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De concert avec l’Uemoa, le patronat sénégalais, notamment le Cnp, prend toutes ses dispositions pour éviter que l’adhésion future du Maroc à la Cedeao, ne conduise à une mise à mort de certaines entreprises sous régionales.

Le 16 décembre prochain, à Abuja, au Nigeria, le Maroc a de très fortes chances de devenir le 16ème Etat membre de la Cedeao. Néanmoins, il y a peu de chances de voir du jour au lendemain, le marché économique de la Cedeao livré pieds et poings liés aux entreprises du pays de Mohammed 6. Si l’incohérence politique et géographique que constitue cette adhésion du Maroc inquiète beaucoup d’opérateurs économiques au Sénégal et dans la sous-région, plusieurs autres encore semblent s’y préparer dans la sérénité. Ainsi, depuis l’accord de principe donné par les chefs d’Etat au Roi du Maroc, les structures patronales, au Sénégal du moins, se sont mises en branle.
Si la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (Cnes) s’est jointe à la Société civile pour mettre en place et animer un Comité d’initiative pour le suivi de l’intégration (Cisi), qui s’active surtout dans la mobilisation de l’opinion, le Conseil national du patronat (Cnp) pose des actes moins médiatisés, mais non moins efficaces néanmoins. On a ainsi noté que sa fédération industrielle, l’Union des prestataires, industriels et commerçants (Upic), a dépêché dernièrement, une délégation auprès de la Commission de l’Uemoa, à Ouagadougou.
Il est ressorti de leurs entretiens, que l’Uemoa tient à ce que l’adhésion du Maroc à la Cedeao ne fasse pas peser un lourd fardeau au secteur privé ouest-africain. Déjà, à l’heure actuelle, la balance commerciale entre le Maroc et l’Uemoa est très déséquilibrée en faveur du Royaume chérifien, et cela devrait être corrigé avant de permettre une ouverture encore plus large de ce pays.
Il y a ensuite le fait que l’environnement des affaires au Ma­roc, confère aux opérateurs économiques de ce pays des avantages certains, avec en plus, des facteurs de production dis­po­nibles à moindre coût.
Ces faits ne pourront pas être évacués par une simple signature des chefs d’Etat de la sous-région le samedi prochain, à Abuja. Tous les acteurs sont conscients par exemple, que le Maroc est lié avec de nombreuses entités par le monde, à travers des accords économiques bilatéraux. Il faudrait voir dans quelle mesure par exemple, un accord d’adhésion à la Cedeao aujourd’hui, ne serait pas, pour de nombreuses entreprises européennes, une voie de contournement de l’Ape, dans la mesure où beaucoup de barrières douanières n’existent plus entre le pays de Hassan 2 et l’Europe. D’autres accords lient également le Maroc à la Turquie, aux pays d’Amérique du Nord, et d’autres sont en négociation avec le Mercosur, ainsi qu’avec des pays du Pacifique. Ces éléments montrent que la Cedeao et l’Uemoa ont besoin de se concerter et d’harmoniser leurs positions de négociation. Et le secteur privé de la région devrait être partie prenante de ces négociations, comme le Royaume chérifien le fait avec ses privés à lui.
De cette manière, des stratégies efficaces de négociations commerciales pourraient être mises en place. D’ailleurs, même en l’état actuel des textes, des mécanismes existent, qui permettraient de protéger les opérateurs économiques de la région. Est-ce à cela que pensait Macky Sall lors du dernier Conseil présidentiel sur l’investissement (Cpi), lorsqu’il répondait vertement à Mansour Cama, en disant qu’il fallait présumer aussi aux chefs des Etat de la sous-région un minimum d’intelligence ? Quoi qu’il en soit, l’Uemoa prévoit dans ses textes, des mécanismes de régulation de la concurrence, qui pourraient être activés. Maintenant, il s’agit surtout d’harmoniser et rendre opérationnels les mécanismes de coopération entre les deux organismes d’intégration dans la sous-région.
mgueye@lequotidien.sn

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