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Abdou Karim Sall, Dg Artp.

Depuis quelques semaines, la toile sénégalaise oscille entre indignations et délectations devant les torrents d’insanités déversées par certains citoyens sur des autorités du pays. A l’occasion d’une session de sensibilisation organisée par Facebook, en partenariat avec l’Autorité de régulation des télécommunications et des postes (Artp), le débat a été posé.

C’est au moment où ceux qu’il est convenu d’appeler «les insulteurs publics» occupent les devants de l’actualité que Facebook a jugé bon de poser ses valises à Dakar. La société de Marc Zuckerberg a, en effet, dépêché sa directrice des Relations publiques pour l’Afri­que, Mme Ebele Okobi, pour une session de sensibilisation sur l’utilisation et les standards de Facebook. La rencontre organisée en collaboration avec l’Au­torité de régulation des télécommunications et des postes (Artp) s’est tenue hier à Dakar. Oc­casion pour l’Association des consommateurs du Sénégal (Ascosen) de pointer un doigt accusateur sur Facebook. Selon les consuméristes Momar Ndao et Momath Cissé, la responsabilité de Facebook ne saurait être niée dans les dérives constatées ces dernières semaines avec le partage sur les réseaux sociaux de contenus injurieux par des Sénégalais dont le sieur Assane Diouf. Selon Momath Cissé de l’Ascosen, «Facebook et Assane Diouf doivent recevoir la même sanction». Pas si simple, en à croire le Pr Mamoudou Niane, directeur des Affaires juridiques de la Commission de protection des données personnelles (Cdp). Selon le Pr Niane, cela ne peut être valable que dans la mesure où une publication est validée par un community-manager, ce qui n’est pas le cas de Facebook qui se veut plutôt un hébergeur de contenus et qui fonctionne avec ses standards. En tout état de cause, il précise que pour l’instant, les sanctions qui pèsent sur la tête de Assane Diouf relèvent de conjonctures. «Si l’on peut dénoncer une infraction potentielle, on ne peut pas s’avancer sur le terrain pénal tant qu’une action n’a pas été intentée», souligne le représentant de la Cdp. Il ajoute que dans la mesure où Assane Diouf s’est également attaqué à d’autres citoyens sénégalais, il revient à ces derniers de saisir la loi pour obtenir justice.
Pour le directeur général de l’Artp, Facebook doit tenir compte des réalités socio-économiques de chaque pays. «Ils se sont introduits dans notre territoire. Il leur appartient de tenir compte des réalités sociologiques et d’adapter leurs standards», recommande M. Sall pour qui les standards de la société doivent tenir compte des sensibilités culturelles et religieuses de chaque pays.
Une demande difficile à satisfaire, voire impossible, rétorque Mme Okobi qui souligne que Facebook ne peut développer des standards pour chaque pays du globe.
Le réseau se dédouane en mettant en exergue les différents mécanismes mis en place pour réguler les publications des 2 milliards de personnes qui se retrouvent sur Facebook chaque jour. Selon Mme Okobi, sa société dispose en permanence de 8 000 personnes pour traiter les signalements faits sur les contenus inadéquats. Seulement voilà, il n’y a pas beaucoup de personnes qui utilisent cette fonctionnalité.

Miroir de la société
La recrudescence de «posts» injurieux et d’appels à la haine ou à la division ne saurait être de la responsabilité du réseau, souligne pour sa part Ousmane Thiongane, coordonnateur de l’Unité digitale de la présidence de la République. «Les dérives sur les réseaux sociaux demandent une plus grande vigilance, mais il y a une responsabilité individuelle de nos sociétés. Facebook n’est qu’un outil et c’est le miroir de notre société», souligne M. Thiongane. Il ajoute que dans les nombreux procès intentés contre le groupe et qui font jurisprudence, celui-ci a toujours soutenu être un hébergeur ne validant pas les contenus et non un gestionnaire.
mamewoury@lequotidien.sn

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