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Thiès, la cité ouvrière pour certains, ville rebelle pour d’autres, autrefois appelée Janxène, n’est pas seulement la Capitale du Rail. Elle est aussi une ville garnison. Avec l’une des plus grandes bases militaires des armées du Sénégal, la Cité du Rail reste la ville qui concentre l’essentiel des forces de réserve générale et des écoles de formation militaire. A la découverte de la zone militaire 7.

La Capitale du Rail n’est pas seulement ce carrefour du Kajoor qui se distingue par sa voie ferrée. Thiès est par ailleurs une stratégique zone militaire par excellence. Dans un environnement où mènent des chemins détournés contournant, au seuil de la ville dans les parages du mythique sérère de Thiès-Noone, des tronçons insoupçonnés s’isolent à perte de vue le long de la Voie de contournement nord (Vcn) où se niche la gigantesque partie garnison de la ville. Aux confins du quartier Diakhao et à la lisière de l’université de Thiès se dresse sur un espace quelconque : le Centre d’entraînement tactique. Nous sommes au cœur de la base des forces de la zone militaire n°7. Un banal panneau signalétique indique au visiteur qu’il est sur un terrain militaire.
Sous le regard bienveillant des sentinelles, ce qui est appelé communément la «Base», certainement en référence au détachement de l’armée aérienne coloniale qui y avait élu ses quartiers, s’offre au regard du visiteur. La caserne est un concentré qui englobe l’Ecole d’application d’infanterie (Eai), l’Ecole nationale des officiers d’active (Enoa), L’Ecole de l’armée de l’air (Eaa) les Bataillons des commandos, des blindés, le Centre d’entraînement tactique. Lequel centre joue un rôle important dans la préparation des troupes au combat. Thiès abrite également un centre d’entraînement situé dans la commune de Mont Rolland, des champs de tirs et des terrains d’exercice très ballonnés. Pour comprendre cette forte présence militaire dans la Cité du Rail, il faut faire un tour à l’Etat-major de la zone 7 sis à l’avenue Houphouët Boigny, au centre-ville. Ici la rigueur de la tenue et de la posture, l’air grave des hommes de garde trouvés au poste de police, non seulement invitent à la discipline, mais renseignent sur la solennité des lieux. Le silence et l’ordre qui y règnent ne sont perturbés que par quelques civils venus se renseigner sur les concours militaires au bureau «Garnison».

