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A peine lancé par le président de la République le 14 décembre 2016, le projet du Train express régional a fait l’objet de plusieurs polémiques. Alors que pour les autorités sénégalaises, «le Ter répond à un besoin logique de mieux connecter Dakar, le pôle urbain de Diamniadio et le pays profond».

Le Train express régional (Ter), tel un leitmotiv, revient fréquemment dans les discours des autorités sénégalaises. Ces dernières ne cessent de le fièrement vanter comme étant l’un des projets prioritaires du Plan Sénégal émergent (Pse). Mais il est loin de faire l’unanimité. Il a fait l’objet de plusieurs contestations, aussi bien du côté des acteurs économiques du pays, des hommes politiques que des bailleurs de fonds. Certains ne voient pas l’opportunité de construire un Ter au Sénégal à l’heure actuelle.
Pour l’ancien ministre des Affaires étrangères sous le régime de Abdoulaye Wade, Cheikh Tidiane Gadio, par exemple, «le gouvernement devrait, au lieu de faire un Ter, se concentrer d’abord sur des programmes express vers les jeunes». En tournée politique dans la région de Ziguinchor, le leader du Mouvement panafricain et citoyen/Luy jot jotna avait émis des doutes sur «l’utilité de la construction de Ter». Cheikh Tidiane Gadio avait dit douter que cela soit «la priorité de l’heure pour les Sénégalais, surtout dans les zones où le train va passer avec cette vitesse dont on nous parle». Il avait même fait dans l’ironie : «Ce n’est pas aussi important que ça. Parce que si le train fonce trop, il risque de dépasser les 36 km et aller trop loin.» Pour lui, le Président Sall et son gouvernement devraient penser à d’autres choses qu’un train express régional. La priorité serait, pour lui, ailleurs.
Compte tenu des gros investissements que le projet requiert, la représentation de la Banque mondiale au Sénégal était également sceptique sur la rentabilité. Pour le coût, l’ex-inspecteur des Impôts et domaines, Ousmane Sonko, est d’avis que le Ter va coûter en réalité «1 300 mil­liards au lieu de 568 milliards annoncés aux Sénégalais». Eric Lancelot, responsable sectoriel Infrastructure et développement durable de la Banque mondiale, avait ainsi dit, lors de la présentation du Livre Blanc de l’institution de Bretton Woods sur les transports et la logistique au Sénégal, que «le Ter, c’est un projet sur lequel la Banque mondiale n’a pas forcément été associée. La Banque s’était plutôt focalisée sur un projet de bus rapides, un projet important et structurant pour l’amélioration de la gestion du trafic de la ville de Dakar et qui devrait donner lieu à des projets du même type pour faire basculer le transport de l’usage de voitures particulières vers du transport en commun». La directrice des Opérations de la Banque mondiale, Mme Louise Cord, avait même laissé échapper sa désapprobation pour ce projet. Selon elle, le projet de Ter reliant Dakar à l’Aibd, comme le projet de compagnie aérienne Air Sénégal Sa, «ne sont pas nécessaires», car ils nécessitent de gros investissements.

Courroux des autorités
Des propos qui avaient mis les autorités étatiques dans tous leurs états. Très remonté contre cette sortie de la fonctionnaire internationale, l’ex-ministre des Infrastructures, des transports terrestres et du désenclavement, Mansour Elimane Kane, était même allé jusqu’à demander la tête de Louise Cord. «Des institutions comme la Bad, l’Agence française de développement (Afd) ou la Banque islamique de développement (Bid) ne peuvent pas approuver un projet et qu’on dise qu’il n’est pas rentable. Pour parler d’une rentabilité, il y a des déterminants. Les gens qui ont étudié le projet ont ces déterminants et c’est l’élément de trafic : trafic voyageur et trafic tarifaire. Ce sont les éléments de calcul. C’est la contribution des autres bailleurs autant en termes de durée que de taux. Si une personne n’a pas ces éléments, tout ce qu’elle dit de la rentabilité, c’est de la voyance, comme faisaient nos grands-pères», avait martelé l’actuel ministre du Pétrole et des énergies, lors d’une signature de convention de financement du Ter entre le Sénégal et la Banque africaine de développement. Avant de préciser que «la Banque mondiale n’a pas été sollicitée précisément dans ce dossier. Et le projet est bel et bien rentable». En termes d’avantages attendus, M. Kane avait listé, entre autres, «la valorisation foncière autour de la ligne du Ter, l’accompagnement du développement de l’aéroport et des zones économiques, l’augmentation du potentiel de trafic fret sur la voie métrique Dakar-Bamako, la réduction des externalités négatives liées au transport routier, la création de près de 10 mille emplois ainsi que le transfert de technologies et de compétences dans le domaine ferroviaire». Sur le volet social, le ministre de l’Economie, des finances et du plan avait, quant à lui, indiqué que le projet prévoit un appui aux femmes et aux jeunes des zones d’intervention. «Les avantages socioéconomiques induits compensent largement les coûts d’acquisition du matériel roulant et les coûts d’exploitation», avait soutenu Amadou Ba.

Les impactés marchent le 13 janvier 2018
Le secteur privé national, ainsi que les Populations impactées par le projet (Pap) n’ont pas été en reste dans ce concert de protestations. Les organisations patronales ont dénoncé leur non-implication dans la réalisation du projet. A preuve, lors du 13e Conseil présidentiel de l’investissement (Cpi), Mansour Cama, président de la Con­fédération des employeurs du Sénégal (Cnes), a donné l’exemple d’une entreprise de Thiès qui maîtrise la production de traverses monoblocs en béton, mais qui a été dédaignée au profit d’une entreprise portugaise dans le projet de Ter.
Mais le chef de l’Etat, dans sa réplique, avait essayé de rassurer le secteur privé national. «On a un agenda et des délais techniques», s’était défendu Macky Sall, en assurant que de nombreuses sociétés sénégalaises sont impliquées dans le projet.
Concernant l’indemnisation des Pap, il a été noté dans un communiqué que «le barème établi sur le foncier et le bâti par le comité ad hoc et validé par les décrets présidentiels a été systématiquement contesté par le collectif national. Ce dernier a également exprimé son rejet du Par (Plan d’action et de réinstallation) qui ne tient aucunement compte des intérêts et préoccupations des impactés (…)».
Face à cette situation, le Collectif national des impactés du projet a décidé d’organiser une mobilisation nationale le samedi 6 janvier 2018 à Rufisque. Un sit-in qui sera suivi d’une marche nationale de sensibilisation et d’information à Thiaroye Gare le samedi 13 janvier. Ces actions entrent dans le cadre du nouveau plan d’actions que vient de lancer le Collectif des impactés du projet du Ter.
Malgré toutes ces dénonciations, le Président Macky Sall tient au projet et promet d’être à bord du Ter le lundi 14 janvier 2019. «Je donne rendez-vous aux entreprises partenaires le lundi 14 janvier 2019 pour inaugurer la ligne et faire le premier trajet Dakar-Diamniadio en Train express régional», avait déclaré Macky Sall le 14 décembre 2016, jour du lancement du projet au Cicad.
dialigue@lequotidien.sn

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