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Monsieur le président de la République,
En 2008, lors de la première célébration de «Talataay Nder», nous vous avions transmis par la voie autorisée du ministère de la Femme un mémorandum pour l’inscription du 7 mars dans le calendrier républicain, parce que cette date est plus légitime que la fête du 8 mars.
Le 8 mars renvoie en effet à la révolte en 1857 des ouvrières du textile de New York qui défendaient leurs droits. Mais 37 ans auparavant, au Sénégal, en 1820, Fatim Yamar Khouriaye et ses compagnes avaient posé un acte hautement plus important. Elles sont mortes en défendant leur patrie, préférant ainsi se donner la mort pour éviter la souillure de leur nom et de l’histoire de leur pays par des barbares.
Nder a précédé la Journée internationale de la femme, comme la «Charte du Mandé» a précédé la Déclaration universelle des droits de l’Homme. Mais 57 ans après notre indépendance, nous restons enchaînés à la culture du colonisateur, même là où la nôtre était plus avancée. En effet, la première force de résistance que les Français ont rencontrée dans le processus de colonisation du Sénégal en 1855 avait pour chef une femme, la Reine Ndaté Yalla. Or en Occident, il a fallu attendre 1869 pour que le premier Etat, en Amérique du Nord, le Wyoming, accorde le droit de vote aux femmes. Pour les vainqueurs de Ndaté, il leur a fallu attendre 1944, soit près de 90 ans plus tard. Donc sur cette question au moins, l’Occident à beaucoup à apprendre des civilisations africaines.
Le regard porté sur notre passé nous enseigne qu’au moment de la défaite devant les forces coloniales, comme ce fut le cas entre les Gaulois et les Romains,  les civilisations africaines étaient de loin en avance sur celles des vainqueurs, du moins en ce qui concerne le statut de la femme. En tout cas, c’est ce que nous enseigne l’histoire de la dernière souveraine du Waalo au Sénégal, fille de Fatim Yamar Khouriaye.
Monsieur le président de la République,
Il est temps de nous tourner vers les valeurs fondatrices de notre société. De tous les patrimoines immatériels, «Talaatay Nder» est celui qui a le plus frappé les cœurs et les esprits. Ces femmes nous ont légué une extraordinaire leçon d’amour de la patrie, allant jusqu’au sacrifice ultime. Nous devons inscrire Nder dans le calendrier républicain du mois de mars, non par un quelconque sentiment de vanité, mais pour la leçon posée par cet acte qui est un enseignement pour l’éternité. Le Sénégal a un devoir de reconnaissance envers celles qui nous ont donné la fière devise de notre Armée nationale : «On nous tue, mais on ne nous déshonore pas». Si cet hymne des Thiédos est un patrimoine commun à l’espace sénégambien, il faut reconnaître que c’est le 7 mars 1820 qui lui a conféré ce retentissement qui a traversé les siècles.
Comme l’a chanté Alioune Badara Bèye, la flamme de Nder restera éternelle, car le sang du refus coule dans nos veines. Les hommes et femmes du Waalo, drapés dans leur dignité et leur fierté légendaire, n’ont pas l’habitude de demander, même quand il s’agit de leur dû. Je n’ai aucun doute que tôt ou tard Nder sera réhabilité et que Mbédiène Mboye, le site d’où est sorti Ndiadiane Ndiaye, l’ancêtre mythique des Ouolofs, retrouvera sa véritable place dans l’histoire de notre pays, car si l’Etat ne le fait pas, ses héritiers du Waalo et du Djollof s’y attelleront.
Je n’ai aucun doute que le corps de Sidiya Ndaté Yalla, mort en exil au Gabon pour cause de résistance à la colonisation française, sera rapatrié au Sénégal pour reposer en paix auprès de sa mère, comme le réclame depuis toujours le Waalo. C’est aux hommes politiques d’avoir la finesse et l’intelligence de ce Peuple pour être à sa hauteur. Un homme d’Etat capable de comprendre le sens de l’histoire franchira le pas pour lui rendre ses droits.
Monsieur le président de la République,
Ce 7 mars, en allant au Fouta, vous ne ferez pas un détour à Nder, mais en arrivant à la centrale solaire de Bokhol, vous ressentirez sans doute une légitime fierté face à une réalisation aussi importante que cette centrale. J’espère aussi que les murmures des vents de cette plaine, remplie d’histoire, (c’est là que le Waalo a lavé l’affront de Nder), vous rapporteront le message de tout un Peuple.
Fatou Sow SARR

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