Qg des écoles militaires
A l’entrée il faut montrer patte blanche. Normal c’est un terrain militaire. Après une petite séance d’explication sur l’objet de ma visite, un jeune militaire nous conduit au bureau de l’Adjoint chargé des opérations de la zone militaire n°7. Lieutenant-colonel Maguette Bâ, très accueillant, nous explique qu’historiquement Thiès, grâce au développement du Chemin de fer, sa proximité avec Dakar était idéale pour recevoir une forte présence militaire. Aussi, sa position géographie qui la met en zone centrale et loin des frontières lui assure une certaine stabilité qui fait d’elle une zone de sécurité propice à la préparation et à l’entraînement des autres militaires. «La zone militaire N°7 couvre les régions administratives de Thiès et de Diourbel. Initialement Thiès était rattachée à la région de Dakar et Diourbel à la zone centre de Kaolack. C’est vers les années 90, avec le développement des infrastructures, que le commandement a décidé de regrouper Thiès et Diourbel en une zone militaire», explique l’officier, qui poursuit, «c’était pour plus d’efficacité parce que le commandement avait jugé que la zone centre, une zone assez importante, regroupait plusieurs régions, Kaolack, Fatick et Kaffrine. Et avec les nouvelles régions il fallait créer une autre zone militaire. D’où la création de la zone 7 qui couvre Thiès et Diourbel». Aussi, selon le Lieutenant-colonel, la Cité du rail, étant un carrefour pour se rendre dans les différentes régions, est «une zone-clé sur le plan militaire». Et dans le jargon militaire, dit-il, «on l’appelle verrou». Ce qui justifie, selon lui, que la ville concentre beaucoup de forces militaires. «Parce que pour nous l’essentiel d’une force ce n’est pas seulement sa position mais c’est également le fait de pouvoir se déployer rapidement. Et à partir de Thiès on peut se déployer vers Saint-Louis, Diourbel, Kaolack… rapidement parce qu’il y a les routes.» Et d’expliquer sur la présence de plusieurs écoles militaires à la base aérienne : «Thiès est un atout. Parce qu’elle est très proche de Dakar la capitale. Egalement, Dakar, est actuellement très engorgée. Or les écoles ont besoin d’espace, surtout d’espace de manœuvres. Le champ de tir pour les armes légères est à Thiès de même qu’un centre d’entraînement qui se trouve dans la commune de Mont-Rolland.» Pour dire, selon l’officier supérieur, que «Thiès a des atouts pour pouvoir accueillir des écoles surtout du point de vue entrainement». Surtout que, dira-t-il, l’essentiel des forces de réserve générale se trouvent dans la ville aux deux gares. «Il y a le bataillon des commandos et des blindés, mais également les forces spéciales. C’est vrai que Thiès constitue une zone essentielle dans l’architecture de défense. Il y a sa position stratégique pour faciliter le déploiement des unités.» Au-delà et revenant sur la spécificité des écoles militaires à Thiès, l’officier supérieur renseigne que «l’Enoa forme des officiers d’active et l’Ecole d’application de l’infanterie (Eai) en est le prolongement. Parce que l’Enoa forme des officiers généralement qui sont de l’infanterie mais qui peuvent aller faire d’autres armes. Mais l’Eai c’est le prolongement naturel parce que c’est pour l’infanterie. C’est-à-dire la formation spécifique liée à l’armée de terre. Au-delà de l’infanterie il y a la cavalerie. Et on envisage dans un futur proche que les artilleries fassent leur application au niveau de l’Eai. Mais pour l’instant c’est seulement l’infanterie et la cavalerie». Quant à l’Ecole de l’armée de l’air (Eaa), elle est qualifiée dans la formation du personnel de l’armée de l’air. «Elle forme des sous-officiers et des officiers pilotes. Avant, le personnel de l’armée de l’air était formé à l’étranger. Mais depuis l’ouverture de l’Eaa, l’armée de l’air prend en charge la formation de ses officiers et sous-officiers», précise-t-il.
Dans la même lancée, l’Adjoint chargé des opérations de la zone militaire 7, renseigne que le vaste programme de réhabilitation et de remise en service de la base aérienne de Thiès est en bonne voie. Puisque, dit-il, «nous sommes en plein dedans. Parce qu’il y a l’Agence de logement des forces armées (Alfa) qui réhabilite le domaine militaire qui est en train de faire un travail remarquable sur la base aérienne». En outre, le militaire est revenu sur la forte présence militaire à Thiès et la cohabitation avec les civiles, pour dire que c’est «à la fois facile et difficile». Il explique : «La proximité, le camp étant déjà presque ceinturé, ne nous arrange pas toujours. Parce qu’en réalité le militaire a besoin quand même de liberté, de champ de manœuvres, de secret parce que nous ne voulons pas que tout ce que nous faisons soit dévoilé publiquement. Il y a de choses spécifiques à l’Armée. Avant il y avait de l’espace mais maintenant les habitations juxtaposent presque le domaine militaire. Ce qui n’est pas toujours facile pour nous. Maintenant nous sommes habitués.» Et de signaler dans ce cadre que «le domaine militaire qui était agressé par les civiles et consorts est en train d’être maitrisé et sécurisé». Mais, tient-il à préciser, le concept «armée-nation» reste «une réalité ici au niveau de la base. Il y a déjà les familles militaires qui sont installées à l’intérieur. Nous avons aussi une infirmerie hôpital qui est à l’intérieur qui reçoit les populations civiles chaque jour. Sur ce plan-là les populations de Diakhao et d’ailleurs sont habituées à fréquenter la base. Aucun problème là-dessus», rassure-t-il.
Pour l’heure, la zone militaire 7 se mobilise pour assurer la montée en puissance de ses forces. «La montée en puissance est un projet qui est en exécution. C’est un projet où l’Armée doit atteindre un certain volume de forces et de réalisations en termes d’infrastructures d’ici 2025. Aussi elle devra créer de nouvelles unités à l’Est, au Nord et au Sud. A terme, les unités de réserve générale devraient être doublées. C’est-à-dire avoir deux bataillons parachutistes, commandos et blindés. Ça c’est un projet qui est en train d’être déroulé. Un projet qui a connu quelques lenteurs mais qui est en voie quand même. C’est pour un meilleur maillage territorial. Ça concerne toutes les régions et toutes les zones militaires», se projette Lieutenant-colonel Bâ.

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