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Le temps, les accidents et les décisions chimériques n’ont rien pu contre la surcharge. Le phénomène perdure et expose quotidiennement les usagers de la route. Dans les transports en commun, c’est la même rengaine, les mêmes actes et la même indifférence. C’est le petit matin. A Poste-Thiaroye, la clarté du jour prend petit à petit le dessus sur la pénombre. Comme à l’accoutumée, plusieurs personnes attendent le véhicule à côté d’une flopée de cars «Ndiaga Ndiaye». «Mairie Colobane», hurlent les apprentis. Attrait de clients oblige. Au même moment, un véhicule de la ligne 58 klaxonne et s’arrête. La course est lancée. Un groupe constitué d’hommes et de femmes se dirige vers le bus. Porte de devant ou de derrière, peu importe, l’essentiel est de prendre place à l’intérieur, si inconfortable qu’elle soit. Ce n’est pas une sinécure, il faut des épaules solides pour écarter l’autre et s’engouffrer dans un petit espace. Après près de deux minutes d’arrêt, le véhicule s’apprête à prendre l’autoroute à péage. Mais il faut un préalable : la fermeture des portes. Une opération délicate pour le chauffeur. Il vocifère : «Toi qui es derrière, monte pour que je puisse fermer et partir», dit-il d’une voix montante. La réplique ne va pas tarder. Sur le même ton, le sieur en question lui lance : «Je fais de mon mieux. Tu dois comprendre qu’il n’y a pas assez d’espace.» Le receveur qui était jusque-là calme dans cage faite de grilles en fer se mêle au débat. Il se lève et prend les choses en main. «Ceux qui sont au milieu, s’il vous plaît, bougez un peu pour qu’il puisse monter et qu’on s’en aille.» La situation finit par se décanter. Top, c’est reparti, destination Gueule-Tapée. Il fait froid dehors, mais la chaleur est étouffante à l’intérieur du vieux bus qui perd peu à peu sa peinture. Le toit s’effrite, sa blancheur disparaît petit à petit et dévoile du fer rouillé. Un trajet tumultueux. A chaque secousse ou inclinaison, les gens se cognent involontairement. Et si tout le monde pouvait le comprendre ainsi ! Regards plaintifs, pardon, remontrances, les appréciations de la situation sont diverses.
Le soir aussi, c’est le même phénomène. A l’entrée d’une station d’essence à Colobane, une vingtaine de personnes guettent les cars de la ligne 82. Sac au dos ou sachet à la main, elles orientent leur regard vers le rond-point. Elles ont en commun le désir d’en voir un, deux ou tous en même temps. Finalement, elles n’en verront qu’un. Le seul hic est qu’il ne s’arrête pas à l’endroit habituel. Très convoité, les gens qui rentrent dans la banlieue courent après la caisse. Tous les sièges sont occupés, il y en a même qui sont debout à côté de la porte. Cela n’empêche pas à certains de s’agripper. Parmi eux, un jeune garçon. Ses pieds sont à l’intérieur, sa main droite s’accroche au bras de la porte. Malgré tout, il ne veut pas céder, il veut vaille que vaille partir. Il le réussit d’ailleurs après avoir confié son sac au receveur. Contrairement à Mbaye Diop qui a préféré se retirer calmement et attendre un autre. Son épaule droite est largement penchée sous le poids de son sac fermé à moitié. Le niveau à bulle rouge pointe son bout. L’homme à la tunique bleue entachée de ciment explique son choix : «Ce n’était pas prudent de monter, car le bus est rempli de passagers. Du coup, j’ai préféré désister.» Pour lui, la pauvreté du parc automobile favorise la surcharge. «Nous savons tous que la surcharge est dangereuse. Elle participe à la recrudescence des accidents. Nous sommes tous coupables. Les chauffeurs s’occupent de leurs poches plutôt que du bien-être des usagers. Les clients non plus. Même s’ils savent que le bus est archiplein, ils forcent le passage sans souci. Je vous le jure, le jour où un car va se renverser, ce sera l’hécatombe», dit-il fermement. Le problème reste donc entier.

Rallye quotidien
Parmi les phénomènes à craindre sur les routes, il y a aussi l’excès de vitesse. Il fait des victimes surtout lors des grands évènements religieux (Magal, Gamou). Le facteur humain est le plus souvent pointé du doigt. Les conducteurs sont souvent indexés par les usagers. Samedi 24 février 2018, il est presque 10 heures. Le trafic est fluide sur l’autoroute à péage. C’est l’effet du week-end. Le bus «Tata» de la ligne 55 n’est pas aussi surchargé que d’habitude, mais il n’y a plus de places inoccupées. Plusieurs personnes sont debout. Après avoir récupéré le reçu, le chauffeur appuie sur l’accélérateur. Le véhicule roule à vive allure, les passagers se plaignent. Des écouteurs blancs aux oreilles, il maintient le rythme. A hauteur de Patte-d’oie, il est dépassé par un car de la même ligne. Il met les bouchées doubles. Il le rattrape au Pont-Hann et le klaxonne comme pour lui dire «j’arriverai en premier au terminus».
A côté de la paroisse Saint Joseph, Ousmane Niang attend un bus de la ligne 47. Ses yeux sont couverts par des lunettes blanches de forme ronde. L’étudiant en Droit dans un établissement privé supérieur fait part de ses craintes : «L’indiscipline est totale sur nos routes. Les chauffeurs surchargent leurs véhicules et roulent à vive allure. Ce qui est grave, c’est la course de vitesse entre les cars d’une même ligne pour faire plus de tours.»

Le sujet s’invite encore à la table du Conseil des ministres
Le chef de l’Etat Macky Sall a entamé sa communication sur la prévention et de la sécurité routière. Il demande au Premier ministre d’accentuer la mise en œuvre rigoureuse de toutes les mesures interministérielles visant à améliorer significativement et durablement la circulation et la sécurité routière. A ce titre, le président de la République invite le gouvernement, les services de transport routier, les forces de défense et de sécurité en particulier, à intensifier les actions préventives de contrôle des documents officiels de transport, de l’état technique des véhicules de transport interurbain, ainsi que des gros porteurs en circulation sur nos routes.

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