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Un colloque international sur le thème «Innovations financières et technologiques et régulations dans le secteur bancaire et financier» s’est tenu hier à Dakar. Thierno Thioune, représentant le président de la commission scientifique du colloque, relève dès l’entame des débats que la relation entre les innovations financières souvent associée à des marchés libéralisés et déréglés et la stabilité macroéconomique constituent une problématique économique lancinante. M. Thioune convoque la crise économique de 2007-2008 qui, selon lui, a remis à jour des interrogations sur le rôle positif de l’évolution des marchés financiers dans la stabilité économique. Pour lui, les experts doivent se pencher sur le relèvement du défi auquel fait face la finance qui est, d’après M. Thioune, de satisfaire le «droit des Peuples à une finance saine au service de l’économie réelle et de la croissance économique, mais aussi en même temps être fondé sur une régulation bancaire qui demeure efficace dans le contexte de la digitalisation, de l’intelligence artificielle. Les banques doivent faire preuve d’ingéniosité pour lutter contre l’émergence des crises à travers la prise de risques excessifs», souligne-t-il. Surtout dans l’espace Uemoa, note Papa Diallo, ingénieur financier et directeur général de l’Institut supérieur de fiance (Ist), co-organisateur de ce colloque, où les risques bancaires se sont accrus avec le développement de groupes bancaires africains et des filiales de banques internationales, mais aussi avec une grande diversité des acteurs. Au 31 décembre 2016 dans la zone Uemoa, on dénombre 138 établissements de crédit et 131 systèmes financiers décentralisés de grande taille et 9 établissements de monnaie électronique recensés. Des bouleversements, évoque le directeur de l’Ist, qui engendrent de nouveaux métiers, de nouvelles compétences et exigent l’actualisation des connaissances, surtout avec l’arrivée de nouveaux services comme la monnaie électronique ou encore l’intelligence artificielle dans le domaine bancaire et financier.
Mais la monnaie électronique concurrence-t-elle les banques centrales ? Le directeur national de la Bceao, répondant à cette question, soutient que les banques centrales sont incontournables. Ahmadou Al Amine Lô indique que celles-ci sont «une convention sociale où on se fait confiance à partir d’un papier». Or, relève-t-il, pour le cas de la monnaie digitale, on n’est pas souvent sûr de l’institution qui l’émet. «Vous avez certainement entendu parler des bitcoins. Elles ont perdu énormément de valeurs ces derniers mois parce que derrière, il n’y a pas la confiance. On ne sait pas qui est derrière cette monnaie. Alors que quand il s’agit de la monnaie fiduciaire, vous savez que vous avez une banque financière derrière», fait savoir le directeur national de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest qui ajoute en revanche que dans l’espace Umoa, il y a une banque agréée qui émet cette monnaie.

Le directeur national de la Bceao sonne l’alerte
Au regard de tous ces risques, M. Lô appelle les régulateurs à agir de façon préventive de sorte que l’innovation financière ne puisse pas être une menace à cause d’interconnexions non maîtrisées avec le système financier classique. D’ailleurs, indique-t-il, l’Uemoa et son système bancaire et financier classique ne sont pas restés en marge de ces évolutions et des défis qu’ils engendrent. «Com­parativement aux économies développées, la tâche est plus ardue au regard du stade de développement, mais moins compliquée au regard de la structuration plus simple ainsi que des services et produits offerts», rassure le directeur national de la Banque centrale. Aussi, note-t-il : «Le cadre de régulation et de supervision de l’Union s’avère dans son contexte actuel suffisamment robuste pour assurer la maîtrise adéquate de l’impact sur le système bancaire de l’entrée de nouveaux acteurs et produits innovants sur le marché.»
De son côté, Papa Diallo mise sur la formation des cadres, mais aussi sur ce colloque qui vient à son heure. Pour lui, cette rencontre va permettre aux participants de trouver des esquisses de solutions pour une régulation optimale du système financier et bancaire ouest africain.

Ahmadou Al Amine Lô, directeur national de la Bceao : «Le franc Cfa est l’une des meilleures monnaie en Afrique et dans les économies en développement»

En marge du colloque international organisé par l’Institut supérieur de finance (Ist), le directeur national de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) s’est adressé aux étudiants pour plaider le bien-fondé du franc Cfa. Ahmadou Al Amine Lô affirme sans ambages que le francs Cfa, qui fait débat actuellement en Afrique, est l’une des meilleures monnaies en Afrique et dans les économies en développement. Regrettant la dose idéologique qu’on met dans ce débat, il déclare qu’elle est une «monnaie africaine gérée par des Africains sans aucune contrainte et nous en avons la gestion au quotidien», insiste-t-il. Il estime que ses fonctions à la Banque centrale lui permettent avec force de défendre cette position. Il a invité les jeunes, au lieu de suivre l’idéologie qui consiste à jeter le franc Cfa, à s’approprier cette monnaie qui offre un pouvoir d’achat à l’interne et à l’externe.
Revenant sur le fait que des devises dorment dans les comptes bancaires français, M. Lô dégage en touche ces propos. Il indique que la Bceao a des comptes dans toutes les grandes banques du monde, notamment aux Etats-Unis, au Japon, en Angleterre, en France et au Trésor français. «Comme le franc Cfa est rattaché à l’euro, nous avons beaucoup de comptes bancaires en euro. Lorsque nous avons 100 devises, nous gardons 50 dans le Trésor français et les autres nous les éparpillons dans les autres comptes bancaires pour régler des problèmes au quotidien. Un compte d’épargne, ça vous appartient. Vous n’y touchez que lorsque vous en avez besoin. Quiconque vous dit qu’on tire des taxes sur ce compte, dites-lui que c’est faux», peste-t-il.
ndieng@lequotidien.sn

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