’alerte précoce. L’action citoyenne des populations de Toubakouta qui se sont remarquées lors du crash de l’hélicoptère de l’Armée à Missirah, le 14 mars 2018, est à promouvoir. Ces citoyens ont pu sauver des vies grâce à leur détermination. Si les commerçants de Petersen, qui peinent à se relever de l’incendie du 15 mars 2019, avaient bénéficié d’un premier soutien venu de jeunes formés en secours-incendie, les dégâts n’auraient pas sûrement été de cette ampleur. Nous pouvons penser que de telles initiatives ne pourront que faciliter les interventions des sapeurs-pompiers. Avec leurs interminables sorties, les infatigables soldats de feu ont pu réduire les dégâts d’une dizaine de cas enregistrés l’année dernière en 2 mois. Cette situation ne pourrait continuer à prospérer ; il faut nécessairement y apporter des solutions idoines. Dans cet esprit, pour prévenir les cas d’incendie au niveau des marchés, des  Agents d’Alerte (Alt), notamment des volontaires, pourraient être recrutés et formés par le Groupement des Sapeurs-Pompiers. Dans ce cadre la Senelec ainsi que l’Onas, le Service d’hygiène pourraient contribuer à la formation. Ainsi les branchements clandestins (en cachette ou illicites)  ou anarchiques (désordonnés), les comportements déviants,  et les actions sources de dangers seraient gérés d’une manière préventive. C’est-à-dire la prévention primaire pour anticiper sur le passage à l’acte. A ce niveau l’analyse se ferait à deux niveaux : la prévention situationnelle, c’est-à-dire l’exclusion de toutes situations ou comportement qui faciliteraient la survenance du sinistre, consisterait à enlever branchement clandestin ou anarchique, déplacer les poteaux électriques, sources de danger. La prévention secondaire, consisterait à installer des bouches d’incendie et d’aménager des espaces d’intervention pour les sapeurs-pompiers.
Egalement souhaitable de généraliser l’assurance responsabilité civile pour éviter que l’incendie soit une cause d’appauvrissement.

Les bonhommes de la circulation
Au-delà des incendies, les accidents de la route restent aussi une préoccupation majeure pour les populations et les acteurs de la sécurité routière, en raison de leur taux élevé.
A la suite de l’accident survenu dimanche 17 mars 2019 entre Tivaouane et Mont Rolland, occasionnant 6 morts, l’émotion était très grande au niveau de l’opinion. Cela a fait resurgir le lancinant problème de l’effectivité du permis à points. Il nous semble aussi nécessaire de mettre en place ce qu’on pourrait appeler les Bonhommes de la circulation. Car l’excès de vitesse serait la cause de la plupart de ces drames routiers … Jusque-là, ces accidents se déroulent le plus souvent en milieu urbain. Les zones rurales ne sont pas épargnées ; d’ailleurs au moment où nous rédigeons cet article, un enfant vient d’être renversé et tué à «Keur- Alpha» par un automobiliste.
Les axes les plus touchés sont Dakar-Thiès-Khombole ; Ziguinchor-Sédhiou ; Dakar-Mbour ; Fatick-Kaolack. Sibassor (Sindian) ; Dakar-Thiès-Pout.
En effet, les Bonhommes de la circulation (Bc) constitués de jeunes, placés au niveau des gares routières et des haltes des centres urbains sur les axes routiers accidentogènes,  pourraient être utilisés pour sensibiliser les usagers de la route et signaler les manquements liés à la circulation routière ainsi que les conduites dangereuses. Ils seront à la disposition de la police ou de la gendarmerie territorialement compétente. Ces Bc pourront en même temps être formés au constat d’accident et au remplissage  des bulletins d’accidents de la route afin d’avoir des statistiques fiables sur ce fléau. Nous constatons que le système actuel des constats matériels gérés par les huissiers, est très onéreux et accuse un délai d’attente anormalement long, occasionnant des désagréments dans la fluidité de la circulation (35 000 F Cfa). Pour y remédier, ces Bc pourraient être formés à la technique de constat d’accident et assurer gratuitement cette tâche. En France par exemple, le constat matériel est fait à l’amiable, sans l’intervention d’un huissier encore moins d’un policier. Les deux parties remplissent un formulaire préétabli qui renseigne sur les positions des véhicules et sur toute information utile pour assurer l’indemnisation ou la réparation du préjudice subi. Il appartiendra à l’assureur du conducteur fautif de trouver une solution à l’amiable avec celui de la victime ou d’intenter une action récursoire. La Direction des transports routiers devrait jouer un rôle important dans le dispositif de prévention en rendant plus strictes, les conditions de délivrance du permis de conduire. La bonne prévention primaire passe aussi par l’intégration de l’éducation routière dès l’école élémentaire, dans le programme scolaire.
Avec le système du volontariat, un personnel civil pourrait également renforcer le dispositif des sapeurs-pompiers.   

Une Unité de Protection civile de proximité (Upcp) formée spécialement dans le domaine du secourisme et de l’assistance. Cela permettra de mailler le territoire national et assurer la permanence du service en cas de sinistre. Ces unités, encadrées par les sapeurs professionnels,  pourraient être implantées le long des grands axes routiers du pays, équipées en moyens de locomotion et de matériel de secours, prêtes à apporter les premiers secours en cas d’accident dans les meilleurs délais.

Le soutien des Maîtres-nageurs
En ce qui concerne les cas de noyade, en 2018, les sapeurs-pompiers ont effectué 33 sorties en 3 mois. Au début des vacances de la même année, les drames les plus spectaculaires ont eu lieu aux plages de Guédiawaye qui ont enregistré 43 cas de noyade. C’est pourquoi il y a lieu d’augmenter les Maîtres-nageurs-sauveteurs (Mns) au niveau de nos plages et embarcadères, dans les zones insulaires du pays. Les Mns pourront jouer un important rôle au niveau des plages autorisées : Ile de Gorée, Kussum, Anse Bernard, Plage des enfants, Terrou Baye Sogui, Piscine Mermoz, Ouakam, Almadies II, Ngor, Ile de Ngor, Yoff, Cambérène, Diokoul hauteur Cimetière Rufisque, Ndépé, une partie de la place du Cap des Biches. Cela est valable sur toute l’étendue du territoire.
Formés par les sapeurs-pompiers et la Fédération de natation, ces jeunes pourraient être pré-positionnés au niveau des zones ciblées en relation avec les collectivités territoriales pour la sécurité côtière et nautique. Dans les zones de départ à l’immigration, ils pourront également signaler les départs clandestins. Au total, ce dispositif pourrait mobiliser suffisamment de volontaires déployés au niveau de tous les sites cibles.

La participation des collectivités territoriales
Pour lutter contre les fléaux, les maires doivent exercer pleinement leurs attributions de police municipale dans les marchés, la circulation et les plages. Pour ce faire, à l’absence de police municipale, ils doivent promouvoir une politique de proximité afin d’exercer pleinement leurs pouvoirs de police pour le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publique en vertu de l’article 118 et suivant du Code général des collectivités territoriales.
Ainsi, ces maires ont également un rôle à jouer dans l’assistance et secours aux administrés en cas d’accidents et de fléaux calamiteux, tels que les incendies, les inondations ou tous les autres accidents naturels, les maladies épidermiques ou contagieuses, les épizootiques, la mise en œuvre de mesures d’urgence en matière de sécurité, d’assistance et de secours et s’il y a lieu, le recours à l’intervention du représentant de l’Etat auquel il est rendu compte des mesures prescrites ( Article 119 al.4 Cgct).
En définitive, l’Agence d’assistance à la sécurité de proximité avec ses engagés civiques, pourrait jouer un rôle important dans la mise en œuvre de ces différents projets et initiatives.

Dr Papa Khaly NIANG – Avocat – Criminologue
Expert en matière de Sécurité Intérieure
Directeur Général Asp

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